Parole de Vie..   
Les homélies du Père François Nicolas

2e dimanche de l'Avent B – 10 décembre 2017 : Une parole brûlante


Bienheureux souvenirs 

Pensons à un couple âgé où chacun aimerait dire à l’autre : « Souviens-toi du moment où tout a commencé entre nous ! ». Avec une même joie, Saint Marc écrit les premières phrases de son Evangile, voulant évoquer avec nous les débuts d’une histoire d’amour qui nous concerne tous : «  Commencement de la Bonne Nouvelle ! ». Et pourtant il y a des gens qui n’osent plus regarder leur passé et surtout n’espèrent rien du lendemain ; ils semblent ne pouvoir rien attendre ni de personne ni de quoi que ce soit. Ceci était surtout vrai au temps du paganisme où beaucoup voyaient l’histoire du monde comme un « éternel retour » : il n’y aura jamais rien de nouveau sous le soleil pensaient-ils, surtout s’ils étaient devenus des esclaves. La publicité aujourd’hui nous propose sans cesse des nouveautés, mais les crises et les violences de notre monde reviennent avec une régularité si fréquente que parfois notre monde se trouve à nouveau « désenchanté » et sans avenir pour beaucoup.

La Parole qui change tout

Pour les chrétiens, la Parole de Dieu ne leur vient pas à la manière d’une publicité distrayant leur esprit mais sous forme d’une bonne nouvelle qui vient prendre corps dans toute leur existence après avoir rejoint l’esprit et le cœur. Jean-Baptiste a été le premier à faire l’annonce de la Bonne Nouvelle du Christ venant habiter parmi nous, et à nous le montrer arrivant au milieu de nos déserts.

Le désert, lieu de conversion, est l’endroit symbolique où se retrouvent les chercheurs de Dieu. Nous avons besoin nous-mêmes, pendant ce temps de l’Avent de nous écarter un peu des bruits de notre vie quotidienne et même des fébrilités de Noël : prenons les instants nécessaires pour mettre notre cœur réellement en véritable attente de «  Celui » qui vient vers nous. Attendre, c’est déjà se convertir, c’est-à-dire, élever ou purifier son regard dans la joie de se remettre vraiment à espérer.

L’aujourd’hui de la Bonne Nouvelle

Marc et donc Jean-Baptiste nous parlent d’une bonne nouvelle arrivant maintenant mais qui gardera toujours son statut, sa fraîcheur de bonne nouvelle : comme toutes les vraies histoires d’amour ! Il n’y a rien d’étonnant puisqu’il s’agit de marcher avec le Seigneur, pour qui « 1000 ans sont comme un jour ». Désormais nous entrons pour toujours dans l’« aujourd’hui de Dieu » : le royaume de Dieu, même s’il reste encore « à venir », est « déjà là » ; il ne sera jamais classé comme une bonne nouvelle du passé dont la disparition nous désenchanterait, ni rangé non plus dans les promesses futures non tenues : c’est bien « aujourd’hui » que cela se passe : le vrai Noël ne sera jamais le sapin qui finit dans la poubelle, ni le cadeau dont finalement je ne saurais quoi faire demain.

Avez-vous remarqué ceci ? Si nous demandons à un groupe de chrétiens engagés : « comment ça va » ? », ils répondent souvent « oui ça va, on commence ». C’est vrai que dans l’Eglise, nous sommes toujours en train de commencer ou de recommencer quelque chose, malgré les échecs : c’est cela, la jeunesse de « l’aujourd’hui de Dieu » ! Pourquoi ? Parce que sans cesse nous sommes en attente de Quelqu’un, de celui qui vient sans cesse, au plus profond de nous-mêmes, nous sauver de nos échecs. Noël vient ainsi chaque année, à chaque instant aussi nous rappeler la bonne nouvelle de la confiance retrouvée de l’enfance.

Bonne Nouvelle aujourd’hui pour nos déserts et nos « périphéries»

Le pape François a fait remarquer qu’il ne suffit pas d’accueillir la joie de l’évangile dans nos églises : la venue du Sauveur est pour tout le monde ! Le Seigneur frappe à la porte de l’intérieur de nos églises pour que nous lui ouvrions et lui permettions de sortir. « Sortir », voilà le grand mot qui exprime la « joie de l’Evangile » ! Sortons de nos petits problèmes de rivalités internes et retrouvons la joie de rencontrer ceux qui dans les « périphéries » croient ne plus pouvoir attendre de bonnes nouvelles.

Vous direz peut-être : « à quoi bon parler dans le désert ? » Justement ! Jean Baptiste ne « parlait » pas dans le désert… il y « criait »… mais avec la parole brûlante de celui qui voit enfin venir quelqu’un, le Sauveur. Si nous apercevons un tant soit peu le Christ venir dans notre vie, il nous sera difficile de nous taire ! Le cœur de Jean-Baptiste était habité par un grand amour et une grande foi, il disait avec autant de fougue que d’humilité : « le Messie est tout proche » ; en même temps il acceptait d’être dépassé par le Mystère qu’il devait annoncer ; il disait : «  je ne suis pas digne de défaire la courroie de ses sandales  ». Tous ceux qui sont conscients d’être porteurs d’une vraie bonne nouvelle, de « la » Bonne Nouvelle sont en réalité des impatients de partager leur bonheur. Pensons à l’impatience évangélique de St François d’Assise, par laquelle il a bouleversé le monde de son temps. Pensons à l’impatience de Jésus disant : « comme je voudrais que le feu soit déjà allumé ».

Orientations : Ecoutons la voix de Jean-Baptiste qui nous invite à changer de vie et à ranimer notre espérance dans le Seigneur qui vient et est même tout proche. Apprenons pour notre propre vie à « rendre droits les sentiers » par lesquels le Seigneur vient vers nous ; apprenons aussi par notre témoignage et nos engagements à « préparer les chemins » qui conduisent vers la vraie joie de Noël. En cela devenons comme Jean-Baptiste, des « précurseurs », des impatients de l’amour qui vient.



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