Même si l’ASS n’est pas le
continent ayant le plus grand nombre de ces pauvres, son avenir est plus sombre
que partout ailleurs :
265 millions, soit 32 % de la population
sous-alimentée. Une augmentation de 11,8 %
en une seule année !
Le secteur agricole a une place
capitale en ASS : 60 % de la population active,
20 % des exportations
de marchandises et entre 72 et 92 %
d’incidence de la pauvreté rurale. Et ce secteur végète. Les rendements de
céréales n’ont crû que de 50 %
environ en ASS au cours des cinquante dernières années, alors qu’en Amérique,
en Europe et même en Asie, ces rendements ont été multipliés par 2, voire 3, de
1960 à 2008.
Alors on importe de plus en plus.
Le riz : importation
nette de 200 000
tonnes en 1961, contre 5,2 millions
en 2007, soit 29 fois plus, le coût ayant été multiplié par 67 ! Dans le même laps de
temps, le volume du blé a été multiplié par 1,8 et le coût par 8. Pour la
viande, le volume des importations nettes est multiplié par 70 et le coût par
86 !
L’indépendance de ces pays est
malmenée, leur sécurité alimentaire étant entre des mains étrangères, celles
des pays du Nord auxquels s’ajoutent les pays émergents.
On a encouragé ces pays devenus
indépendants à être membres de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) et à
utiliser les institutions de Bretton-Woods (Banque mondiale et Fonds monétaire
international) dont les grands principes furent mis en place rapidement : privatisation, le moins
d’État possible, agriculture d’exportation, ouverture des frontières pour
faciliter le libre-échange, baisse des droits de douane, etc.
La farine, la morue, les
conserves de tomate et de sardine, les bas morceaux de poulet, la poudre de
lait et bien d’autres choses sont arrivés dans les ports africains à des prix
tellement bas qu’ils rendent impossible la mise en place de filières de
productions locales.
Tout cela est voulu !
Si l’on rajoute à ce tableau
l’exploitation éhontée des produits miniers et la toute nouvelle ruée sur les
terres cultivables, on peut vraiment se poser de graves questions sur la
situation que connaîtra ce continent en 2050, avec ses 2 milliards d’hommes, dont la majorité en
dessous de 25 ans…
L’Histoire nous apprend que la
priorité du développement de la campagne et de son agriculture familiale n’a
jamais été une volonté politique, ni des colonisateurs ni des gouvernements
actuels.
Quand on regarde comment évoluent
les négociations de Doha 1 au plan multilatéral et celles des
Accords de Partenariat économique entre l’UE et les pays ACP (Afrique, Caraïbes
et Pacifique), il est évident qu’il n’y a pas de volonté politique du côté du
Nord pour que ce Sud ait un peu moins faim.
Dans l’état actuel des relations
entre le Nord et le Sud, il saute aux yeux que c’est le Nord qui en profite le
plus, malgré l’aide et l’humanitaire qui sont les grands mensonges des peuples
riches.
Il serait utile que l’Europe
n’oublie pas qu’il fut un temps où le bon peuple parisien, alors qu’il avait
faim, alla secouer les grilles du château de Versailles.
1 Le texte des accords
de Doha (Qatar), signé en 2001, réitère sa foi dans le libre-échange comme
moteur de la croissance.