Paroles d'hommes   

Un demi-siècle de mission au Sénégal


Né à Herrlisheim (67) le 15 juin 1926, le P. Pierre Gross, membre de la communauté de Wolxheim.
Six jeunes de Herrlisheim sont devenus spiritains grâce au P. Alphonse Guhmann, missionnaire au Sénégal (Diohine) dans les années 1930.
Pour ma part, j’entre à l’école apostolique de Neufgrange en 1937. En 1939, avec les gens de mon village, je suis réfugié en Haute-Vienne d’où je gagne l’école d’Allex; mon frère Joseph m’y rejoint. Après l’armistice de 1940, nous revenons en Alsace pour reprendre les études à Saverne, sous régime allemand, bien sûr!
Juillet1944 ouvre une période mouvementée! Après 4 mois de RAD (Arbeitsdienst), je reviens au village. Mais voici qu’arrivent les Américains qui avancent jusqu’à la forêt du Rhin. Et je me trouve enrôlé dans les FFI! Le 5janvier 1945, les troupes allemandes regagnent du terrain. Fait prisonnier, je suis déporté et interné à Achern, avec d’autres gars du village. Présenté au tribunal militaire, je suis contraint d’entrer dans la Wehrmacht. Prisonnier des Américains le 26avril 1945, je suis libéré par une commission française à Chalon-sur-Saône. Je reprends les études en classe de Ire à Saverne. Puis c’est le parcours de formation classique: Cellule (63), Mortain (50), Chevilly-Larue (94). Prêtre en 1953, je suis affecté au Sénégal l’année suivante. J’y resterai durant 50 ans! Après 43 années dans le pays sérère (Palmarin, Diohine, Thiadiaye, Niakhar), en milieu rural, me voici, pour 7 ans, à Pikine, dans la banlieue de Dakar. Pour moi, c’est un grand changement; il faudrait dire une pauvreté à assumer. J’ai dû m’adapter à de nouvelles situations. Des confrères compréhensifs m’y ont aidé.
Première obligation pour tout missionnaire: apprendre la langue du pays. J’ai connu la fatigue, le paludisme, des contradictions. J’ai ressenti mes limites, partagé la souffrance des cultivateurs pendant les années de sécheresse; mais j’ai eu aussi beaucoup de joie et de bonheur: découverte du Sénégal et de nouvelles cultures, joie dans l’enseignement du catéchisme. J’ai vu le développement du laïcat, des communautés chrétiennes, des vocations sacerdotales et religieuses. J’ai rencontré des hommes et des femmes de foi qui m’ont aidé à rester fidèle à ma vocation. Mes plus profondes joies, je les ai ressenties auprès des pauvres: combien de fois n’ai-je pas été appelé auprès de personnes malades, couchées dans une pauvre case, ne sachant pas toujours entrer en contact avec elles. J’ai prié et, petit à petit, le malade s’est ouvert à la grâce… C’est là que j’ai senti la présence de Dieu.
Le plus important dans la vie du prêtre religieux missionnaire, c’est la prière et la vie de communauté. Vie avec le Christ, dont les moments forts sont l’oraison, l’eucharistie, la prière communautaire, moments où l’on dit: “Avec toi, Seigneur, je recommencerai aujourd’hui… Tout par amour pour toi, Seigneur!” La vie de communauté aide à rester fidèle à la prière et à faire œuvre commune. J’ai eu des confrères auxquels je dois beaucoup: c’était une grâce. Qu’ils en soient remerciés!
Durant mes 50 années de vie missionnaire, le Christ ne m’a pas abandonné; plus d’une fois, j’ai fait l’expérience de sa présence. Quand j’étais jeune prêtre, quelqu’un m’a dit: «La fidélité au Christ est une force que tu comprendras plus tard.» Et c’est vrai!
Aujourd’hui je suis heureux d’avoir apporté ma pierre à l’édification de l’Église au Sénégal. Suite à un problème d’yeux, j’ai pris ma retraite en octobre2004 à Chevilly-Larue, puis à Wolxheim. Mais je continue à être missionnaire par la prière et les petits services que je peux rendre à mes confrères et à la communauté. Je suis convaincu que la moindre action faite par amour a une grande valeur aux yeux de Dieu.
 
Propos recueillis par Ch. Distel

Sommaire           Page prĂ©cĂ©dente           Couverture