Foi & Justice   


Insécurité alimentaire en Afrique subsaharienne (ASS)

En 2009, dans les pays riches comme dans les pays pauvres, des hommes ont faim : 100 millions de plus qu’en 2008, soit 1,02 milliard de pauvres qui nous regardent manger et même gaspiller notre nourriture.



Même si l’ASS n’est pas le continent ayant le plus grand nombre de ces pauvres, son avenir est plus sombre que partout ailleurs : 265 millions, soit 32 % de la population sous-alimentée. Une augmentation de 11,8 % en une seule année !
Le secteur agricole a une place capitale en ASS : 60 % de la population active, 20 % des exportations de marchandises et entre 72 et 92 % d’incidence de la pauvreté rurale. Et ce secteur végète. Les rendements de céréales n’ont crû que de 50 % environ en ASS au cours des cinquante dernières années, alors qu’en Amérique, en Europe et même en Asie, ces rendements ont été multipliés par 2, voire 3, de 1960 à 2008.
Alors on importe de plus en plus. Le riz : importation nette de 200 000 tonnes en 1961, contre 5,2 millions en 2007, soit 29 fois plus, le coût ayant été multiplié par 67 ! Dans le même laps de temps, le volume du blé a été multiplié par 1,8 et le coût par 8. Pour la viande, le volume des importations nettes est multiplié par 70 et le coût par 86 !
L’indépendance de ces pays est malmenée, leur sécurité alimentaire étant entre des mains étrangères, celles des pays du Nord auxquels s’ajoutent les pays émergents.
On a encouragé ces pays devenus indépendants à être membres de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) et à utiliser les institutions de Bretton-Woods (Banque mondiale et Fonds monétaire international) dont les grands principes furent mis en place rapidement : privatisation, le moins d’État possible, agriculture d’exportation, ouverture des frontières pour faciliter le libre-échange, baisse des droits de douane, etc.
La farine, la morue, les conserves de tomate et de sardine, les bas morceaux de poulet, la poudre de lait et bien d’autres choses sont arrivés dans les ports africains à des prix tellement bas qu’ils rendent impossible la mise en place de filières de productions locales.
Tout cela est voulu !
Si l’on rajoute à ce tableau l’exploitation éhontée des produits miniers et la toute nouvelle ruée sur les terres cultivables, on peut vraiment se poser de graves questions sur la situation que connaîtra ce continent en 2050, avec ses 2 milliards d’hommes, dont la majorité en dessous de 25 ans…
L’Histoire nous apprend que la priorité du développement de la campagne et de son agriculture familiale n’a jamais été une volonté politique, ni des colonisateurs ni des gouvernements actuels.
Quand on regarde comment évoluent les négociations de Doha 1 au plan multilatéral et celles des Accords de Partenariat économique entre l’UE et les pays ACP (Afrique, Caraïbes et Pacifique), il est évident qu’il n’y a pas de volonté politique du côté du Nord pour que ce Sud ait un peu moins faim.
Dans l’état actuel des relations entre le Nord et le Sud, il saute aux yeux que c’est le Nord qui en profite le plus, malgré l’aide et l’humanitaire qui sont les grands mensonges des peuples riches.
Il serait utile que l’Europe n’oublie pas qu’il fut un temps où le bon peuple parisien, alors qu’il avait faim, alla secouer les grilles du château de Versailles.

Bernard Foy
befoy@wanadoo.fr

1 Le texte des accords de Doha (Qatar), signé en 2001, réitère sa foi dans le libre-échange comme moteur de la croissance.


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