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On a beaucoup parlé du Pakistan ces derniers temps. Ce nom suggère
d’emblée des images de violence et de chaos. Avec raison :
l’assassinat, en décembre, de Mme Benazir Bhutto a bien
déclenché un véritable cataclysme politique au terme
d’une année enfiévrée (campagne terroriste, crise de
la Mosquée Rouge, manœuvres aventureuses d’un
président aux abois). Cette vision « rouge sang » fut
à peine adoucie en février par des élections
étonnamment libres et calmes, au résultat porteur
d’espoir. S’il est inévitablement marqué par ces
réalités, le quotidien de ce pays ne se résume pourtant pas
aux larmes et au sang. J’en ai fait l’expérience au cours de
ces 14 années, constamment étonné et plus encore
séduit par la résistance, la débrouillardise et les
ressources du peuple qui m’accueillait. Dans la difficulté, le
Pakistanais ne reste pas seul ; il décrète la mobilisation
générale de sa famille et de ses proches alliés, quitte, il
est vrai, à s’opposer fermement à ceux qu’il identifie
comme agresseurs. Un peu paradoxalement, les Pakistanais se méfient
d’emblée de celui qui n’est pas comme eux mais placent
l’hospitalité au sommet des valeurs sociales : on ouvre grand les
portes de la maison mais on reste soi-même. À cette
école exigeante, les spiritains du Pakistan ont appris les valeurs
suprêmes de la vie missionnaire : humilité, disponibilité et
service. À Rahim Yar Khan, personne n’ignore que nous travaillons
principalement au milieu de deux groupes minoritaires et marginaux, les
chrétiens Punjabis et les hindous Marwari- Bhîls ; mais la plupart
des musulmans (97% de la population pakistanaise) nous respectent et montrent,
à l’occasion, qu’ils apprécient notre présence.
Ainsi, au plus fort de la tourmente de l’hiver 2001, lorsque les
armées de l’OTAN ont envahi l’Afghanistan voisin, alors que
l’Occident était perçu comme l’ennemi et que des
terroristes frappaient les chrétiens pakistanais ou expatriés
parce qu’ils les suspectaient de complicité,
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de nombreux musulmans
locaux sont-ils venus nous présenter leurs vœux de Noël, nous
assurant de leur sympathie et de leur solidarité. Ce flot de visiteurs
était d’un ampleur inconnue jusqu’alors. Par la suite, ils
nous ont dit combien ils estimaient notre choix de rester au Pakistan, quelles
que soient les circonstances, comment aussi cette option les interrogeait. Un
discret dialogue s’est amorcé sur le sens que chacun veut donner
à notre présence et à notre mission. Cette
expérience m’émeut et me nourrit encore. Plongés
au sein de nos deux minorités, dans un environnement meurtri par des
injustices cruelles, mes confrères et moi, avec des Sœurs et des
laïcs pakistanais, nous employons à imaginer des réponses
réalistes à tout ce qui rend la vie difficile et empêche le
développement humain. Nos amis Marwari-Bhîls et Punjabis sont
appelés à être les acteurs principaux de ces solutions, de
la conception à la mise en œuvre : faire fonctionner des
coopératives de microcrédit, former des animatrices communautaires
et des enseignants, entretenir un réseau d’écoles
villageoises et de centres d’alphabétisation pour adultes, vivre
les traditions religieuses comme des voies de progrès. Dans mon
métier, j’ai dirigé 2 centres de lutte contre la tuberculose
: l’un à la mission catholique, l’autre dans un hôpital
musulman. Au cours des années, j’ai eu la satisfaction de voir que
ces lieux attiraient des patients d’origines ethnique et religieuse
toujours plus variées. Le combat contre la maladie nous a
rapprochés. « Christ ne m’a pas envoyé baptiser
mais annoncer l’Évangile », disait Paul aux
chrétiens de Corinthe minés par la division (1Co 1,17). Au
Pakistan nous l’avons constaté : les valeurs de
l’Évangile vécues et partagées, par des actes plus
que par des paroles, ont cet extraordinaire pouvoir d’unir ceux que tout
conspire à opposer.
Marc Tyrant
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