Sur la demande de Benoît XVI,
Jacques Diouf, Sénégalais, directeur de la FAO (Organisation pour
l’alimentation et l’agriculture) est venu partager avec les Pères du Synode son
inquiétude sur l’insécurité alimentaire en Afrique.
« L’Afrique martyrisée, exploitée, spoliée par
l’esclavage et la colonisation, mais aujourd’hui indépendante, doit refuser
l’assimilation aliénatrice. »
Tels furent ses premiers mots.
D’ici quarante ans, l’Afrique
comptera deux milliards d’habitants et sera le plus grand marché du monde.
Deuxième constat, l’Afrique a des
ressources minières fabuleuses :
80 % des réserves
mondiales pour le platine et le manganèse, 57 %
pour le diamant, 34 %
pour l’or, 23 % pour
la bauxite, 18 % pour
l’uranium, 9 % pour le
pétrole, et 8 % pour
le gaz. L’Afrique est devenue incontournable pour le développement du monde.
Il est impératif qu’elle se
libère du joug de la faim et de la malnutrition. La paix et l’unité lui sont
indispensables, objectifs pour lesquels la démocratie, la primauté du droit et
une économie au profit du peuple sont à rechercher. Plus largement, sa sécurité
alimentaire conditionne la stabilité et la sécurité du monde.
Mais le monde promet tellement de
merveilles jamais accomplies !
En 1996, il y eut le sommet de la FAO, avec engagement solennel de réduire de
moitié la faim dans le monde, engagement réaffirmé en 2000 au sommet du
Millénaire, et en 2002 et en 2008. Le résultat est que la situation actuelle
est encore plus inquiétante qu’en 1996. Il y a aujourd’hui dans le monde un
milliard d’hommes qui ont faim !
En Afrique, 271 millions de personnes sont
mal nourries, soit le quart de la population.
Il y a un besoin énorme
d’apprentissage de technologies nouvelles. En effet, pour 93 % des terres cultivées en
ASS (Afrique subsaharienne) les résultats dépendent totalement des pluies. Les
experts de l’ONU prévoient, à cause du réchauffement climatique, que les
rendements des cultures pluviales pourraient, dans ces régions, baisser de 50 % d’ici à 2020. Et que
peut-on faire si nous n’y consacrons pas les moyens financiers nécessaires ? Or cela dépend
fondamentalement d’une volonté politique au plus haut niveau.
Rappelons que dans les pays de
l’OCDE (Organisation de coopération économique, pour l’Europe et l’Amérique du
Nord) le soutien à l’agriculture est de 260 milliards €
par an. Pour lutter efficacement contre la faim dans le monde, il faudrait 60 milliards € provenant des
budgets des pays (10 %
prévus à Maputo), de l’investissement privé des agriculteurs et de l’aide
public au développement.
Tout cela ne se fait pas, mais
pour l’armement on dépense dans le monde 957 milliards
€ par an. C’est un choix qui est fait au plus haut niveau parce que cela
rapporte.
Jacques Diouf affirme qu’il
y a sur la terre « suffisamment de moyens financiers, de
technologies efficaces, de ressources naturelles et humaines pour éliminer
définitivement la faim dans le monde ».
Mais la part de l’aide au développement consacrée à l’agriculture diminue : 17 % en 1980, aujourd’hui 5 % !
« La vision d’un monde libéré de la faim est
possible s’il existe une volonté politique au plus haut niveau. » Quand on voit qu’en 2009,
en pleine crise financière et commerciale, les 23 premières banques américaines
vont se distribuer 100 milliards
€ de bonus, on peut douter légitimement de l’existence de cette volonté.