Dialogue interreligieux, dialogue interculturel
Pourquoi les affrontements interreligieux sont-ils récurrents dans un certain nombre de pays? Au-delà des appartenances religieuses, nous constatons souvent des pratiques traditionnelles comparables. Comment vivre en Église un respect des spécificités culturelles de populations minoritaires? Comment entrer en dialogue avec les «autrement croyants»?
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Du 1
er au 6
septembre
2011, dans le cadre de la maison généralice, à Rome, et en présence du Supérieur général et de son premier Assistant, une dizaine de spiritains ont confronté leurs expériences dans le domaine du dialogue interreligieux et interculturel. Si deux réunions précédentes (Dakar 1989 et Banjul 2002) avaient déjà permis d’échanger sur la rencontre avec l’islam et les musulmans, ce fut la 1
re fois qu’au sein de la Congrégation le débat portait sur le dialogue de manière plus large.
La variété des contributions et la richesse des discussions durant la rencontre nous obligèrent à revisiter ce qui fonde notre engagement spiritain dans la rencontre interreligieuse et interculturelle, à interroger nos pratiques, à découvrir l’étonnante étendue des réalités où un tel dialogue est pertinent puisqu’il touche bien souvent à notre pratique pastorale elle-même.
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Qu’est-ce que le dialogue?
C’est avant tout une attitude du cœur et une ouverture d’esprit envers l’autre. Cette capacité d’écoute, de décentrement de soi, de respect qui s’oppose à toute forme de mépris, de supériorité ou d’arrogance, nous rend capables de compassion envers celui qui souffre, d’empathie pour l’exclu et de respect pour l’autrement croyant. N’est-ce pas à cette qualité et à cette égalité de relation que nous aspirons nous-mêmes dans notre vie en communauté spiritaine
? Le dialogue est un art de vivre
!
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Pourquoi dialoguer?
D’abord, parce que c’est la manière dont Dieu lui-même se révèle et se comporte avec nous. Ensuite parce qu’il nous crée à son image et à sa ressemblance, si bien que nos différences
– infinies – ne réduisent jamais à néant ce qui fait notre commune humanité. Ce qui nous unit est bien plus grand que ce qui nous sépare, comme aimait le dire le Bx Jean-Paul II.
S’il fait partie de la réalité de l’Église d’être, en ce monde, non seulement une communauté de croyants parmi d’autres, mais d’être, à cause du Christ, «
en quelque sorte le sacrement, c’est-à -dire le moyen et le signe de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain», alors œuvrer à cette unité qui, à la fois respecte et en un sens dépasse les différences, fait partie de la mission de l’Église. Une telle mission ne correspond-elle pas justement plus que jamais à l’une de nos spécificités de religieux et de missionnaires attentifs à ceux qui sont à la marge de nos sociétés et au-delà du seuil de l’Église, comme nous y invite notre Règle de Vie lorsqu’elle parle de la Mission comme dialogue
? En ces lieux de fractures, c’est à un véritable travail de réconciliation que nous sommes en fait souvent confrontés.
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Comment dialoguer?
Dans la rencontre interreligieuse, 4 niveaux complémentaires existent. Le 1
er est celui d’une cohabitation qui correspond à la vie quotidienne de la très grande majorité de l’humanité. D’ailleurs les autres niveaux ne prennent sens que par rapport à ce vivre ensemble et pour lui. Ce niveau est riche de nos vies humaines alternativement habitées de préjugés et potentiellement lieu d’amitiés profondes.
Le 2
e niveau comporte des collaborations communes pour le bien de tous (éducation, démarche Justice, Paix et Intégrité de la création, lutte contre la pauvreté, accompagnement de processus pré- et postélectoraux, etc.), montrant qu’il est possible de compter sur l’autre et d’agir avec efficacité.
Dans les grands moments de la vie (maladie, naissance, catastrophe, etc.), si la confiance existe, il sera possible de vivre un dialogue plus spirituel – c’est le 3
e niveau –, d’échanger sur les convictions religieuses, sur le sens des pratiques ou encore sur des questions en suspens. Cette confrontation renvoie toujours Ă notre propre expĂ©rience, la questionne ou l’enrichit. Mais Dieu ne nous interpelle-t-il pas dans ces Ă©tonnements-lĂ
?
Enfin – et c’est le 4
e niveau – il existe parfois un dialogue qui demande davantage de compétences, celui d’une réflexion plus théologique et qui, pour être fructueux, exige une connaissance approfondie de la tradition de l’autre.
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Notre dialogue avec les cultures
Depuis ses origines, notre tradition spiritaine nous a mis en contact avec des personnes de cultures diverses. La disponibilité à aller habiter chez l’autre, à apprécier l’hospitalité reçue et à apprendre de nos hôtes en nous mettant à leur école fait partie de la spécificité de notre charisme. Aujourd’hui ce défi continue de nous être lancé d’oser franchir le pas, de passer les frontières d’autres pays, d’autres cultures (pauvres, jeunes, exclus, groupes en marge), d’apprendre leur langue jusqu’à faire profondément alliance avec eux en vue d’y être témoins du Christ. Cette rencontre nous change. Or c’est parce qu’elle ne nous laisse pas indemnes qu’elle peut être grâce. Cette rencontre demande aussi du temps et de la persévérance. Comment porter du fruit sans laisser d’abord pousser des racines
?
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En guise de conclusion
En un certain sens, cette rencontre spiritaine a fait écho aux 2 grands événements commémorés durant l’automne passé
: les 10 ans du 11
septembre et les 25 ans de la rencontre d’Assise, le 27
octobre 1986, entre le pape Jean-Paul II et les représentants de toutes les grandes religions du monde
: une journée de jeûne et de prière pour le don de la paix.
Paradoxalement ces deux événements interrogent notre propre agir. En effet, notre capacité à dialoguer reste fréquemment limitée à un cercle de personnes choisies ou proches de nous. Or il existe en chacune de nos circonscriptions, de nos communautés, des personnes et des groupes que nous tenons à distance pour une raison ou pour une autre. Quels sont ces groupes
? Qui parmi nous est capable d’y avoir un ou des amis
? Il nous arrive de mettre en œuvre des démarches pour rencontrer ces personnes. Parfois aussi des préjugés nous aveuglent ou des peurs nous paralysent.
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«
Qui donc est mon prochain?» Cette question adressée à Jésus dans l’Évangile ne nous invite-t-elle pas à être des artisans de dialogue là où nous vivons aujourd’hui
?
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Marc Botzung
marc.botzung@gmail.com