Congrégation du Saint-Esprit en France

 

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Marc Botzung

Profession définitive de Mathieu, Wilfred et Florian
Paris, rue Lhomond, le 9 septembre 2017

Découvrir et aimer Dieu

Wilfred, Mathieu, Florian, chers confrères,
vos engagements de ce jour ont été un peu plus médiatisés que ce qui est notre habitude. En ceux qui vous ont côtoyés pour parler de vous, il ressort une part d’admiration, mais aussi parfois comme une hésitation pour savoir s’il faut plutôt vous ranger dans la case ‘originaux’ ou dans la case ‘ascètes’ qui, à défaut de dormir sur des clous, faites (avec solennité en plus !) des vœux étranges aux motivations difficilement compréhensibles.

Prenez vos distances avec ces regards extérieurs. Si vous êtes ici aujourd’hui c’est en effet que vous avez prêté l’oreille à un autre appel, plus intérieur, plus difficile à décrypter, mais un appel plus profond… un appel qui vient de Dieu. C’est avec lui, à travers ce que Jésus notamment nous en révèle, que vous avez tissés au fil des jours, puis des années, un compagnonnage fécond, un dialogue de vie, où vous avez découvert que Dieu, mystérieusement, était capable de vous faire grandir en humanité et en paix. Parce que vous avez bu à sa source, vous avez peu à peu accepté le risque d’une exigeante vie en communauté, au-delà des frontières. Vous avez expérimenté que Dieu se manifeste également par ce biais-là : dans les dons des autres, dans les remises en cause opérées en nous, dans le soutien mutuel et le pardon, enfin dans l’expérience de vos propres limites. Heureuses limites qui nous imposent parfois de compter sur Dieu et de nous rendre finalement un peu plus réceptifs à Lui ! Vous avez même testé le chemin de cette déconcertante « hygiène de vie », comme diraient les sportifs, qui a pour nom les vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance. Votre quête, vos chemins de vie sont clairs, il vous revient de les continuer en gardant le cap, ce cap d’être à l’affût de Dieu, à son écoute, à sa disposition. C’est le sens premier et le sens majeur de votre profession religieuse : découvrir et aimer Dieu ! Je ne sais pas trop pourquoi, mais sur ce chemin là nous allons toujours de « commencements en commencements » comme le disait justement un Père de l’Eglise. En rien ce jour ne signifie donc un aboutissement, il s’agit juste d’une étape, importante et plus déterminante que d’autres, sur le chemin que nous ouvre Jésus, le Christ. Entretenez en vous ce désir de Dieu. Faites-le notamment en osant prendre du temps régulièrement dans le silence et en vous confrontant à la Parole de Dieu.

Votre vocation de missionnaire s’enracine dans votre vocation de disciple. Comme l’exprime Saint Paul dans la deuxième lecture, la mission qui vous est confiée, et qui se déclinera dès demain en des activités et en des travaux précis, ne relève pas du prestige d’un discours bien construit, ni d’une sagesse humaine, ni de talents ou de compétences, elle a pour sens de laisser découvrir, avec ou sans paroles, celui dont nous sommes les ambassadeurs et qui est notre secret, le Christ lui-même. Pour se faire il vous faudra continuer ce travail intérieur auquel il nous revient de collaborer et de consentir si nous voulons que la vie divine puisse se diffuser à travers nous auprès de ceux à qui nous sommes envoyés. Je cite le P. Libermann : « Que Jésus vive en votre âme en y établissant ses perfections, en l’unissant parfaitement à lui, en animant ses actions les plus intérieures et les plus intimes, en devenant le principe et l’âme vivante de tous ses sentiments, (…) tellement que toutes ses actions, tous ses sentiments, toutes les vues de son esprit, tous les mouvements de sa volonté et en général tous ses actes de vie ne proviennent que de Jésus vivant en elle et lui communique sa propre vie, (…) ses affections, (…) ses désirs et ses mouvements, et que par là sa vie ne soit plus la sienne, mais celle de Jésus (…), laquelle était aussi la vie de Marie. » L’objectif est ambitieux, voici néanmoins le cap à suivre!

La deuxième recommandation que je voudrais vous adresser aujourd’hui est d’apprendre à aimer la Congrégation. Je pense que je devrais vous dire qu’il vous faut aimer l’Église, car c’est elle le Corps du Christ. Oui, aimez l’Église, mais aimez aussi de manière toute particulière cette part de la vigne avec ses fruits et son mode de fonctionnement spécifiques qu’est la Congrégation. Concrètement c’est elle qui, au nom de l’Église, vous accueille, c’est elle qui vous envoie et c’est elle encore qui nous demande de rendre parfois des services inattendus. Le soin de vos confrères, des communautés spiritaines locales où vous vivrez, fait partie des responsabilités que vous endossez aujourd’hui. Sans cela nos missions deviennent vite des missions personnelles. Sans cela nos communautés se transforment en juxtaposition de chambres d’hôtel pour célibataires. Veillez à la solidarité que nous nous devons les uns les autres, parce que frères. Voici ma manière de vous répercuter ici la phrase de l’Évangile de ce jour : « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » Ne craignez même pas que votre soin de la Congrégation ne soit du temps volé au soin de ceux auxquels vous êtes envoyés. Notre Congrégation est un outil aux mains de Dieu pour l’annonce de sa Bonne Nouvelle au monde. Ce n’est pas en abimant l’outil que l’annonce se fait mieux.

Enfin, n’oubliez pas que vous êtes envoyés aux pauvres. Ces pauvres ont mille visages, mais vous les reconnaîtrez à leurs blessures, à leur soif, parfois à leur humilité. Ne les rencontrez pas comme des spécialistes rencontrent des patients, soyez juste des frères avec eux, au milieu d’eux. Vous êtes vulnérables comme eux et pourtant vous êtes envoyés pour consoler, selon l’étonnante et belle expression de la première lecture. Cette consolation de Dieu qui peut passer par vous passe par l’écoute, par la présence – or la présence peut demander du courage, n’oubliez pas que Olaf était à votre place il y a deux ans et qu’il est désormais en camp de déplacés auprès de ses paroissiens centrafricains sur l’autre rive du fleuve, au Congo -… La consolation de Dieu maintient le cap sur l’espérance et elle aide à trouver des chemins pour réconcilier les hommes, pour réparer le monde, pour ouvrir un avenir.

Bonne mission ! Amen.