Témoin   

Du Congo-Brazza au Cameroun






Spiritain congolais ordonné en 1998, rédacteur des pages Évangile en Afrique, le
P. Elvis Elengabeka, formateur au séminaire de Ngoya, près de Yaoundé.



Certains d’entre nous se souviennent qu’au milieu du siècle dernier, lorsque Paris était sous occupation allemande, Brazzaville, actuelle métropole de la République du Congo, alors au centre de l’Afrique Équatoriale Française, avait été érigée en capitale de la France libre. C’est dans ce coin de la planète que je suis venu au monde, dans les années soixante-dix, ainsi que mes 3 sœurs, d’un père fonctionnaire des médias d’État et d’une mère enseignante. Nous habitions Ouenzé, quartier populaire du nord de la ville, qui se caractérisait par un remarquable métissage des différentes ethnies du pays.
À cette époque, le Congo vivait sous le régime du marxisme-léninisme et on parlait aussi du socialisme scientifique. Dès l’adolescence, nous étions naturellement intégrés à la jeunesse du parti dans nos écoles ou collèges respectifs. Certains garçons de ma classe d’âge fréquentaient parallèlement le catéchisme ou le groupe des servants de messe, principal rassemblement des jeunes, les mouvements d’action catholique ayant disparu. C’est ainsi que j’ai été à la fois jeune propagandiste dès l’école primaire et enfant de chœur engagé à la paroisse Sainte-Marie fondée par le P. Jean-Marie Grivaz, desservie alors par une communauté spiritaine formée des PP. Jacques Dehais, Albert Roussel, Christian de la Bretesche et du Fr. Marcel Legoupil. C’est sur la base de cet engagement que mes parents me proposent d’entrer au petit séminaire, moins pour devenir prêtre que pour profiter de l’excellente éducation que ce genre d’institution avait la réputation d’offrir.
Chemin faisant, je prenais progressivement goût au style de vie que menaient les spiritains de ma paroisse pour finir par désirer profondément appartenir à la même famille religieuse. Pour réaliser ce projet, au terme de mes études secondaires je commence un parcours de formation. Il dure près de 10 ans et me conduit successivement à Libreville au Gabon pour les études philosophiques, à Mbalmayo au Cameroun pour le noviciat, à Zoétélé dans le même pays pour un stage pastoral, avant de me rendre à l’Institut catholique de Paris pour étudier la théologie. Ce dernier séjour, tout en m’initiant aux divers aspects de la vie du prêtre missionnaire, comme les autres étapes mentionnées, donnera une coloration particulière à ma vocation spiritaine, en m’ouvrant davantage à l’universalité et en me rendant plus attentif à l’approfondissement de la foi par la culture et la réflexion théologique. Cette sensibilité à comprendre ce que l’on croit m’accompagnera dans mes 1res expériences missionnaires à Libreville et à Yaoundé. Elle rebondira fortement au long de ma spécialisation en exégèse à l’université de Strasbourg et à l’école biblique et archéologique française de Jérusalem. Elle trouvera aussi un lieu d’expression dans des émissions théologiques animées sur les ondes des radios catholiques des Antilles françaises et continue à alimenter mon goût pour la science.
Depuis 7 ans, je travaille dans la formation à la mission au grand séminaire de Ngoya, près de Yaoundé.
Il me revient, avec une équipe de confrères, d’assurer l’accompagnement des futurs missionnaires spiritains originaires de plusieurs pays d’Afrique. Dans le même sens, j’enseigne les langues et l’exégèse bibliques dans plusieurs instituts internationaux, notamment à l’université catholique d’Afrique centrale et à l’École théologique Saint-Cyprien, un consortium regroupant une vingtaine de congrégations et une trentaine de nationalités, actuellement sous ma direction. Il s’agit de transmettre aux jeunes la passion pour l’Évangélisation et de les équiper des outils nécessaires à sa réussite.
Cette mission m’enthousiasme profondément au moins à deux points de vue : d’une part, la formation des missionnaires rejoint directement la principale intuition héritée de Claude Poullart des Places, fondateur des spiritains ; d’autre part, l’enseignement de la théologie contribue à la maturation religieuse de l’Afrique, dans le prolongement de l’effort des premiers évangélisateurs du continent, une manière d’arroser ce que nos anciens ont planté et que Dieu fera croître.
 
Elvis Elengabeka

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