Feuille de route pour l’Église en Afrique
Le 19 novembre dernier, lors de sa récente visite au
Bénin, Benoît XVI a signé et remis l’exhortation
apostolique post-synodaleAfricae
munus Ce document – qui s’adresse aux
évêques, aux prêtres, aux diacres permanents, aux
personnes consacrées, aux catéchistes et aux autres laïcs
de l’Afrique et des îles voisines – arrive au terme
d’un long processus rythmé de plusieurs
étapes.
Tout commence le 13
novembre 2004
: Jean-Paul II annonce une 2
e assemblée spéciale du Synode des évêques consacrée au continent africain. Dans le même mouvement, le 27
juin 2006, le secrétariat du Synode des évêques publie les
Lineamenta, texte préparatoire suivi d’un questionnaire sur le thème de l’assemblée synodale. La synthèse des réponses donne lieu à un autre document, l’
Instrumentum laboris, qui doit servir de base aux travaux du Synode, du 04 au 25
avril 2009 à Rome. Au terme de leur assemblée, les Pères synodaux publient un message final et remettent au Pape une série de 57 propositions. C’est à partir de celles-ci que Benoît XVI a composé son exhortation, dont le titre, selon la tradition, reprend les premiers mots de la version latine, eux-mêmes signifiant l’Engagement de l’Afrique.
Ce texte recueille les résultats des réflexions synodales sur la mission de l’Église au service de la réconciliation, de la justice et de la paix en terre africaine. En réalité, il porte sur le rapport entre le christianisme et la situation sociale actuelle de l’Afrique et indique aux chrétiens africains des pistes pour améliorer les conditions de vie dans leur continent.
Le document comporte 2 grandes parties. La 1
re s’organise en 2 chapitres. En se basant sur Ap 21, 5, elle présente la réconciliation, la justice et la paix comme des œuvres de renouvellement social. Elle fixe les orientations missionnaires de l’Église en Afrique en lui recommandant d’être «
sel de la terre » et «
lumière du monde » (Mt 5, 13-14), par le progrès dans le respect de la personne humaine, par l’amélioration de la vie en famille et en société, par la protection de la vie, par le dialogue œcuménique et interreligieux.
Dans

la 2
e section – en se référant à 1 Co 12, 7 – Benoît XVI souligne la diversité des acteurs et des lieux d’application du projet qu’il présente. Après avoir nommé les défis que les chrétiens africains sont appelés à relever, il poursuit sa réflexion en 3 étapes. D’abord il redit à chaque agent de l’Évangélisation sa vocation dans le contexte actuel du continent. Ensuite il présente le monde de l’éducation, le domaine de la santé et l’univers de la communication comme des champs missionnaires prioritaires. Enfin il revient sur l’importance de la Parole de Dieu, des sacrements et de la nouvelle évangélisation pour la construction d’une Afrique réconciliée avec elle-même et avec Dieu, juste envers ses filles et ses fils, profondément pacifiée.
Pour nourrir sa pensée sur les différentes questions qu’il aborde, le Pape semble s’appuyer principalement sur 2 éléments. Il exploite l’actualité sociale et ecclésiale de l’Afrique. À ce sujet, son analyse se caractérise par un réalisme et une lucidité remarquables. Il nourrit aussi sa réflexion d’images et d’allusion bibliques, tout en s’inspirant des textes officiels de l’Église comme le Catéchisme de l’Église catholique, le Compendium de la doctrine sociale de l’Église et d’autres documents et discours récents signés de lui-même. L’enseignement de Benoît XVI dans Africae munus prolonge l’action inaugurée en 1995 par Jean-Paul II dans
Ecclesia in Africa, l’exhortation apostolique donnée à l’issue de la 1re assemblée spéciale du synode des Évêques pour l’Afrique. Il constitue une véritable feuille de route pour la mission de l’Église en Afrique au XXI
e siècle. Tous les baptisés, selon leurs services ecclésiaux respectifs, pourront y trouver un guide sage et intelligent.
Le corps du document situe la transformation de la société au centre de l’action missionnaire en Afrique
: annoncer l’Évangile en Afrique revient à s’engager pour la construction d’un nouvel ordre social. Son introduction et sa conclusion projettent une image positive du continent noir. L’une avoue l’amour et le respect de l’Église pour l’Afrique et l’autre l’invite à l’espérance. Ces positions optimistes peuvent aussi susciter une interrogation
: comment est-il possible de présenter l’Afrique comme un «
poumon spirituel de l’humanité » (
Africae munus, n°
177) et de l’oublier dans la récente création d’une vingtaine de cardinaux
?
Elvis Elengabeka
elviselengabeka@yahoo.fr