Foi & Justice   


Jacques Diouf au Synode pour l’Afrique

Le Synode pour l’Afrique s’est tenu du 4 au 25 octobre 2009. Trois mois ont passé depuis. L’événement n’a pas fait grand bruit dans la presse, hélas ! Raison de plus, nous semble-t-il, d’y revenir avec l’un des intervenants.


Sur la demande de Benoît XVI, Jacques Diouf, Sénégalais, directeur de la FAO (Organisation pour l’alimentation et l’agriculture) est venu partager avec les Pères du Synode son inquiétude sur l’insécurité alimentaire en Afrique.
« L’Afrique martyrisée, exploitée, spoliée par l’esclavage et la colonisation, mais aujourd’hui indépendante, doit refuser l’assimilation aliénatrice. » Tels furent ses premiers mots.
D’ici quarante ans, l’Afrique comptera deux milliards d’habitants et sera le plus grand marché du monde.
Deuxième constat, l’Afrique a des ressources minières fabuleuses : 80 % des réserves mondiales pour le platine et le manganèse, 57 % pour le diamant, 34 % pour l’or, 23 % pour la bauxite, 18 % pour l’uranium, 9 % pour le pétrole, et 8 % pour le gaz. L’Afrique est devenue incontournable pour le développement du monde.
Il est impératif qu’elle se libère du joug de la faim et de la malnutrition. La paix et l’unité lui sont indispensables, objectifs pour lesquels la démocratie, la primauté du droit et une économie au profit du peuple sont à rechercher. Plus largement, sa sécurité alimentaire conditionne la stabilité et la sécurité du monde.
Mais le monde promet tellement de merveilles jamais accomplies ! En 1996, il y eut le sommet de la FAO, avec engagement solennel de réduire de moitié la faim dans le monde, engagement réaffirmé en 2000 au sommet du Millénaire, et en 2002 et en 2008. Le résultat est que la situation actuelle est encore plus inquiétante qu’en 1996. Il y a aujourd’hui dans le monde un milliard d’hommes qui ont faim !
En Afrique, 271 millions de personnes sont mal nourries, soit le quart de la population.
Il y a un besoin énorme d’apprentissage de technologies nouvelles. En effet, pour 93 % des terres cultivées en ASS (Afrique subsaharienne) les résultats dépendent totalement des pluies. Les experts de l’ONU prévoient, à cause du réchauffement climatique, que les rendements des cultures pluviales pourraient, dans ces régions, baisser de 50 % d’ici à 2020. Et que peut-on faire si nous n’y consacrons pas les moyens financiers nécessaires ? Or cela dépend fondamentalement d’une volonté politique au plus haut niveau.
Rappelons que dans les pays de l’OCDE (Organisation de coopération économique, pour l’Europe et l’Amérique du Nord) le soutien à l’agriculture est de 260 milliards € par an. Pour lutter efficacement contre la faim dans le monde, il faudrait 60 milliards € provenant des budgets des pays (10 % prévus à Maputo), de l’investissement privé des agriculteurs et de l’aide public au développement.
Tout cela ne se fait pas, mais pour l’armement on dépense dans le monde 957 milliards € par an. C’est un choix qui est fait au plus haut niveau parce que cela rapporte.
Jacques Diouf affirme qu’il y a sur la terre « suffisamment de moyens financiers, de technologies efficaces, de ressources naturelles et humaines pour éliminer définitivement la faim dans le monde ». Mais la part de l’aide au développement consacrée à l’agriculture diminue : 17 % en 1980, aujourd’hui 5 % !
« La vision d’un monde libéré de la faim est possible s’il existe une volonté politique au plus haut niveau. » Quand on voit qu’en 2009, en pleine crise financière et commerciale, les 23 premières banques américaines vont se distribuer 100 milliards € de bonus, on peut douter légitimement de l’existence de cette volonté.

Bernard Foy
befoy@wanadoo.fr


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