Congrégation du Saint-Esprit en France
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Homélie prononcée par Marc Botzung - provincial

Dimanche du Saint Sacrement

Paris, rue Lhomond, le 03 juin 2018


« Ceci est mon sang, versé pour la multitude. »

Chers frères et sœurs,

Alors que nous fêtons en nos murs nos journées annuelles d’amitié, la liturgie de l’Église nous invite à accueillir et à approfondir le sens de ce que nous vivons lorsque nous participons à l’eucharistie, c’est-à-dire à la messe. Étrangement, les textes écoutés peuvent nous paraître bien en décalage avec notre quotidien… et peut-être même avec ce que nous expérimentons durant notre participation à la messe ! Je fais néanmoins le pari qu’ils peuvent nous ouvrir sur une part de vérité de nos propres existences.
Une de mes difficultés vient de la référence à l’Alliance qui revient constamment. Dans notre culture, ce mot recouvre un sens plutôt fragile, voire éphémère, lorsqu’il s’agit par exemple de considérer l’alliance sur le mode d’une relation politique d’intérêt. Qui parierait aujourd’hui sur la durée de l’alliance qui se vit en Italie entre les partis de tendances opposées, 5 Stelle et Ligue du Nord ? Un autre sens, plus intime, plus fort, existe cependant aussi, lorsque nous parlons du mariage comme d’un engagement réciproque, à vie, dont le signe porté par les deux amoureux sera justement… « des alliances ».

L’Alliance dont nous parlent nos textes bibliques aujourd’hui renvoie à l’expérience historique d’un peuple, expérience d’avoir été sauvé – par Dieu - de la domination et de la mort. Les rites qui y renvoient, découlent de cette expérience. Mieux, en faisant mémoire du passé, ils permettent d’en transmettre une partie du poids et en disent l’actualité. En participant à l’eucharistie nous nous engageons donc dans un chemin commun, une histoire commune avec ceux qui nous entourent et avec ceux qui nous ont précédé, dans l’espérance que notre Alliance aujourd’hui avec Dieu soit ouvert à la fécondité, à la paix, à la vie, au bonheur.

Trois composantes reviennent, me semble-t-il, pour donner du corps à la démarche d’alliance. La première, rappelée dans la 1ère lecture, tient à la Parole. Une alliance ne prend corps que s’il y a un échange de paroles, accueil de celles-ci, réflexion, mise en pratique. «  Tout ce que le Seigneur a dit, nous le mettrons en pratique, nous y obéirons », répond ainsi le peuple.

Plus étonnamment, la deuxième composante s’exprime dans une offrande, un don, voire un sacrifice, celui de taureaux – ce qui m’est très étranger -, de pain – ce qui m’est beaucoup plus proche - ou d’autre chose encore, de l’argent peut-être. Comme si espérer accueillir une alliance de fécondité demandait d’accepter, toujours d’abord, de savoir se priver de ce qui nous nourrit, de ce qui nous appartient, en tout cas de ce qui compte pour nous. Comme s’il fallait accepter de se priver d’une part de vie pour accueillir plus de vie. Mystérieux échange. La maturation du sens de l’offrande, vécue par la tradition juive, puis par la tradition chrétienne, va même un peu plus loin encore. Dans les offrandes et le don, nous ne pouvons jamais nous contenter d’une offrande extérieure, si généreuse soit-elle. Le don nécessaire et attendu ne peut être – pour avoir tout son poids - que celui de la personne elle-même… donc de vous, et de moi. Quelle part de nous-mêmes engageons-nous dans notre don à Dieu ?

La troisième composante, et elle est toujours une surprise, tient à la réponse de Dieu. Il répond par le don de la vie, par le don de la paix, par le don du pardon. Je parle bien de don, car ce geste de Dieu est libre et non pas mécanique. Sa liberté répond à la nôtre, mais avec une valeur infiniment plus précieuse. Jusqu’au don de Jésus, l’Envoyé du Père, qui en s’offrant au Père, s’offre aux hommes. « Ceci est mon sang, versé pour la multitude. »

Frères et sœurs, notre participation à l’eucharistie est entrée en démarche d’alliance avec le Seigneur. Pas à pas, mot après mot, rite après rite, nous sommes invités à recevoir la présence du Seigneur, en sa Parole et en son Corps, au point de nous laisser transformer, personnellement et collectivement, un peu plus à son image. Puis, comme lui et avec lui, être offerts à Dieu et au monde, personnellement et collectivement,  comme ferments d’unité, de réconciliation, d’amitié et de paix. Pourquoi participer à la messe, si ce n’est pour vivre une expérience de transformation intérieure et de fécondité.
Amen.