Carte blanche à...   
P. Armel Duteil

LE CAMP VOCATIONNEL Spiritain de 2018

Je suis venu à KEDOUGOU pour animer un Camp vocationnel de jeunes qui veulent être missionnaires religieux spiritains. Une année, nous venons ici, en secteur rural, de religion traditionnelle; une autre année, dans le nord, à RICHARD TOLL, en secteur industriel (culture et transformation de la canne à sucre), en milieu musulman; et la troisième année, dans la grande banlieue de Dakar, à PIKINE.

Je suis venu deux jours en avance pour préparer ce camp. Sur place, je retrouve deux de nos séminaristes, étudiants en théologie, venus pour leur stage de vacances. Avant leur venue, nous avions déjà tracé les grandes lignes du camp à Dakar. Ils sont à Kedougou depuis plusieurs semaines et ont donc préparé les choses sur le terrain. Ils sont venus avec moi hier pour découvrir les mines d’or à Bantako,

Nous avons 9 jeunes pour ce camp : 5 de Kedougou ; 3 de Pikine ; et 1 de Richard Toll. Ces quatre derniers ont voyagé toute la nuit du jeudi au vendredi 27 juillet. Ils se reposent jusqu’à midi. Nous commençons donc par un repas pris en commun avec le vicaire de la paroisse, un jeune volontaire allemand venu pour une année animer l’internat de collégiens et le Foyer des lycéens, une volontaire française travaillant à Bantako dans une ONG allemande, deux amis de passage, et trois travailleurs qui montent une véranda.

Nous cherchons à constituer une vraie communauté de vie pour toute la semaine. Nous prenons donc tout l’après-midi pour que chacun ait le temps de se présenter longuement. Le but n’étant pas seulement de se connaître, mais de créer des liens qui vont pouvoir se continuer par la suite. Je suis frappé par leur esprit d’ouverture et la confiance qui s’établit rapidement entre nous tous. Nous allons ensuite à l’église paroissiale pour rejoindre les chrétiens venus à la messe du vendredi soir.

Après le repas, nous nous répartissons les travaux à assurer : aide à la cuisine, vaisselle et soin des tables, nettoyage, prières, etc… pour la bonne marche du groupe.

SAMEDI 28 JUILLET : Nous commençons la journée par la messe comme chaque jour.

Le matin, nous prenons un temps d’échanges sur la question : « Pourquoi voulez-vous être religieux missionnaires ? Pour vous, qu’est-ce qu’un spiritain ? » . Chacun explique pourquoi personnellement il veut être spiritain. Dans un deuxième temps, comment il se prépare à cet engagement. Puis nous voyons successivement comment ils vivent et s’engagent dans leurs familles, à l’école et dans le quartier. Et, à partir de là, comment ils veulent vivre ces trois réalités tout au long de l’année suivante. En particulier pour lancer et animer des aumôneries dans leurs Collèges.

L’après-midi, nous apprenons comment partager la Parole de Dieu (partage d’Evangile) à partir d’une méthode simple que j’utilise dans les communautés chrétiennes de quartier (CEB), les groupes et les mouvements. Ensuite, nous accueillons une Sœur infirmière qui nous parle de son travail en ville et surtout dans les nombreux villages de la région, aux différents niveaux : soins, éducation à la santé, prévention et vaccinations, et dans ses différentes activités : lutte contre le paludisme, la malnutrition, les diarrhées…. A partir de là, nous demandons aux jeunes ce qu’ils ont déjà fait au niveau de la santé : opération de nettoyage des quartiers, dons du sang, formation au secourisme, etc… Et nous en tirons les conclusions pour ce qu’ils peuvent faire pour la santé en tant que jeunes actuellement, et comment travailler pour la santé quand ils seront prêtres et missionnaires. La réflexion se continue pendant un temps assez long !

Le soir, nous sommes invités à rencontrer le Gouverneur de la Région. Cela nous permet de nous intéresser à la région et d’en découvrir les réalités sociales, économiques et administratives. Ce qui est absolument essentiel pour des jeunes futurs missionnaires. Le Gouverneur demande à chacun de se présenter, et nous offre à boire. Il est très intéressé par ce que les jeunes vivent déjà et ce qu’ils veulent faire.

DIMANCHE 29 JUILLET :

Nous commençons la journée en lisant et méditant l’Evangile de ce jour. Puis nous rejoignons les chrétiens pour la messe de la paroisse. Je suis très heureux de revenir prier au Sénégal Oriental où j’ai travaillé les années 1979-1980. En plus, j’ai la surprise de rencontrer un certain nombre d’amis que j’ai connus, et je leur demande aussitôt de participer à l’animation du camp : des jeunes dont j’ai participé à la formation pendant seize ans à ST LOUIS, au nord du Sénégal, et qui ont été affectés ici, dans différents services de la Région ; et aussi des adultes avec qui j’ai travaillé à PIKINE et DAKAR, en particulier des fiancés que j’ai préparés au mariage. En effet, KEDOUGOU est très éloigné de la Capitale et on y envoie souvent les jeunes cadres, ce qui leur pose des problèmes, car ils se retrouvent loin de leurs familles et même de leurs épouses ou leurs maris, et de leurs enfants.

La messe est très animée, participative et internationale, car il y a de nombreuses ethnies dans la région, en particulier des ethnies minoritaires qui se sont repliées dans les montagnes au moment de l’arrivée de l’Islam. Certains descendent sur la ville maintenant. Et notre souci de spiritains est de les accueillir, de les aider à s’insérer et à se former, pour trouver leur place dans la Société en étant respectés. Les lectures de la messe sont donc en plusieurs langues et l’homélie traduite dans la langue principale. Après la messe, nous prenons le temps de saluer les gens et de parler avec eux.

Mais, même si c’est dimanche, la durée du camp est limitée. De plus, il faut rencontrer et écouter les gens sur place, dans les limites de leur disponibilité. Aussi, nous nous retrouvons à 12 heures avec une Volontaire française de l’association allemande des Casques Verts, qui est entrée en contact avec nous les spiritains et a souhaité répondre à notre demande. Les membres de ce groupe sont venus construire un Centre Social à BANTAKO, dont j’ai déjà parlé, où la découverte de l’or apporte tant de problèmes et de souffrances. Ce sera à nous d’utiliser ensuite ce Centre pour le mieux, pour la libération des personnes. C’est un grand défi qui nous est adressé. Cette volontaire nous apporte un témoignage très fort, en nous partageant ses motivations et les raisons de son engagement. Elle insiste en particulier sur l’importance de l’engagement bénévole, de l’ouverture à tous et de l’attention aux personnes qui souffrent. Un témoignage personnel très simple et très profond de jeune laïque catholique engagée.

L’après-midi, nous commençons par une réflexion sur l’Evangélisation, qui n’est pas endoctrinement mais témoignage par le partage de la vie et les actions en commun pour l’avancement de la société. Cette Evangélisation a pour but de construire ensemble le Royaume de Dieu, un Royaume ouvert à tous les hommes, un Royaume de justice et d’amour, de pardon, de paix et de réconciliation. C’est la base qui donne sens à notre engagement missionnaire.

Dans un deuxième temps, nous présentons la Commission Justice, Paix et Respect de la Création dont je vous ai souvent parlé. C’est là un domaine essentiel de notre engagement spiritain, et il est important que nos jeunes en formation s’y initient.

Pour la fin de l’après-midi, nous accueillons la présidente de l’Association des femmes. Elle nous parle de leurs différentes activités, en particulier la Journée Mondiale des Femmes et ce qu’elles font pour prendre conscience de leur dignité, tenir leur rôle de mères et d’épouses, et prendre leurs responsabilités dans la société. Elle nous partage les différentes formations qu’elles organisent et leurs activités lucratives pour mieux faire vivre leurs familles et aider les familles nécessiteuses : leur fabrication de savon artisanal, tissage, teinture….Les jeunes du camp tirent les conclusions de tout cela pour leur vie actuelle : pour le respect des femmes, une saine mixité et les actions communes garçons et filles. Et pour leur vie future, pour travailler avec les laïcs et avec tous, en particulier avec les femmes.

Après cela, les jeunes partent à la découverte de la ville, en observant ce qui s’y vit. Le lendemain, nous partagerons ce qu’ils ont vu et en tirerons les conclusions, pour maintenant et pour le futur.

Après le repas, nous regardons ensemble les informations internationales sur France 24. En effet, depuis notre arrivée, suite à une tornade, la télévision ne fonctionnait plus. Elle est enfin rétablie. A la suite des informations, nous regardons ensemble le film « Missions » que nous allons aussi analyser demain. Cela fait une belle journée du dimanche.

LUNDI 30 JUILLET :

Ce matin, nous accueillons d’abord un des catéchistes qui nous explique les différentes activités de la paroisse (voir l’autre document) : le conseil paroissial, les communautés de quartiers, la catéchèse, les mouvements de jeunesse, le foyer des élèves, etc… Il insiste spécialement sur l’importance de s’engager, chacun selon son âge et ses possibilités, des bonnes relations avec les musulmans, d’être sérieux avec l’argent : le manque de clarté et de comptes-rendus et les détournements cassent les groupes et les mouvements ; et l’importance de la prière. Un échange très riche et très intéressant.

Après une pause, un des 2 étudiants présente la vie et spiritualité de notre premier fondateur, Claude François POULLART DES PLACES. A partir de là, il explique les premières orientations de notre Congrégation au tout début du 18° siècle, en particulier le souci des plus pauvres et de l’Evangélisation : d’abord en France et rapidement à l’étranger : Canada, Inde, Australie, Sénégal, etc…, en formant des prêtres d’origine populaire pour les plus pauvres. C’est l’orientation de base de notre Congrégation. C’est nécessaire que nos jeunes en formation le comprennent bien.

L’après-midi, un directeur d’école vient nous parler de la vie scolaire et des problèmes d’éducation. Il aborde les choses d’une manière très simple et très concrète qui éclaire et intéresse beaucoup les jeunes, qui réagissent d’ailleurs activement.

Ensuite, après une pause, à partir de la découverte de la ville d’hier soir, nous analysons la situation de la région au niveau humain, la vie des gens et les problèmes socio-économiques du secteur. Une réflexion très intéressante qui ouvre les yeux des participants et leur trace des voies pour leur engagement futur, mais déjà leur vie présente. A partir de là, nous expliquons les différentes actions sociales du Gouvernement. La CMU (Couverture Médicale Universelle) qui se met en place, la Carte d’égalité des chances pour les handicapés, les bourses familiales pour les familles nécessiteuses et démunies (avec des conditions, en particulier envoyer les enfants à l’école, et d’abord déclarer leur naissance : en effet, de nombreux enfants n’ont pas d’acte de naissance, ce qui entraîne de nombreux problèmes pour aller à l’école, pour le mariage et pour la participation aux différentes activités sociales, en particulier pour avoir un emploi). Il y a aussi le plan Sésame pour le soutien des personnes âgées, les césariennes gratuites et les soins gratuits pour les enfants de 0 à 5 ans. Ce sont des choses importantes. Mais beaucoup de gens ne les connaissent pas ou ne s’y intéressent pas. Ils ne peuvent donc pas en profiter. Le deuxième problème, c’est que ces bonnes décisions ne sont pas bien appliquées. Il est donc important que les citoyens s’engagent fortement, pour la mise en pratique effective de ces décisions. Et que nous préparions les jeunes à s’engager dans la société, en tant que futurs missionnaires.

Nous continuons donc à réfléchir avec eux à l’engagement dans la société, en commençant par le quartier : connaître le délégué et les « marraines » du quartier, les imams, les organisations de jeunes (ASC) et les différentes ONG qui y interviennent : alphabétisation, santé, régulation des naissances, petits projets économiques, conservation et transformation de produits, etc… Que nos jeunes participent aussi à la Commission sociale et à la Commission de la jeunesse de leur commune. En effet, les communes font beaucoup de choses, en particulier pour les jeunes : formation gratuite à l’informatique ou pour avoir le permis de conduire, bourses et fournitures pour les élèves et étudiants. Nous terminons en parlant des programmes nationaux pour l’emploi des jeunes, la formation des jeunes filles, la promotion des femmes et les différents projets de développement. Et aussi les Maisons de Justice, et les Boutiques de droit pour la défense et le soutien des jeunes filles et des femmes victimes de violence. Ces informations intéressent beaucoup les jeunes de notre camp et sont essentielles pour des futurs missionnaires.

Suit un temps de détente que les jeunes consacrent en particulier au sport : football et basket-ball. Après le repas, nous regardons un film sur la vie de St Paul, apôtre et missionnaire. Mais d’abord, nous avons célébré la messe avec les paroissiens.

MARDI 31 JUILLET :

Ce matin, nous célébrons la messe avec la Communauté des Sœurs. Après les petits travaux (vaisselle, balayage, préparation de la cuisine), nous commençons la journée par la vie et la spiritualité de notre deuxième fondateur, le Père François-Marie LIBERMANN, présenté par le 2ème étudiant séminariste en stage à KEDOUGOU. Comme à chaque fois, l’exposé est suivi par un débat pour en tirer des conclusions pratiques pour notre vie.

Après une pause, nous recevons le responsable du service régional de l’électricité. Il nous présente d’abord la région de KEDOUGOU avec les différents aspects : humains, culturels, économiques, sociaux et politiques, qu’il connaît bien. Ancien militant et responsable jeune de la J .E.C. (Jeunesse Etudiante Chrétienne) puis de la J.O.C. (Jeunesse Ouvrière Chrétienne), il nous parle non seulement de ses engagements passés, mais actuels, dans la politique, le sport (football) et les associations de jeunes. Il nous présente les difficultés de vie des ethnies minoritaires. Et toute la recherche de l’or qui rend les gens fous, pousse à la violence et à la démobilisation, et fait quitter les élèves des écoles, dans l’espoir d’avoir la « chance » et d’un enrichissement rapide, illusoire et destructeur.

Il aborde aussi la vie de la paroisse et de l’Eglise locale et la difficulté du suivi des activités, car les jeunes dès la fin du Lycée doivent partir à la Capitale pour continuer leurs études ou leur formation. Il parle de l’influence des media venus de l’étranger qui démobilisent les gens, leur font perdre leurs valeurs culturelles et les poussent à la fuite du pays. Avec les jeunes, il insiste sur la bonne utilisation de Face Book et Whatshapp et sur la maîtrise de soi. Il continue sur l’importance de comprendre les problèmes de la population et d’agir avec douceur, l’importance du travail en commun entre prêtres et laïcs, et l’importance des réunions et des différents groupes, organisations, mouvements et conseils. Il insiste sur les deux dangers qui nous guettent, l’argent et le sexe, et l’importance d’une éducation et d’une formation dans ces domaines. La nécessité également de se prendre en charge chacun personnellement, de rester attentifs aux plus démunis, et de tenir compte de l’évolution des mentalités. On échange alors sur leurs relations de futurs prêtres avec les jeunes filles. Le débat porte ensuite sur l’équilibre à trouver entre la vie de famille, les responsabilités professionnelles et l’engagement dans la société et la paroisse. Puis sur la nécessité de commencer l’éducation et la formation déjà avec les enfants. Ensuite, sortir dans les quartiers, pour rencontrer les habitants pour une évangélisation de proximité. En étant attentif à ce qui se passe, aux conditions de vie et aux appels des gens.

L’après-midi, un technicien nous présente son travail au Conseil National de Sécurité Alimentaire, sur tout ce qui concerne non seulement l’agriculture mais aussi l’habitat, la sécurité, la distribution de vivres, mais sans habituer les gens à tendre la main. Aider à la résilience, c’est aider les gens à se relever et à agir par eux-mêmes. Ce qui demande disponibilité des personnes et des ressources, avec des routes et des marchés pour la commercialisation, le souci de la santé et des différentes tranches d’âges. Pour aider les populations, il faut donc évaluer les possibilités de la région en question. Avec tous les problèmes causés par la recherche de l’or dans cette région très marquée par la pauvreté.

L’intervenant en tire les conclusions pour notre travail missionnaire pour faire grandir la personne humaine dans toutes ses dimensions, en la faisant participer à son propre développement. Et comment travailler avec tous. A ce sujet, il nous donne l’exemple du CRD (Conseil Régional de Développement) auquel il vient de participer, où les différents services se retrouvent pour travailler ensemble. Avec l’exemple du verre à moitié plein (ou vide) : apprendre à voir les choses d’une façon positive. Il en tire des conclusions très concrètes sur son engagement chrétien et ouvre des pistes pour les jeunes qui se préparent à un engagement missionnaire, à partir de la vie et des paroles du Christ. Il nous parle aussi comment il s’est préparé au mariage et a organisé sa vie de famille. Et comment il a commencé son travail professionnel, comme seul chrétien dans un secteur d’une autre culture et d’une autre langue que la sienne. Car la vie avance, on ne peut pas revenir en arrière, ce n’est pas un voyage Aller-Retour ! Et comment il continue à soutenir ses camarades d’études grâce à Facebook et Whatsapp. Il termine par quelques conseils : Toujours penser en premier à la personne humaine. Ouvrir les yeux pour voir les souffrances et difficultés des gens et participer aux actions qui sont menées. Et partager mutuellement ses idées en s’écoutant réellement. Il nous a expliqué à ce sujet la démarche participative.

Le débat qui a suivi a porté sur : Comment, en tant que chrétien, vivre et travailler avec les musulmans. La première chose étant de chercher à mieux se connaître, en laissant l’agressivité, et en ayant le courage de supporter les incompréhensions, et en gardant confiance dans la vie. Il explique ensuite comment le scoutisme l’a formé et lui a appris à rendre service. Puis il répond à la question : Comment jeune marié il construit sa vie de famille, à l’exemple de ses parents et de l’éducation qu’il a reçue. En citant la phrase d’un vieillard : « Dans le monde actuel, il y a beaucoup de gens, mais il n’y a plus d’hommes ». Comment vivre les chocs de la vie (maladies, décès, etc…) d’une façon positive. Et rester ferme dans le choix de vie qu’on a fait, malgré les difficultés. Enfin, il nous parle de ses conditions de travail très difficiles dans une région inondée et très montagneuse. Et comment savoir approcher les gens pour obtenir des renseignements clairs et fiables ? La première approche est très importante : savoir passer par les autorités et repérer les personnes compétentes et influentes. Et cela par l’intermédiaire d’un interprète, dans une langue qu’on ne possède pas. L’important, c’est de continuer à chercher, à apprendre. C’est un témoignage important pour des futurs missionnaires appelés à travailler dans un autre pays que le leur.

Les conclusions tirées par les jeunes : Ne pas travailler tout seul. Faire confiance aux gens et savoir écouter. Etre des sources de réconfort pour les autres. Savoir supporter et se retenir. Apprendre à se comprendre avec les gens des autres religions. Le courage et le sacrifice sont nécessaires dans la vie pour avancer ensemble.

Le soir, après la rencontre, 2 heures 30 de travail manuel : nettoyage de la maison et de la cour, travail à la porcherie et au poulailler. Et un film après le repas partagé.

MERCREDI 1er AOUT :

Messe du matin avec les Sœurs et quelques laïcs avant de partir au travail. Après les travaux du matin, nous nous retrouvons pour un temps d’information et de partage sur ce que nous vivons dans nos Communautés Chrétiennes de Quartier (CEB) : la prière et le partage de la Parole de Dieu, l’éducation des enfants et des jeunes, les visites dans le quartier, les différentes activités religieuses mais aussi sociales, comme le tournoi de football avec les autres jeunes. Puis les différentes responsabilités : pas seulement le Bureau mais aussi les différentes Commissions : de la Famille, Justice et Paix, Caritas, responsables des relations avec la Mairie, avec les musulmans et les Imams, les ONG et Organisations du quartier, etc…Ensuite, les traductions dans les langues locales, la responsabilisation des laïcs, la vie communautaire et les relations d’amitié avec tous dans la vie de chaque jour. A partir de la ville de RICHARD TOLL, nous parlons de l’engagement dans les usines et entreprises de la ville : La CSS (Compagnie Sucrière Sénégalaise), DOLIMA (fabrique de produits laitiers, la culture des agro-carburants, la SAED (Société d’Aménagement du Delta du fleuve Sénégal) pour la culture du riz irrigué et autres produits (tomates, …) qui emploient des milliers de travailleurs. A partir de là, nous abordons un certain nombre de problèmes : la prise de responsabilité et la collaboration entre les différents responsables, l’importance de l’évaluation des activités, la clarté dans les finances, l’importance de bien se connaître et de se soutenir dans la vie de chaque jour, d’aller visiter les absents sans les agresser, mais chercher à comprendre leurs problèmes. Nous terminons par un temps de formation sur le programme de réunions : 1ère réunion = partage de la Parole de vie. 2°) la vie de la paroisse. 3°) la vie dans le quartier. 4°) l’évaluation et la célébration des belles choses vécues et accomplies. Un beau moment de partage.

Après une pause, une religieuse sénégalaise qui travaille depuis longtemps avec les spiritains, et nous connaît bien, est venue pour parler de la vie religieuse : Comment elle s’y est préparée et comment elle vit sa vocation aujourd’hui. A partir de là, les jeunes tirent les conclusions pour leur vie et leur vocation : l’importance de la prière, la nécessité du témoignage, aimer tout le monde, la persévérance, la patience et le courage, créer des liens d’amitié profonds. La Sœur nous partage ensuite ses activités dans l’éducation. Et elle explique l’importance de la collaboration entre prêtres et religieuses et d’aller ensemble vers tous, sans distinction. Et aussi de garder confiance dans l’avenir. Savoir s’organiser dans son travail (pour elle : enseignante), le faire le mieux possible en gardant l’équilibre avec la vie communautaire et religieuse.

Après le repas, la pause et le partage de l’Evangile (la guérison du paralysé), nous recevons une jeune femme que j’ai connue à la préparation des fiancés au mariage, à Dakar, et que j’ai retrouvée avec joie à KEDOUGOU. Elle travaille dans l’Association YMCA = Mouvement des Jeunes Chrétiens Africains d’origine protestante pour renforcer les capacités des jeunes dans les différents secteurs de leur vie. A KEDOUGOU, l’association a un projet de développement pour renforcer l’auto emploi des jeunes et l’entreprenariat. Elle commence par leur demander quelles sont leurs attentes dans ce domaine. Le point de départ, ce sont des jeunes qui se regroupent pour voir leurs besoins et chercher des solutions par eux-mêmes. La rencontre se passe d’une manière très participative, à partir d’une projection : Comment créer de l’emploi et de la richesse à partir des possibilités locales ? Comment passer d’une idée théorique à la réalisation d’une entreprise à travers un projet étudié, et ne pas rester au niveau des rêves. Nous voyons comment cette formation les concerne en tant que futurs missionnaires. Pour que l’Evangélisation prenne toute sa dimension économique, sociale et humaine : et pour que le missionnaire ait les qualités et compétences d’un bon entrepreneur = passion, courage, humilité, ouverture d’esprit. Et être capable d’entreprendre avec toutes les personnes : femmes, jeunes, enfants, pas seulement les hommes adultes, en donnant à chacun des responsabilités selon ses capacités. Nous sommes partis de deux textes de base pour l’Evangélisation : Luc 4, 16-21 : la justice et la paix pour tous; et Mat 25, 32-46 : la charité et le développement. C’est la mise en pratique réelle et concrète de la mission du Christ. Nous continuons par une classe de chants et la préparation de notre messe de clôture de demain.

Après le repas, à la veillée culturelle chaque groupe présente la culture et les traditions de son ethnie et de son pays : Sénégal (beudik, malinke, diola), Guinée Bissao (mandjaque), Madagascar et Tanzanie. A chaque fois, nous nous demandons quelles sont les valeurs traditionnelles et les qualités de chaque ethnie. Et comment les faire évoluer pour pouvoir les vivre dans la vie moderne, à partir de l’Evangile. Ensuite, chacun présente un chant et une danse de son ethnie. La veillée dure longtemps, et c’est un peu difficile de se lever le matin !

JEUDI 2 AOUT :

La journée commence par la messe de clôture. Chacun apporte un message écrit et ces messages sont distribués entre tous. A l’Offertoire, nous apportons un livre d’Evangile, nos notes de réflexion et nos instruments de travail devant l’autel. Nous faisons une chaîne d’amitié au moment du Notre Père. Et à la fin de la messe, nous nous passons le cierge allumé pour nous rappeler notre mission, en disant à chacun : « Tu es la lumière du monde ». Avant-hier, nous sommes venus poser les mains sur l’Evangile en procession. A chaque messe, nous avons cherché ainsi des gestes et symboles parlants.

Après les travaux de chaque matin, nous écoutons le responsable de la CPJ de PIKINE (Coordination Pastorale des Jeunes) présent à notre camp, qui nous explique leurs activités, en particulier le travail avec les Communes et les autres associations de jeunes dans les quartiers. Et ce qui se fait pour la recherche de l’emploi, et les formations à donner pour cela. Sans oublier les relations et activités communes avec les jeunes musulmans, la formation spirituelle des jeunes, les activités « Jeunesse en Action », le patronage des enfants pendant les vacances et le soutien aux Mouvements de jeunes. Puis nous cherchons comment assurer le même type d’actions dans les autres paroisses.

Ensuite, un des participants explique aux autres comment il a vécu le pré-postulat : une année de préparation en partageant la vie de plusieurs communautés de spiritains, pour voir les conditions de vie et le travail sur le terrain, avant de s’engager en connaissance de cause, avec les conditions et les étapes nécessaires. Puis nous précisons à nouveau la différence entre prêtres diocésains et religieux missionnaires, dans le respect de chaque vocation. Il est important de voir à quel type de vie on se sent appelé à partir de nos qualités personnelles. Et ensuite de se préparer sérieusement à ce mode de vie.

Après une pause, nous évaluons ce camp avec ce qui a marché, les manques et les propositions pour les camps futurs. Enfin, chaque participant écrit personnellement ses décisions d’action (ce que chacun veut faire cette année qui va commencer). Tous acceptent de le lire devant les autres, comme engagement personnel et communautaire. Nous terminons par une prière pour dire ensemble merci à Dieu. L’abbé Clément, Guinéen, formateur à l’Université catholique du MALI, de passage parmi nous, assure la clôture du camp.

Et nous sommes très heureux de nous retrouver tous ensemble, avec les Sœurs et les différents animateurs, pour le repas d’adieu.

Nous rentrons en bus : départ à 16 heures, voyage toute la nuit. Heureusement que nous avions réservé à l’avance. L’embarquement est toujours compliqué, car les gens n’ont pas l’habitude de répondre à l’appel de leurs noms. Et beaucoup viennent avec de nombreux bagages qu’il faut caser plus ou moins bien. Au moment de partir, on découvre un problème mécanique. Il faut réparer, mais tout le monde reste tranquille. Les gens sont toujours très patients. Beaucoup d’entre eux étaient descendus, ils rejoignent leurs places sans problème. Un deuxième appel avant de partir, et c’est enfin le départ. Sur les 60 premiers kilomètres la route est très mauvaise et complètement défoncée. On est très secoué et on avance très doucement. Il y a beaucoup de boue car il a beaucoup plu, mais c’est une bénédiction pour les paysans. A partir de TAMBACOUNDA, c’est le goudron. Ca va mieux et on essaie de dormir entre les nombreux arrêts, d’abord pour les contrôles des policiers, gendarmes et douaniers, puis en approchant de Dakar pour laisser les gens descendre tout le long de la route. Nous arrivons enfin, fatigués mais heureux.

Rapporté par Armel Duteil



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