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Homélie de Bernard Guichard
à la Maison Mère des Spiritains
le dimanche 18 octobre 2009
" Dieu aime le bon droit et la justice, la terre est remplie de
son Amour. " (Ps 32) C’est
donc ce verset du Ps 32, affiché à la porte et dans le chœur de
notre chapelle et que nous avons pu lire, méditer, qui a nourri notre
prière tout au long de la semaine missionnaire. Semaine missionnaire
qui s’achève aujourd’hui, c’est
vrai, mais qui loin d’être un point final, doit au contraire donner un
nouvel élan à touts les hommes et femmes de bonne volonté,
prêts partout dans le monde à s’engager pour que règne
enfin, le bon droit, la paix et la justice.
" Dieu aime le bon droit et la justice, la terre est remplie de
son Amour " Nous avons pourtant l’impression en ouvrant
notre journal le matin ou le soir devant notre poste de TV, que notre terre est
trop souvent remplie de haine, de violence, d’ambitions, de corruption, de
catastrophes de toutes sortes : attentats en Afghanistan ou au Pakistan,
famine au Kenya, violence en Guinée, au Congo, cyclones, inondations,
tremblements de terre… et on pourrait bien sûr encore allonger la
liste ! En union avec les
Evêques d’Afrique et de Madagascar, réunis à Rome, pour
chercher ensemble des chemins de paix et de réconciliation, à
l’occasion du 2ème synode africain que notre prière en
cette journée missionnaire mondiale soit pour nous l’occasion d’un
examen de conscience, une invitation à demander pardon pour tous les
problèmes de violence, de discrimination, de pouvoir, d’argent,
d’exploitation qui rongent notre monde là-bas en Afrique, mais aussi
plus près de nous : en Europe, en France, peut-être tout
près de nous dans notre quartier.
Mais avant tout, que cette journée missionnaire soit l’occasion d’ouvrir
nos yeux, d’élargir notre regard pour rendre grâce au Seigneur de
tout ce qui se fait de beau et de bien, de rendre grâce et de nous
réjouir de toutes ces petites initiative prises par tant d’hommes et de
femmes de bonne volonté qui essayent humblement d’être des
porteurs d’espérance au service de leurs frères plus
démunis. Ces petites initiatives, on
n’en parle pas beaucoup dans les médias sauf peut-être dans
quelques revues (dans Pentecôte sur le Monde, par exemple) : elles
sont comme des petites graines d’espoir, qui poussent lentement comme le bon
grain là bas en Afrique, en Asie, à Madagascar, partout dans le
monde et bien sûr ici chez nous si nous savons le voir. " Oui, c’est vrai, Seigneur, la terre est remplie
de ton amour… " Heureux les missionnaires qui ont souvent la chance
d’en être les premiers témoins.
De mes 33 premières années de vie à Madagascar
(j’espère qu’il y en aura beaucoup d’autres…), j’aurai certainement
beaucoup de " belles choses ", de " signes
d’espérance " à partager : je voudrai seulement en
retenir 2. La première, c’est
d’avoir découvert petit à petit, surtout lors des longues
tournées en brousse, le travail solide des premiers missionnaires. Ils
n’ont pas seulement construit des églises, des écoles ou des
dispensaires, mais ils ont su semer profondément la Bonne Nouvelle de
l’Evangile, partout où ils sont passés. Comme de bons serviteurs,
ils ont tout donné, à la suite du Christ, souvent jusqu’au
sacrifice de leur vie. Partout où je suis passé :
Fénérive-Est, Vavatenina, Ambilobe, Soanierano-Ivongo, j’ai vu
les tombes des missionnaires spiritains, bien entretenues, visitées pas
seulement le jour de la Toussaint. Ces missionnaires ont planté des
petites communautés solides, encore bien vivantes aujourd’hui, et qui
après leur départ se sont vite multipliées. J’ai toujours
en beaucoup de joie à mettre mes pas dans les leurs, et j’ai senti,
quand les vieux chrétiens parlaient d’eux, combien ils avaient
été aimés avec leurs qualités et aussi leurs
défauts. J’ai souvent senti avec fierté, que je faisais partie de
la même famille. Ma
2ème découverte, ce fut aussi le travail ou
plutôt le service, le dévouement, la foi de ces nombreux
catéchistes qui à Madagascar (comme partout en Afrique) sont les
premiers collaborateurs des Missionnaires, mais surtout les premiers
Missionnaires de leur village. En cette journée missionnaire mondiale,
c’est l’occasion de les mettre à l’honneur et de prier pour eux. Dans ma prière, je revois souvent tous ces
visages de catéchistes, la plupart pères de famille
n’hésitant jamais à quitter pendant plusieurs jours maison, femme
et enfants, travail de la rizière, pour accompagner dans les
tournées plus difficiles et surtout après des journées de
marche à pied pour venir au centre à la mission suivre les
sessions de formation qui avaient lieu plusieurs fois par an. Des hommes
simples, pauvres, plein de foi, que je voyais arriver avec tout leur tout petit
bagage ; le drap pour la nuit, le kilo de riz blanc donné par les
Chrétiens de leur communauté et bien sûr, leur Bible, le
cahier et le stylo pour prendre des notes.
Dans les villages où nous ne passons qu’une ou deux fois par an, ce sont
sur eux que reposent l’animation de la prière du dimanche,
l’enseignement des catéchumènes, la préparation aux
sacrements, et bien sûr l’unité et la bonne marche du village. Au
village, c’est souvent chez eux, dans leur propre maison que nous étions
accueillis. Je garde encore en mémoire tous ces moments de prière
du soir partagés en famille à la lumière d’une simple
bougie. La plupart des prêtres, des Religieux et Religieuses malgaches
sont souvent les enfants de ces catéchistes. Pour finir, je voudrais aussi rendre grâce au Seigneur pour
cette Eglise à Madagascar que j’ai vu grandir et devenir à son
tour missionnaire. Je pense bien sûr à nos jeunes frères
spiritains malgaches : Théodore en Papouasie Nouvelle Guinée
depuis plus de 10 ans, Rodin récemment parti au Pakistan, Paulin au
Cameroun pour accompagner nos étudiants en théologie,
Jean-Baptiste en France travaillant avec les Orphelins d’Auteruil, sans oublier
nos jeunes frères malgaches aux Seychelles, à la Réunion,
à Maurice… et ceux qui restent à Madagascar pour faire grandir
cette circonscription spiritaine et accueillir les vocations. Des jeunes
Religieuses malgaches, de différentes Congrégations, sont aussi
en mission depuis plusieurs années au Congo, au Cameroun, aux
Philippines, en Amérique du Sud et dans bien d’autres pays. Les lectures de ce dimanche nous ont
rappelé le vrai visage du Serviteur de Dieu : celui qui ne
recherche pas pour lui la gloire et la puissance, celui dont le seul secret est
de servir, celui qui est prêt à tout donner jusqu’au sacrifice de
sa vie. Il y a bien là les traits du missionnaire. A ses disciples et
à tous ceux et celles qui sont prêts à le suivre,
Jésus propose d’assumer la fonction de serviteur. Il nous en donne
l’exemple en se fraisant le serviteur de Dieu et des hommes. " Si
l’un de vous veut être le premier, qu’il prenne la dernière place.
Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi mais pour servir et
donner sa vie en rançon pour la multitude. " Amen
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