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La miséricorde de Dieu en acte dans la parabole du Père Prodigue (Lc 15, 11)


Ce qu’est une parabole

La parabole est un court récit, partant de la vie concrète, facile à comprendre parce qu’il met en scène des réalités bien connues. Mais ces récits ouvrent à un enseignement plus profond sur ce qui ne se voit pas facilement. Ainsi le grain de sénevé parle du Royaume, l’ivraie de l’ennemi et du jugement final, le Bon Samaritain de l’amour du prochain, le levain du dynamisme de la Parole, les ouvriers vignerons de la récompense infinie de Dieu, le bon berger révèle la bonté du Christ à la recherche du pécheur à sauver...

Parfois Jésus explique lui-même le sens de la parabole. C’est le cas dans la parabole du semeur (Mt 13, 3-9). Des grains tombent au bord du champ sur le chemin, d’autres dans le terrain pierreux, d’autres dans les ronces, d’autres enfin dans la bonne terre. L’explication suit (Mt 13, 18-23) : La Parole produit selon la bonne disposition du cœur qui la reçoit.


Quel est le sens caché dans la parabole de l’enfant (ou du père) prodigue ?


Le fils qui demande son héritage et qui se sépare du père pour aller mener sa propre vie met en scène l’humanité et chacun des humains pour autant qu’ils sont collectivement et individuellement pécheurs. La parabole montrent comment ils s’éloignent de Dieu et vont à leur malheur ; comment contraints par le malheur, ils reviennent à Dieu qui les accueille, les sauve et leur rend leur dignité de fils.


  • Le fils veut son héritage, c’est-à-dire les biens de son père. Il veut sa part, avant l’heure, pour en jouir sans référence au père. Cette jouissance motive son départ. Il gaspille, il dissipe son bien en vivant dans l’inconduite. Ainsi la parabole met en lumière la racine du péché :

• La racine du péché est dans la volonté de se séparer de Dieu de qui nous tenons ce que nous sommes et ce que nous avons et de ne plus dépendre de lui.

• Le péché est dans la décision d’ignorer Dieu, de vivre sans tenir compte de la loi posée par Dieu. (Sans Dieu ni maître, en tout ou dans un acte).


  • La parabole met en lumière les conséquences de cette conduite du fils : une vie désordonnée ; qui n’a qu’un temps. Bientôt tout l’héritage est dépensé. Alors les conditions de vie du fils se dégradent : pour vivre, le fils devient serviteur, il va se mettre au service d’un étranger dans un pays étranger. Il doit garder des cochons. Cet animal impur met en lumière la déchéance, combien il est tombé bas, il a faim, il est dans la non satisfaction des besoins élémentaires. La solidarité familiale et sociale a disparu. Il a faim et personne ne lui donne rien, pas même les caroubes que mangeaient les cochons. Ainsi la parabole met en lumière la vie dégradée de l’humanité pécheresse et de tout pécheur :

• Coupées de Dieu, les relations humaines ne baignent plus dans l’amour. Elles engendrent l’exploitation, le manque de solidarité, les rivalités, les déséquilibres sociaux, la famine…


  • Alors le malheur fait l’éducation du jeune homme : il entre en lui-même. Il se met à réfléchir. Il cherche une sortie du malheur où il s’est mis : 'Tant d'ouvriers chez mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim ! 18 Je vais retourner chez mon père, et je lui dirai : Père, j'ai péché contre le ciel et contre toi. 19 Je ne mérite plus d'être appelé ton fils. Prends-moi comme l'un de tes ouvriers.' 20 Il partit donc pour aller chez son père.

La faim le pousse à reconnaître qu’il a péché contre son père dont il a méconnu l’autorité. Ce péché est aussi contre le ciel parce Dieu demande le respect de ses parents (4ème Commandement).

Dans le malheur, il reconnaît les conséquences de son péché ; Il prend acte de sa déchéance : Je ne mérite plus d’être appelé fils. Il souhaite être pris comme un ouvrier, gagner de quoi ne plus avoir faim.

• La conversion du pécheur commence souvent à cause du malheur dans lequel le péché le fait tomber. Exemples :

- quelqu’un est tellement dur, qu’on le fuit. Il ne supporte plus sa solitude.

- Il a le Sida et décide de changer sa conduite

- La fin des sociétés basées sur l’inhumain (Nazisme, communisme…)


  • La miséricorde du père se manifeste : le père voit de loin son fils qui revient. Il est pris de pitié. Il se jette au cou de son fils et l’embrasse tendrement. La miséricorde part du cœur, elle n’est pas affaire de justice, ni de raison, elle est affaire de cœur et de cœur bon (pas de ressentiment, ni à fortiori de vengeance)

• Il ne faut pas craindre de laisser parler le cœur bon. Le sentiment de bonté est un fruit de l’Esprit-Saint qui fait oublier l’offense, sortir de l’indifférence, taire la vengeance. L’Esprit-Saint fait désirer ce qui va dans le sens du bien : la guérison de celui qui a mal fait, son retour, le rétablissement de la relation rompue…


  • Le fils reconnaît sa faute et la conséquence de sa faute. Mais le père n’en fait pas cas : Le père dit à ses domestiques : 'Vite, apportez le plus beau vêtement pour l'habiller. Mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds. 23 Allez chercher le veau gras, tuez-le ; mangeons et festoyons. Le père accepte le repentir du fils et rétablit la situation du fils : il le rhabille, met un anneau à son doigt. Il organise la fête. Il n’y a pas trace de reproches, d’enquête sur le passé, de sermon, de garantie pour l’avenir… Il n’y a que joie, bâtie sur le repentir et sur le retour : Mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.' Et ils commencèrent la fête.

• Le père de la parabole illustre bien la miséricorde de Dieu. Notre Père du ciel attend le retour des fils pécheurs. Il le désire tellement qu’il les voit de loin revenir et qu’il va au-devant d’eux pour les accueillir. Dans son livre Le nom de Dieu est miséricorde (p. 55) le pape François illustre bien cette attitude du Père céleste avec l’histoire du jeune-homme qui au moins regrette de ne pas regretter.

• Le péché qui sépare de Dieu entraîne la mort spirituelle. Le repentir qui permet le retour vers Dieu fait revenir à la vie. Le pardon sacramentel rétablit la relation filiale à Dieu et rend la vie spirituellement parlant : Il fait vivre dans l’amour et rétablit la vie divine (la relation harmonieuse avec Dieu). Ce retour à la vie harmonieuse avec Dieu guérit aussi les relations humaines.


Le fils aîné se met en colère à cause du bon accueil que le père a réservé à son frère. Le père lui montre avec bonté sa situation avantageuse et l’invite à participer à la fête. La parabole fait allusion au contexte de l’Église primitive. Il est question du bon accueil que les communautés chrétiennes juive doivent accorder aux païens qui se convertissent.

Le fils aîné boude la fête comme les chrétiens issus du judaïsme qui ne se réjouissent pas du pardon accordé aux païens qui, après avoir vécu comme le fils perdu sans Dieu, reviennent à Dieu. Ils sont accueillis avec joie dans l’Église.

• Ceux qui pensent avoir travaillé plus pour Dieu, les ouvriers de la première heure, ne doivent pas jalouser les ouvriers de la dernière heure recevant le même salaire (Mt 20).


AL 13/02/2016

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