Missionnaire au Pakistan


l'Évangile en dehors de la communauté chrétienne est suspect et souvent dangereux. Si nombre de mes amis musulmans admirent les activités sociales des Églises, bien peu sont réellement disposés à débattre de ce qui les inspire. L'islam, ciment de la nation, se suffit à lui-même.

LÉvangile voilé

Vingt-cinq années de proximité avec les Marwari-Bheels, tribu hindoue marginalisée, nous ont valu chez eux un capital de sympathie indéniable. Travaillant avec eux à un meilleur développement de la personne humaine, partageant les moments heureux ou difficiles, nous sommes régulièrement invités à participer aux nuits de bhakti, pratique dévotionnelle vishnouïte. Les Marwari-Bheels sont curieux de connaître notre foi, parce que leur panthéon n'est pas un cercle fermé, mais ils savent se mettre sur la défensive lorsqu'ils pensent que des éléments essentiels de leur culture sont menacés.

La communauté chrétienne du Pakistan est fière de porter les couleurs de l'Évangile, dans des conditions pourtant rudes. On remarque cependant que dans les choix quotidiens des chrétiens punjabis, ce sont fréquemment des normes culturelles peu conformes à l'esprit évangélique qui emportent la décision. Ainsi, dans le choix d'un conjoint, on privilégie la famille proche (cousins maternels du premier degré) ; on tient compte également de la couleur de la peau, de l'activité professionnelle des parents, marques supposées de la caste d'origine.
Dans ce cadre contraignant, la parole de Dieu m'apparaît comme tenue en respect, bridée. Comme l'apôtre Paul, je crois juste d'exprimer sans détour ce qui m'anime - par des actes plus souvent que par des mots - mais je dois constater que " notre Évangile demeure voilé " (2 CO 4, 2-3).

Avoir le courage
d'être faible

Le travail missionnaire au Pakistan n'est pas une success story. Chaque jour me confronte à mon impuissance: un enfant hindou qui meurt de méningite parce que ses parents ruinés ont tardé à le conduire à l'hôpital, où ensuite il a été négligé par le personnel ; des paysans jetés en prison alors qu'ils venaient légitimement se plaindre de l'arbitraire des militaires. En réponse, nous intervenons dans l'urgence et élaborons des programmes pour donner des chances à l'avenir - des écoles pour le savoir, un dispositif de micro-crédit pour la croissance, des groupes de réflexion autour de la transformation des pratiques - mais, face à l'ampleur du mal, nos initiatives se révèlent fragiles, médiocres, inadaptées. En outre, étrangers ayant choisi de partager la vie de groupes marginalisés, nous avons le sentiment d'être contenus à la périphérie de l'Église pakistanaise.

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