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Comment l’Afrique en est arrivée là





En 1991, Axelle Kabou, Camerounaise, consultante en communication, publiait, sous le titre Et si l’Afrique refusait le développement ? un livre qui fit un certain bruit. On attendait d’elle un second livre ; il est sorti en 2010. En voici quelques extraits significatifs.
 
L’auteure cherche à comprendre la marginalisation de l’Afrique dans le monde d’aujourd’hui. Elle donne, entre autres, deux raisons profondes : la responsabilité des couches dominantes et la carence dans l’effort de « production de soi » et de « changement social » en vue de produire et maîtriser son histoire.
 
Responsabilité des couches dominantes
« Les partenariats des couches dominantes des sociétés africaines avec l’extérieur se résument à une histoire de ponctions non assorties d’investissements dans les secteurs les plus critiques pour la « production de soi » (construction de son être profond dans son rapport aux autres et au monde). Il s’agissait essentiellement d’entreprises de prédation suscitées, soutenues, entretenues par des entrepreneurs politiques africains en quête de dominations personnelles. Le contraste avec ce qui s’est passé en Europe, dans ce domaine, est saisissant.
Les classes politiques des pays africains dotés de ressources naturelles préfèrent régner sur des enclaves économiques qui leur rapportent infiniment plus qu’un projet de mise au travail de l’essentiel de la population.
Toute la question, aujourd’hui, est en effet de savoir si, après l’échec de leurs partenariats avec l’Occident et avec le Moyen-Orient, les acteurs politiques et économiques subsahariens sont prêts à saisir l’opportunité de leurs échanges actuels avec l’Extrême-Orient et des pays du Sud pour réussir, enfin, leur insertion dans l’économie officielle mondialisée ou si ce siècle se soldera par un renforcement de leur dépendance à l’égard de l’extérieur, par une plongée sans fin dans une économie criminelle mondialisée. »
 
Produire son histoire
« L’interpénétration, le vrai brassage, la vraie confrontation qui, ailleurs, ont permis de créer des civilisations, ne se sont pas produits en Afrique subsaharienne.
La faible emprise des sociétés africaines sur la production de leur histoire est souvent imputée aux « perturbations extérieures ». Mais elle pourrait, a contrario, être liée, premièrement à la faiblesse du brassage culturel impulsé par leurs relations extérieures ; deuxièmement à l’absence de véritables desseins hégémoniques de la part des sociétés à forte historicité avec lesquelles les sociétés africaines ont été en relation d’échange (monde islamique et Occident) ; troisièmement à l’impossibilité, pour ces dernières, de secréter une histoire susceptible de les porter à la conquête du monde.
Les systèmes de production des économies africaines précoloniales sont malheureusement restés les mêmes, de l’économie des entrepôts sahariens à celle des comptoirs côtiers. Ils n’ont pas fondamentalement changé sous le commerce « licite », l’économie coloniale, voire postcoloniale.
En effet, bien qu’on soit passé, à la fin du XIXe siècle, à une économie d’exportation de produits agricoles, qui charriait le travail de milliers de petits producteurs africains vers les côtes, la stagnation technique de production est stupéfiante. Les intermédiaires côtiers africains, qui détenaient les rênes des échanges avec les Européens, ont été ruinés, à la fin du XIXe siècle, par des commerçants européens, libano-syriens, grecs ou indiens déterminés à les évincer pour traiter directement avec les producteurs de l’intérieur.
Se pose alors la question colossale qui est systématiquement évitée en raison de sa grande complexité : qu’est-ce qui devrait se produire pour que les couches dominantes des pays africains se sentent enfin solidaires de leurs peuples, responsables de leur sort et obligées de favoriser la mise en place de mécanismes susceptibles de stimuler la production de richesses au niveau local, comme cela se fait ailleurs?
Bernard Foy
befoy@wanadoo.fr


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