Histoire

Pour l'histoire

Nous présentons régulièrement dans la Revue Esprit Saint les Mouvements et Communautés de spiritualité. Il est une Fraternité qui mérite d’être présentée à part dans la Revue pour plusieurs raisons. D’abord parce la Revue est née pour ainsi dire en son sein, ensuite parce qu’elle a adopté la Revue comme sa nourriture spirituelle, enfin parce cette Fraternité est confiée à la même gestion spiritaine que la Revue. Vous l’avez compris ce sont les Fraternités du Saint Esprit dont je veux parler.

Les Fraternités du Saint Esprit sont le nom actualisé de ce qui s’appelait il n’y a pas si longtemps l’Archiconfrérie du Saint Esprit. C’est sous ce titre qu’elle a reçu l’approbation du pape Léon XIII à la demande de l’Archevêque de Paris qui l’avait reconnue lui-même dans son diocèse comme Confrérie du Esprit. En devenant Archiconfrérie  elle pouvait regrouper toutes les confréries du même nom de tous les diocèses sous une obédience papale et elle était confiée à la Congrégation du Saint Esprit. On peut donc parler depuis le Concile des Fraternités du Saint Esprit comme l’expression de l’ensemble des Fraternités qui en font partie. Cet ensemble comporte actuellement environ 3000 membres en une quarantaine de Fraternités réparties sur sept pays.

C’est surtout l’esprit  et l’actualité de ces Fraternités que je voudrais retracer ici à travers leur histoire et leur engagement actuel. C’est un mouvement spirituel de laïcs pour les laïcs, confié à la Congrégation du Saint Esprit.

Emma Boulengey
Emma Boulengey est une Bretonne de Saint Brieuc qui portait en elle cette reconnaissance de l’Esprit Saint répandue dans cette Province depuis longtemps. On peut en citer quelques témoins bien connus :
Le P. Lallemant, auteur d’un Traité des Vertus Chrétiennes, Michel le Nobletz , le prêtre qui fera l‘admiration du Serviteur de Dieu, Claude Poullart des Places, fondateur de la Congrégation du Saint Esprit, le Saint ? Grignion de Montfort etc. Elle a cherché comment concrétiser l’appel de Dieu au delà des  Congrégations qu’elle a contactées. Elle est venue à Paris dans une démarche spirituelle. Elle a commencé des réunions de personnes qui voulaient bien prier l’Esprit Saint avec elle. Elle s’était remise aux conseils du P. Frédéric Le Vavasseur, spiritain ami du Vénérable Libermann.
             Le P. Le vavasseur par les réponses à ses nombreuses lettres et billets, l’accueil à ses visites hebdomadaires, le discernement dans toutes consultations, a su l’aider à préciser l’appel de Dieu dans cette fondation. Il a su aussi par ailleurs accompagner le désir de ses confrères spiritains qui voulait fonder une association en l’honneur du Saint Esprit(1) en donnant la priorité à ce qui se préparait par Emma Boulengey. C’est à Pentecôte 1867 que fut reconnue par le diocèse de Paris l’Association d’Emma Boulengey. Elle réunissait des personnes très diverses d’âge, de rang social, d’activité, de place dans l’Eglise.(2) Le point commun demandé était la volonté de se consacrer à l’Esprit Saint et de le prier ensemble pour les besoins de l’Eglise.
            Emma Boulengey quitta Paris très vite après la Pentecôte, à la fin juin. Très malade, elle alla se soigner en Bretagne, mais son mal l’emporta la même année. Elle mourut en décembre 1867. Sa mission était accomplie, l’Association du Saint Esprit pouvait continuer à Paris.
    
Rue de Sèvres à ND des Bois, Ste Geneviève,  l’Adoration et Rue Lhomond
Le premier lieu de réunion des Fraternités du Saint Esprit à Paris fut à l’église du Château du Bois, rue de Sèvres chez l’abbé qui en fut le premier aumônier. Après lui ce fut l’église Sainte Geneviève qui accueillit la Fraternité en la personne de l’Abbé  .      Quand le Gouvernement français décida de fermer Ste Geneviève au culte pour en faire le Panthéon dédié aux Grands Hommes, la Fraternité fut reçue par la Chapelle des Sœurs de l’Adoration, rue Gay Lussac. Cela ne dura pas car l’Aumônier mourut et le diocèse de Paris demanda au Supérieur du Saint Esprit non seulement d’accueillir la Fraternité, mais d’en accepter la responsabilité, en vertu de sa consécration au Saint Esprit. En même temps le Cardinal de Paris demanda au Pape d’ériger la Confrérie en Archiconfrérie, pour qu’elle puisse rassembler toutes les confréries de même nom. Ceci fut accordé par le Décret Pontifical de 1884. Par là, l’Association d’Emma Boulengey devenait inter-diocésaine sous l’autorité du Pape qui en confiait la charge pastorale à la Congrégation du Saint Esprit. Il est noté alors dans les rapports que « le Supérieur général de la Congrégation accueillit cette responsabilité comme un service d’Eglise, l’Archiconfrérie n’étant pas un Tiers-Ordre spiritain, mais une association s’adressant à tout baptisé, sans lien spécial avec la Congrégation qui la gère ».

Les 140 ans d’existence en 2007. et 120 ans de présence Rue Lhomond
.Le Supérieur Général du Saint Esprit a désigné un prêtre de la Congrégation comme Directeur des Fraternités du Saint Esprit. Pendant longtemps ce fut un membre du Conseil général lui-même, marquant ainsi l’importance que la Congrégation attachait à cette mission d’Eglise. Nous connaissons les directeurs généraux successifs : depuis le P. Pascal 1887-    et ses successeurs jusqu’à aujourd’hui.
Les Registres d’inscription marquent un grand développement du nombre des Fraternités dans plusieurs pays : plus de 41000 adhésions de groupes ou de personnes. Il est à noter que le Registre Central parisien n’est pas complet depuis que l’inscription individuelle se fait dans les diocèses qui ont reconnu la Fraternité. Ceci a des avantages pastoraux de responsabiliser les Fraternités locales, mais peut présenter des inconvénients à la longue. Il ne serait pas trop difficile d’y remédier s’il le fallait.
Nos Archives donnent aussi le témoignage de beaucoup d’animations spirituelles, de retraites de récollections, d’assemblées diocésaines dans divers pays, notamment au Congo Brazzaville où il existe pratiquement une fraternité dans chaque paroisse.

La vitalité des Fraternités dans les jeunes Eglises.
C’est en relisant les programmes d’année des Fraternités qu’ont peut voir leur vitalité spirituelle. Notons d’abord la formulation du but des Fraternités tel qu’il est défini par les Statuts-types qui sont la base présentée aux évêques pour les adapter à son diocèse s’il les approuvent.

Article 4. Le but de la Fraternité diocésaine de    ….         est celui déjà défini par la Direction Générale des Fraternités, à savoir:
1. Rendre à l'Esprit‑Saint un culte spécial de reconnaissance et d'amour.
2. Appeler une effusion toujours plus abondante de ses dons sur l'Église, spécialement sur le Souverain Pontife et les Évêques, ainsi que sur les missionnaires travaillant à la propagation de la foi.
3.Obtenir pour chaque membre des Fraternités la grâce d'agir en toute chose sous la conduite et l'influence du Saint‑Esprit: "ceux‑là sont les enfants de Dieu qui sont conduits par l'Esprit de Dieu" ( Rom. 8,14).
4. Faire de chaque associé un membre actif dans la mission d'évangélisation. En plus du témoignage de vie chrétienne donné par chaque membre, la Fraternité en tant que telle reçoit, des responsables diocésains ou paroissiaux, une part déterminée d'activités apostoliques qui forme sa contribution à la mission globale diocésaine.
5. "Prière et mission", "contemplation et évangélisation" ces deux devises expriment la spiritualité des Fraternités du Saint‑Esprit. Elles sont composées des deux termes qui unissent les deux pôles de la vie chrétienne. En effet, l'Esprit‑Saint a pour rôle de nous configurer au Christ à la fois adorateur de son Père et sauveur de l'homme, au service duquel il se donne jusqu'à en mourir.

            Relevons aussi les engagements de chaque membre : « En entrant dans l’Association, les fidèles s’engagent à travailler au développement en eux et chez les autres de la remise de tout soi-même au Saint Esprit. Dans ce but ils s’appliqueront avant tout à mener une vie pleinement chrétienne selon leur état afin de témoigner du Christ autour d’eux. »

Article 7. La Fraternité locale se réunit au moins une fois par mois. I1 est souhaitable qu'il y ait 2 réunions mensuelles. La Fraternité encourage ceux de ses membres qui voudraient se retrouver, chaque semaine, pour prier ensemble.
Article 9  Tous les membres sont frères et soeurs dans le Christ et ont des devoirs les uns envers les autres. Leur vie fraternelle est un témoignage évangélique.
Article 12  Tout membre des Fraternités du Saint‑Esprit doit être initié à la prière personnelle, pour faire de toute sa vie une prière. Pour cela, chaque membre doit suivre les Sessions et Récollections de formation à la prière, notamment la Retraite d'Oraison qui, nécessaire pour être admis dans la Fraternité, doit être refaite périodiquement par tous.
Article 13  Chaque membre des Fraternités renouvelle tous les jours sa consécration à l'Esprit‑Saint et récite à cet effet une prière de son choix à l'Esprit‑Saint.
Article 14  Chaque réunion de la Fraternité comporte une partie importante consacrée à la prière. Celle‑ci peut prendre des formes très diverses. En février, mois consacré au Saint‑Esprit, chaque Fraternité intensifie les rencontres de prière.

  en mai 2006
En mai 2006, les Fraternités de Cote d’Ivoire ont invité à un Congrès panafricain les autres Fraternités d’Afrique. On aurait certes pu mieux coordonner cette invitation et son programme avec les autres  Fraternités, avec les autorités de la Congrégation comme telle, avec d’autres associations voisines notamment les Fraternités Spiritaines. Mais c’est un fait, invitation il y a eu, une large réponse a été donnée par la participation environ 300 personnes, un compte rendu a été diffusé, un mouvement d’ensemble a été donné. Des leçons seront tirées pour qu’un Congrès suivant profite de cette expérience et suscite encore plus de retombées spirituelles sur toute la Fraternité.

Beaucoup de Congrégations religieuses ont accepté des laïcs qui désirent partager leur spiritualité et leurs activités apostoliques propres, autrefois des tiers ordres, maintenant des Fraternités ou en France des groupes de vie évangéliques.
            La Congrégation du Saint Esprit, en plus du mouvement des Fraternités du Saint Esprit qui est une œuvre d’Eglise animée par les spiritains comme on vient de le dire, mais non dans la spiritualité spiritaine,  a aussi fondé des agrégés laïcs partageant eux notre spiritualité et action. Cette agrégation de laïcs a été peu centralisée et laissée à l’initiative de chaque circonscription ; ce qui aboutit a des groupes assez différents. Ils sont appelés parfois associés, parfois laïcs engagés parfois laïcs missionnaires, parfois fraternités spiritaines. Sous cette dernière appellation ont trouve des groupes assez récents (10 ou 15 ans) qui pourraient se confondre avec les Fraternités du st Esprit, pour le nom, mais non pour la spiritualité. Ils  sont précieux pour nos communautés.  En France il y a pratiquement une Fraternité spiritaine auprès de chaque communauté ce qui fait 200 personnes environ.  Elles ont été fondées en 1991 par le Provincial spiritain et la Provinciale spiritaine et se réfèrent à nos fondateurs et fondatrices. Il faudrait citer ici d’autres groupes spiritains : les Servantes du St Esprit et de Jésus prêtre, les Oblates du Saint Esprit, etc.
Conclusion
J’ai pu rencontrer le Supérieur Général spiritain à Rome récemment. Il m’a confirmé l’intérêt qu’il porte aux Fraternités du Saint Esprit. Il m’a assuré qu’il écrirait prochainement une lettre d’encouragement aux Fraternités du Saint Esprit.
Aussi, nous voici certainement à un moment favorable pour un nouvel élan des Fraternités du Saint Esprit. Ces Fraternités reçoivent de nouveaux adhérents, des Fraternités nouvelles se forment. Le développement des groupes de prières et des communautés charismatiques, encouragés par le Pape,  n’a pas affaiblit les Fraternités du Saint Esprit ; c’est donc que leur place dans l’Eglise se confirme comme une vocation spécifique qui convient à de nombreuses personnes et qui rend de nombreux services. C’est un précieux devoir pour nous spiritains de continuer cette mission apostolique, parmi tous les appels de l’Esprit dans le monde de ce temps.
  Jean Savoie
(Article pour la Revue Esprit Saint)


1- Les Statuts d’une telle Association avaient été préparés  en 1847, en 1849, donc avant et après la fusion et même à  Pâques 1867 par les Pères Xavier Libermann et Riehl entre autres. Ils n’aboutirent pas. La priorité fut donné à l’Association d’Emma Boulangey
2- Emma Boulengey a donné, non sans humour,  de brèves indications sur les premiers membres de l’Association.

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