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Vivre ensemble. Les premières missions »
À La Neuville, c’est le branle-bas des départs de missionnaires, dans l’enthousiasme apostolique. Hélas! La prudence ne correspond pas toujours au zèle, et les premiers partis meurent les uns à côté des autres des fièvres africaines. Quand on apprend le désastre, tous les novices, les uns après les autres, viennent frapper à la porte du P. Libermann pour partir à leur tour. On peut voir leurs tombes dans les cimetières d’Afrique: presque tous ont donné leur vie en pleine jeunesse! De cette extraordinaire épopée, Libermann tire les conclusions pour l’avenir: «Tout en nous confiant entièrement à la divine miséricorde, prenons toutes nos précautions pour réussir. […]Agissez avec mesure et prudence. Soyez forts et courageux, pleins de confiance en Dieu, mais aussi prudents et sages.»
Partout où il pourra rejoindre ses missionnaires par la correspondance, il continuera de les conseiller de loin, envoyant aux quatre coins du monde ses longues lettres, des milliers, où mises en garde, encouragements, exhortations fusionnent avec les détails pratiques qu’en vrai Juif il sait toujours admirablement prévoir!
Il présente la communauté comme une chose essentielle; c’est une condition indispensable de ferveur et de fécondité apostolique. «Cette vie de communauté a été adoptée dans la Congrégation dans le but précis de prémunir les missionnaires contre les dangers extérieurs et pour les maintenir dans la ferveur religieuse qui donne vie à l’apostolat.»
Dans une très belle lettre à la communauté de Dakar et du Gabon, il demande à ses missionnaires d’être de vrais hommes de communauté et de vrais hommes apostoliques, car ils sont les pionniers.
«Il vous a choisis pour être les premières pierres de l’édifice. Si les premières pierres d’un édifice ne sont pas bien posées, toutes les autres se mettent de travers. Vous pouvez être assurés que, si vous aviez le malheur de prendre un faux pli, ceux qui viendront après vous le fausseraient encore davantage.»
Une seule chose est importante: «Laisser agir Dieu selon son bon plaisir, c’est à lui de tout faire; et se tenir à sa disposition. […] Nous sommes tous un tas de pauvres gens réunis par la volonté du Maître qui seul est notre espérance. Si nous avions des moyens puissants en main, nous ne ferions pas grand’chose de bon; maintenant que nous ne sommes rien, que nous n’avons rien et ne valons rien, nous pouvons former de grands projets, parce que les espérances ne sont pas fondées sur nous mais sur celui qui est tout-puissant.»
Implantation de l’Église locale, inculturation du message chrétien, adaptation aux personnes et aux mœurs du pays, apprentissage de la langue, véhicule de la culture, respect de la liberté individuelle sont pour lui des principes sacrés d’action missionnaire.
«Ne jugez pas au premier coup d’œil; ne jugez pas d’après ce que vous avez vu en Europe, d’après ce à quoi vous avez été habitués en Europe; dépouillez-vous de l’Europe, de ses mœurs, de son esprit. […] Faites-vous à eux comme des serviteurs doivent se faire à leurs maîtres, aux usages, au genre et aux habitudes de leurs maîtres et cela pour les perfectionner, les sanctifier, et en faire peu à peu, à la longue, un peuple de Dieu. C’est ce que saint Paul appelle se faire tout à tous afin de les gagner tous à Jésus-Christ.»
Comment, pour un homme d’action, demeurer uni à Dieu? Par l’union pratique, une expression qu’il a inventée aux derniers mois de sa vie. «L’essentiel, écrit-il, est de vivre tout au long du jour dans l’union pratique avec Dieu, non seulement par l’accomplissement de ses saints devoirs, mais encore par l’exercice d’une douce et paisible vigilance sur soi-même, et agir en tout conformément au bon plaisir de Dieu, par un esprit de foi et d’amour.»
À deux missionnaires partis en Australie, il écrit: «Que je voudrais être quelque peu d’heures au milieu de vous, pour nouer de plus en plus le lien de la charité de Jésus, surtout si vous y avez manqué! Mais que dis-je? Vous n’avez pas besoin de la présence d’un pauvre homme; l’Esprit de Jésus est au milieu de vous, il vous unit dans sa charité et vous unira de plus en plus dans son amour qui embrasse dans son cœur tous les siens.»
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Page préparée par Louis Guth
louis.guth@laposte.net
d’après Tu as mis sur moi ta main, P. Alphonse Gilbert
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