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Élection présidentielle au Cameroun
Elle a eu lieu le 9octobre dernier. On en connaît le résultat: Paul Biya est réélu avec 77,98% des voix.
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Il n’aurait pas dû se représenter. En effet, selon la Constitution de 1996, 2 mandats de 7 ans sont le maximum possible.
Désirant rester en place coûte que coûte, il avait fait voter, le 10
août 2008, par l’Assemblée nationale, une réforme de la Constitution qui stipulait la suppression de la limitation du nombre des mandats et, de plus, assurait l’impunité à vie contre toute poursuite judiciaire à l’encontre du président à la fin de son mandat (article
53). On ne peut revenir sur cet article que par décision de l’Assemblée nationale et du Sénat (4/5 des votes).
Ainsi, voici le président bien tranquille. Peut-être sentait-il avoir besoin d’un tel arrangement au niveau de la Constitution
? Paul Biya commence donc son 6e mandat. Il a 78 ans
!
Devant une telle situation le peuple est désespéré. Cela fait 29 ans que ce président est là et le pays n’avance pas. Selon l’indice du développement de l’ONU, le Cameroun se situe à la 131e place sur 169, alors que le pays a toutes les possibilités de se développer. Népotisme, corruption à tous les niveaux, bureaucratie, réactions plus que brutales de la police et de l’armée
: c’est le quotidien de tous les Camerounais.
En février
2008, la situation devenait de plus en plus difficile. Le prix de la nourriture et celui de l’essence augmentaient d’une façon catastrophique
; s’ajoutait à cela tout le problème de la réforme de la Constitution. C’est alors que le peuple de Douala est descendu dans la rue. La répression fut terrible
! Une centaine de morts, d’après une ONG camerounaise.
Le dernier vote a été entaché d’irrégularités nombreuses. Une fois de plus
! Les partis d’opposition ont déposé des plaintes
; elles ont toutes été refusées.
Dans un communiqué du 11
octobre, notre ministre des Affaires étrangères a déclaré que ce vote a eu lieu «
dans des conditions acceptables». Il avait sans doute fait les choses un peu vite… C’était d’ailleurs l’habitude de Jacques Chirac de féliciter le président du Cameroun de sa réélection avant d’en avoir les résultats
!
Pourquoi une telle précipitation
? La réponse est, sans doute, dans le type de relations bien établies entre la France et le Cameroun. Depuis des décennies. le président Biya bénéficie du soutien inconditionnel de la politique française.
Dans un livre récent, Fanny Pigeaud explique que «
en soutenant Biya, la France vise évidemment à préserver ses intérêts: le Cameroun constitue un marché pour ses produits et fournit d’importantes ressources, comme le gaz, le pétrole. […] La plupart de ses entreprises sont en position de monopole et font par conséquent de bonnes affaires.» Quelque 200 entreprises appartenant à des ressortissants français et une centaine de filiales de grandes compagnies françaises travaillent dans tous les secteurs d’activités
: agriculture, agroalimentaire, pétrole, équipements électriques et informatiques, ciment, transports, banques, assurances, téléphones mobiles, etc. On comprend donc la précipitation du Ministre.
Mais quelque chose est peut-ĂŞtre en train de changer. Le 22
octobre, en effet, Bernard Valero, porte-parole des Affaires étrangères, indiquait que «
lors du scrutin, de nombreuses défaillances et irrégularités ont été constatées».
Et, surtout, le 28
octobre était diffusé un message du président Sarkozy à son homologue camerounais. Après les traditionnelles félicitations, le chef de l’État français écrit
: «
Je connais votre intention, annoncée pendant la campagne électorale, de parachever sans plus tarder la mise en place des institutions prévues par la constitution de 1996 (décentralisation)
. Je m’en réjouis, car celles-ci seront le gage d’un pays stable, confiant en lui-même et résolument tourné vers l’avenir. Par ailleurs, alors que votre pays connaîtra de nouveau des élections en 2012, je ne doute pas que vous saurez, d’ici là , mettre en œuvre les efforts et les moyens nécessaires au bon fonctionnement de l’Elecam (organisation chargée des élections) et par voie de conséquence, au renforcement de la démocratie au Cameroun.»
Changement de ton, certes, mais à quand la rupture réelle avec la Françafrique
? Seule une vraie indépendance fera éclore la démocratie au Cameroun.