Paroles d'homme   

Le Frère Édouard Gross
Religieux spiritain depuis 55 ans.

Se préparer à servir au-delà des mers, mais accepter de servir d’abord en France ; retrouver l’Hexagone
après 10 ans de vie missionnaire dans le Sud : voici le parcours du Fr. Edouard Gross.




Ma vocation a germé sur une terre fertile.
Marchant sur les traces du Père Alphonse Guhmann, six jeunes de Herrlisheim (67) sont entrés dans la congrégation du Saint-Esprit ; je suis le dernier d’entre eux à avoir répondu à l’appel du Seigneur.
J’entre à Neufgrange en 1946, à l’âge de 11 ans. Après quatre années à l’école apostolique et deux années d’apprentissage de la menuiserie au postulat des Frères, je fais le noviciat à Piré-sur-Seiche (Ille-et-Vilaine) sous la conduite du Père Arthur Bohn, puis, jeune profès, je continue ma formation à Chevilly-Larue (Val de Marne) de 1953 à 1956. Suivent deux années de service militaire en Algérie.
Au retour du service, en prévision de mon départ en mission, je m’inscris à un stage accéléré de maçonnerie : « Avant de mettre en place portes et fenêtres, il faut monter les murs » : tel était l’argument déterminant pour que j’accepte cette nouvelle formation. Mais comme le Seigneur ne manque pas d’humour, voilà qu’à la sortie du stage je suis affecté, pour cinq ans, à l’équipe d’entretien placée sous l’autorité de l’économe provincial. Cela me vaut de faire un petit tour de France : Bletterans (Jura), Saint-Ilan (Côtes d’Armor), Maulévrier (Maine et Loire) et, pour finir, Neufgrange.
En 1964, enfin, me voici dans l’océan Indien. Je passe deux ans à Rodrigue, île de 75 km² relevant de Maurice. Pour vous donner une idée de l’étendue de mon « caillou », dites-vous qu’on pourrait en caser huit de sa taille dans le lac Léman ! 28 000 habitants : moins que dans la seule ville de Haguenau… À Rodrigue, je construis une école d’agriculture.
En 1966, je passe sur la « Grande Île », Madagascar, dont la superficie dépasse celle de la France !
Le diocèse de Majunga (l’actuelle Mahajanga) me confie les constructions et les réparations.
Ma vie missionnaire au loin aura duré dix ans. En 1974, je retrouve l’Hexagone : je travaille à la diffusion de l’Écho et du calendrier sur la Moselle-Est, activité que je reprendrai après une interruption de sept ans durant laquelle j’assure le service de l’accueil dans notre maison provinciale, rue Lhomond à Paris. Depuis septembre dernier, en raison de la fermeture de la maison de Neufgrange, je continue mon travail de diffuseur à partir de la maison Saint-Florent de Saverne.
Diffuser l’Écho et le calendrier, cela veut dire visiter les zélateurs, les familles des confrères spiritains et les amis de la congrégation. Cela veut dire régler au mieux les questions touchant aux abonnements et réabonnements. Il faut de la persévérance, du doigté… Trouver des successeurs aux zélateurs âgés ou malades n’est pas une entreprise très aisée. Il y a quelque temps, une abonnée a demandé à me rencontrer. Après trois entrevues, elle me dit qu’elle ne reprend pas l’abonnement. J’ai fini par comprendre que les épreuves (maladie et décès de ses proches) l’avaient tellement meurtrie qu’elle ne voyait plus de sens à rien…
Mais je tiens à souligner le très bon accueil que je rencontre généralement. Et ce bon accueil reste pour moi un sujet d’émerveillement. Bien des zélateurs et abonnés sont devenus des amis qui attendent mon passage. Bien sûr, je passe beaucoup de temps sur la route. Temps perdu ? Non, certainement pas. J’ai tout loisir de porter dans la prière les familles que je viens de visiter comme celles que je m’apprête à rencontrer. C’est ma manière de religieux de mettre en pratique la parole de saint Paul : « Portez les fardeaux les uns des autres et accomplissez ainsi la loi du Christ » (lettre aux Galates 6,2).
Et je tiens encore à dire un vibrant merci à toutes les personnes qui partagent avec moi le souci de la Mission à travers la diffusion et la promotion de l’Écho et du calendrier. Je les assure de ma prière.
Propos recueillis par Charles Distel  

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