Parole de Vie..   
Les homélies du Père François Nicolas

18 e dimanche C – 04 août 2019 - Richesse et richesses

Qo 1,2. 2, 21-23 ; Col 3, 1-5. 9-11 ; Lc 12, 13-21

L’homme qui avait tout prévu
Les lectures de ce jour nous rappellent que les événements tragiques nous surprennent toujours : nos biens et nos vies sont fragiles ! L’homme décrit dans l’évangile ressemble beaucoup à l’homme d’aujourd’hui dont la principale préoccupation est de s’assurer une retraite où enfin il pourra se dire, maintenant repose toi, mange et jouis de l’existence . C’était du moins ce qui nous était promis avant que les réserves de l’assurance vieillesse ou de la sécurité sociale ne s’épuisent ne serait-ce que par l’allongement de la vie. Quoi qu’il en soit des conjonctures du moment, à toute époque, l’homme a pu constater la fragilité de sa vie, face aux surprises de son état de santé, d’un accident, d’une catastrophe naturelle ou même de la violence incompréhensible des hommes. Et pourtant l’étonnement ou la stupeur sont toujours notre réaction quand nous nous entendons dire, malgré toutes nos sécurités : cette nuit même on va te redemander ta vie. D’où la réaction du Sage de l’Ancien Testament, qui déjà s’écriait de façon désabusée : Tout est vanité , c’est-à-dire à quoi bon tant d’efforts pour mettre nos biens en sécurité. Face à cette réaction le psaume 89 nous invite à redécouvrir auprès de Dieu le vrai sens de notre vie : Il nous fait dire dans notre prière apprends-nous Seigneur la mesure de nos jours.

La mesure de nos « jours », au regard de Dieu, est en fait une « mesure sans mesure » , car notre vie vient de Dieu : nous venons de lui et   nous retournons vers Celui qui de toujours est notre Père. Et Jésus est venu parmi nous pour nous aider à organiser notre vie en vue de Lui , comme cet évangile nous le rappelle. Les chrétiens vivent donc de la joie et de la sécurité d’aller vers leur Père en étant portés par le Christ, avec Lui et en Lui. St Paul invite à emprunter ce chemin qui sera la source de notre joie en nous disant : tendez vers les réalités d’en haut, c’est là qu’est le Christ  (Col 3,1)  ; et il nous invite à dire avec lui : c e n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. La sécurité qui nous vient de notre confiance dans le Christ n’est pas celle que donnent les biens matériels, comme s’ils pouvaient ajouter de la vie à la vie ou lui donner du sens

D’où vient la violence ?
Paul, écrivant aux Colossiens, immergés dans une société païenne, leur recommande sans langue de bois de renoncer radicalement à tout ce qui en eux appartient à la terre dans ce qu’elle a de plus dégradant : débauche, passion, désirs mauvais, et surtout  cette soif de posséder qui est une idolâtrie : autant de sources contagieuses de peur, de désespoir et finalement de violence. Votre adversaire, le diable, tapi au fond de vous, cherche qui dévorer   dira St Pierre : en cela nous savons que des sociétés entières peuvent arriver à se laisser surprendre. Le fait que l’Evangile parle d’héritage n’est pas anodin : combien de familles se dévorent toujours entre elles à propos de querelles d’héritages, alors que ceux-ci sont faits pour partager et non pour opposer ; malheureusement l’intérêt en vient à détruire les liens du sang et du cœur. Le Pape François transpose cette notion d’héritage aux biens de notre terre : à cause de notre refus de partage et de mesure ils s’épuisent vite pour tous, et cela suscite bien des conflits qui risquent de se multiplier si chacun ne cherche que son propre enrichissement. En cela le Seigneur nous renvoie à la prise de conscience de notre propre responsabilité : qui donc m’a établi pour être votre juge ou l’arbitre de vos partages  ?

Le Christ est venu restaurer notre cœur.
Là où est ton cœur, là aussi sera ton trésor  », a dit Jésus ; ce trésor est posé en quelque sorte sur deux piliers : la prière et l’amour fraternel. La prière nous fait découvrir comment Dieu aime et est partage : Il l’est au plus profond de sa propre vie et dans la façon dont Il est venu nous sauver. Jésus en a apporté le plus grand témoignage de cet amour : il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime . Fondamentalement d’ailleurs, aucune religion ne demande de donner sa vie par haine des autres ; ceux qui le font agissent plus par une inversion du cœur de l’homme et de la foi en Dieu : celle-ci est l’œuvre du démon. Puissions-nous être des acteurs de la grande espérance de St Paul  en contribuant à bâtir un monde où il n’y aura plus Grec et Juif, barbare ou esclave mais des hommes capables de communier entre eux, être unis dans leurs différences par la force du Christ venu nous libérer.

Orientation.
Retenons cette phrase du psaume 94 qui nous ouvre le chemin de tous les partages et de toutes les réconciliations « Aujourd’hui  ne fermons pas notre cœur, mais écoutons la voix du Seigneur » ; seul le Seigneur en effet peut nous réapprendre à aimer et à rendre la terre habitable sans peur du lendemain. .



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