Spiritualité  
avec Libermann


Avancer en confiance



La véritable humilité autorise l’initiative et l’audace.

« Tricoter l’ambition avec l’humilité »
Le Père Libermann insiste tellement sur l’humilité, l’abnégation, l’oubli de soi, l’abandon qu’on se demande comment il a réussi à ne pas être victime de la passivité et à réaliser la fondation de la Société du Saint-Cœur de Marie et la fusion de celle-ci avec la Congrégation du Saint-Esprit. Ce serait méconnaître que c’est dans l’humilité précisément que se trouve le secret de son audace apostolique. Il est l’illustration vécue de la conviction de saint Paul : « C’est dans ta faiblesse que se déploie ma puissance » (2 Co 12, 9). On peut lui appliquer l’expression imagée d’Olivier Leborgne : « Il a tricoté l’ambition avec l’humilité ». Libermann a conscience qu’il n’est rien et qu’il a, pourtant, une mission exceptionnelle à remplir. Tout en s’investissant sans compter, il ne comptait que sur Dieu. Pas l’un sans l’autre. « La Providence conduit nos affaires malgré moi, écrit-il à Mère Javouhey en 1844, car si j’avais suivi mes idées, je me serais bien gardé de tant entreprendre à la fois. »
 
Humilité
C’est d’abord le sentiment de l’inutilité qui l’obsède. Jetant un regard sur son séjour à Rennes, comme maître des novices, il écrit à M. Cabon : « Je me voyais là absolument nul et incapable de ne rien faire pour la gloire de Dieu […] Je n’étais d’aucune ou presque aucune utilité spirituelle. »
Face aux difficultés de son œuvre missionnaire, il se sent sans force à poursuivre son projet. « Désolé d’avoir tant de désirs, écrit-il à Mère Javouhey, et en même temps tant d’obstacles […] et si peu de force pour venir en aide. »
Enfin, lors de la terrible épreuve des premiers missionnaires envoyés en Afrique, il s’estime responsable, coupable : « Je suis intimement convaincu que le mal vient de moi, au moins en grande partie » (Lettre à Mgr Kobès).
 
Audace
Ni le sentiment d’inutilité, ni l’impression de faiblesse, ni la conviction de culpabilité n’ont réussi à lui faire baisser les bras. Le 1er janvier 1845 il écrit à son frère, le Dr Libermann : « Il faut avouer que c’est un triste levier dont la Divine Providence veut se servir pour une si énorme masse […] Mais il faut que je marche. » Et après la dure épreuve, il envoie un message de confiance à la communauté de Bourbon : « Si nous voulons nous décourager pour les difficultés, ce n’était pas la peine de commencer cette œuvre […] Je ne puis abandonner tant de peuples malheureux. »
 
Confiance en Dieu
Le P.Libermann a donc conscience de ses limites. Dès lors naît la confiance en Dieu. Parce que l’on sait qu’on ne peut pas grand chose, on s’ouvre à un Autre qui peut tout. « L’humilité est la mère de toute audace », écrit le philosophe Jean-Louis Chrétien.
Mais cette confiance en Dieu ne signifiait pas pour lui se croiser les bras, ne rien faire, manquer d’initiative et d’audace. Elle suscitait et entretenait en lui la conscience aiguë d’un appel de Dieu et un zèle apostolique infatigable. « Le cœur me saigne et j’ai l’âme déchirée quand je pense à l’horrible état de ces âmes délaissées » (Lettre à Mère Javouhey, 1845).
Page préparée par Jean Litschgi 

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