Congrégation du Saint-Esprit en France
spiritains














Homélie prononcée par P. Marc Botzung - provincial

Dimanche, 4ème Semaine du Temps Ordinaire — Année C

Paris, la chapelle de la Maison-Mère, le 3 février 2019


La Parole de Dieu est plus tranchante qu’un glaive.

L’Évangile de dimanche dernier s’achevait avec les premiers mots de celui d’aujourd’hui : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre ».

La Parole de Dieu - celle des prophètes, de la sagesse et de la Loi -s’accomplit en Jésus. Dans sa prise de parole publique à Nazareth, Jésus revendique donc d’incarner le sens véritable de ce qui fut transmis jusque-là, par Dieu ou en son Nom. En sa vie il donne une consistance concrète tout à fait inattendue à la Parole. Je retiens ce premier trait : la Parole de Dieu créé de la surprise, elle créée une incontestable nouveauté. En Jésus, la Parole de Dieu se fait pleinement humaine, la Parole se fait chair.

Deuxième trait : cette Parole qui fait ce qu’elle dit, est réalisation d’un salut pour les plus petits. Bonne nouvelle pour les pauvres, les aveugles, les prisonniers, les opprimés qui sont tout à coup écoutés, reconnus, considérés et remis à égalité de dignité avec chacun. L’auditoire de Jésus s’en réjouissait la semaine dernière, se reconnaissant sûrement dans ces destinataires. Qu’il est agréable d’accueillir la Parole de Dieu quand elle est parole de réconfort, de consolation, d’espérance.

Aujourd’hui cependant la situation devient beaucoup plus tendue, car Jésus laisse entendre que le salut de Dieu n’est pas réservé à ses proches, aux siens, mais que – comme au temps d’Élie et d’Élisée, dont il renouvelle et accomplit la mission - le souci de Dieu va jusqu’au lointain, à l’étranger, à l’autre. L’autre d’hier et l’autre d’aujourd’hui. Comme si le salut que Dieu nous offre ne pouvait jamais se contenir dans un groupe, mais qu’il nous renvoyait, toujours, tout le temps, à ceux qui sont hors du cercle, à l’écart du groupe. J’y reconnais en écho ces « âmes les plus abandonnées » si chères au P. Libermann que nous avons commémoré hier.

La Parole de Dieu n’est elle-même que lorsqu’elle nous pousse à des déplacements, déplacements en nous-mêmes et vers les autres.

Dieu nous pousse ainsi sur nos lignes de rupture, comme s’il avait besoin de nous emmener jusque-là pour que nous devenions capables de le découvrir en vérité, en pauvreté, en humilité. Ne pouvant plus compter tout à coup sur nos propres forces, mais réduit à le mendier, à le recevoir les mains vides. L’Écriture nous avait prévenus : la Parole de Dieu est plus tranchante qu’un glaive. Troisième trait : la Parole de Dieu opère un jugement, une séparation du bon grain et de l’ivraie au plus intime de nous-même. Il nous arrive de refuser cela, de nous y opposer tout comme les habitants de Nazareth ont refusé aujourd’hui le défi où les engageait Jésus.

Pourquoi Dieu nous emmène-t-il jusque-là ? N’y a-t-il pas d’autres moyens à user envers nous ? Pas sûrs. Pas sûrs que nous soyons capables de le recevoir sans cette pauvreté-là, sans cette faiblesse-là. C’est à partir de là en effet que son Esprit peut commencer à faire son œuvre sans avoir constamment affaire à nos résistances, à nos parasitages, à nos récupérations pour notre propre compte ou notre propre justification. L’amour tel qu’évoqué par St Paul est un des fruits du travail de l’Esprit et il surgit de notre pauvreté : « (cet amour) prend patience; il rend service; il ne jalouse pas, ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil; il ne fait rien d’inconvenant; il ne cherche pas son intérêt; il ne s’emporte pas; il n’entretient pas de rancune ».

Quatrième trait : il arrive un moment où la Parole de Dieu écoutée semble se retirer pour devenir en nous chair, un moment où elle parvient à inventer en nous une parole ajustée aux situations, à s’exprimer en action, en vie. Comme si la Parole de Dieu trouvait là sa véritable fécondité, passant le relai à l’Esprit et nous ouvrant désormais à la rencontre. Moment inattendu où la Parole s’accomplit à nouveau. (Enfin) en nous !