1er
dimanche de Carême (26 février 2012)
Genèse 9, 8-15 (Dieu
fait une alliance avec l’homme)
Rappelons
que, chaque année en Carême, la premier lecture offre un
parcours des grandes étapes de l’histoire du salut dans
l’Ancien Testament. Ici, le déluge vient de s’achever.
Bêtes et gens ont quitté *l’arche,
et Noé a offert un sacrifice au Seigneur. En réponse,
celui-ci établit une alliance : elle est une promesse de vie à
l’adresse des hommes présents et à venir, et même
des animaux.
C’est
une nouvelle création : voir Genèse 9, 1.6
reprenant les expressions de la première création en 1,
27-28. Après le nettoyage par le déluge, Dieu s’engage
à ne plus utiliser de tels moyens, aussi sûr que
l’arc-en-ciel marque la fin des orages. Par ce signe, les
hommes sauront qu’il « se souviendra » de
son alliance, c’est-à-dire qu’il agira en
conformité à sa promesse.
Cette
page a été composée par un cercle de prêtres
qui voulait rendre espoir aux Israélites exilés à
Babylone. Ils ont subi le déluge de la déportation et
leur pays a été englouti par la guerre. Mais Dieu leur
promet « de ne plus ravager la Terre (d’Israël
!) » ; il leur annonce un nouveau départ. Le
texte révèle un Dieu qui veut la vie des hommes, des
animaux et de tout le cosmos. C’est pourquoi la première
alliance divine exige l’éradication de la violence entre
les hommes (lire Genèse 9, 5-6). Comment Dieu accepterait-il
qu’on haïsse et qu’on tue en son nom ? Le baptisé,
qui a passé avec Jésus le déluge de la mort (2e
lecture), sait que la promesse de Dieu est digne de foi.
* L’arche. « Les
préfigurations de ce bois (de la croix) n’ont été
depuis toujours que les principaux indices de ces merveilles. Regarde
en effet, toi qui veux t’instruire. Est-ce que Noé sur
un peu de bois n’a pas échappé, par un décret
divin, avec ses fils et leurs épouses et avec les animaux de
tout genre, à l’extermination du déluge ? »
(saint Théodore « le
studite », 8e
siècle)
1 Pierre 3, 18-22 (L’eau
du baptême nous sauve de nos péchés)
1)
L’auteur écrit pour des chrétiens qui se
sentaient exclus de la société à cause de leurs
options chrétiennes, au milieu d’un environnement païen.
Certains étaient tentés d’abandonner la foi pour
retrouver le confort de « vivre comme tout le monde ».
Cette angoisse peut troubler aujourd’hui n’importe quel
nouveau converti.
2)
En réponse, quel est le message de l’auteur ? Il leur
cite l’exemple du Christ en qui ils se sont confiés.
Jésus lui-même a été contesté,
jusqu’à en mourir, par ce monde pécheur dont nous
sortons à peine. Mais il a triomphé de la mort et du
péché. Notre baptême nous associe à sa
victoire. Retournerons-nous à un monde mauvais qui, selon le
symbole du déluge (1ère
lecture), est condamné ?
3)
Où l’auteur puise-t-il son message ? Il recopie, en
l’adaptant, un antique credo (depuis « le
Christ est mort » jusque « rendu à la
vie », puis « qui est monté »
jusqu’à la fin). Il insère une catéchèse
sur le baptême (depuis « c’est ainsi »
jusque « la résurrection de Jésus Christ »).
Il compare le baptême au salut des « huit
personnes » traversant le déluge (Noé, sa
femme, ses trois fils et leurs trois épouses), le chiffre huit
étant devenu le symbole de la nouvelle création, de la
résurrection (cf. Jn 20, 26). Mais quels sont ces
« prisonniers » auxquels prêche le Christ
? S’agit-il de sa descente aux enfers ? Ce message de
libération annonce la mission de Jésus (évangile).
* La descente aux enfers. Le
Christ est « descendu aux enfers », dit le
Symbole des Apôtres, pour libérer les pécheurs
d’autrefois, « ceux qui étaient prisonniers
de la mort ». Il est le Rédempteur de tout le
cosmos, puisqu’il en a traversé les trois étages
: le ciel, la terre et le monde souterrain. Cette interprétation,
inaugurée par Clément d’Alexandrie (2e
s.), a sa vérité. Mais ce n’est pas ce que dit
Pierre. Nourri par les légendes juives sur Génèse
6, 1-2, il dit, littéralement, que le Christ « est
allé porter message aux esprits en prison ». Ces
esprits sont les anges déchus qui, selon les traditions
juives, poussent les hommes au mal et que Dieu a emprisonnés
dans des cachots aériens. En remontant vers le Père, le
Christ ressuscité leur a signifié, au passage, que leur
rôle maléfique était terminé. Baptisés,
ne nous laissons plus terrifier par la force cachée du Mal.
Marc 1, 12-15 (Jésus
au début de sa mission)
Le
1er
dimanche de Carême rappelle chaque année les tentations
que Jésus a écartées au moment où il
s’engageait dans la mission que Dieu lui confiait. Saint
Augustin redira
l’essentiel de la victoire du Christ : « Reconnais
que c’est toi qui es tenté en lui ; et alors
reconnais que c’est toi qui est vainqueur en lui. »
La
tradition que Marc a reçue sur les tentations de Jésus
diverge de celle, plus longue, parvenue à Matthieu et à
Luc. Elle est trop courte (2 versets) pour faire une page dominicale
d’évangile. C’est pourquoi la liturgie ajoute la
première prise de parole de Jésus, son appel à
la conversion, après qu’il ait lui-même vaincu nos
tentations.
La tentation d’Adam, fils de Dieu
L’épisode
suit la déclaration de Dieu entendue par Jésus lors de
son baptême : « C’est toi mon Fils
bien-aimé. » L’Esprit saint, reçu en
ce baptême, pousse au désert ce Jésus afin que
celui-ci décide en quoi il sera « fils de Dieu ».
Dans la Bible, le désert symbolise l’épreuve,
comme aussi les « quarante jours », rappelant
les quarante ans de l’Exode. Mais cette épreuve vient de
« Satan », qui tenta Adam et Ève.
D’après les légendes juives, Adam vivait en paix
« parmi les bêtes sauvages » et les anges
« le servaient », parce qu’ils
reconnaissaient en lui le fils et l’image de Dieu. C’est
bien pourquoi, selon les mêmes légendes, Satan, l’ange
jaloux, œuvra à sa chute.
Jésus,
nouvel Adam (comparer Romains 5, 12-21), a vaincu la tentation
d’orgueil que le premier homme n’avait pas su vaincre.
Mais, désormais, à la suite de Jésus et par
notre conversion, nous pouvons repartir à zéro vers le
règne de Dieu, au prix de cette conversion dont le temps du
Carême nous indique la voie.
Le
« kérygme » de Jésus
Selon
Matthieu, Jean Baptiste et Jésus proclamaient le même
« kérygme », c’est-à-dire
un message bref (comparer Jonas 3, 4) en forme de slogan :
« Convertissez-vous, car le royaume des cieux est tout
proche » (comparer Matthieu 3, 2 et 4, 17). Mais Marc sait
que les deux prédicateurs n’ont pas la même
conception du « règne de Dieu ». Aussi
en réserve-t-il la proclamation à Jésus seul. Si
le Baptiste annonçait un jugement divin sévère
et imminent, Jésus annonce la venue du Règne comme
une bonne nouvelle, un « évangile »,
pour ceux qui veulent bien changer de vie, se convertir.
Depuis
le Concile, le prêtre, lors de l’imposition des Cendres,
peut choisir cette formule de l’évangile de Marc :
« Convertissez-vous et croyez à l’Évangile.
Matthieu
et Marc s’accordent sur le fait que, littéralement,
« *le règne
de Dieu s’est
fait proche » ou « a fini son approche ».
Marc précise : « Le temps est accompli »,
le temps que Dieu a fixé pour venir enfin régner sur
l’humanité. C’est la frontière d’une
nouvelle époque dont l’avènement est lié à
l’accueil que lui fera l’homme par la foi et la
conversion. Chaque fois que l’Évangile
retentit à nos oreilles et nous appelle à la
conversion, nous sommes placés sur cette même frontière.
L’évangéliste situe le commencement de la mission
de Jésus « après que Jean eut été
livré ». Derrière ce drame se profile le
jour où « le Fils de l’homme sera livré
aux mains des hommes » (Marc 9, 31). Car la Bonne Nouvelle
de Dieu passera par la Passion de son Messager.
* Le règne de Dieu.
« Voici que Jésus proclame que le moment est
arrivé, qu’au royaume des hommes, au royaume des choses,
au royaume de Satan, doit succéder le royaume de Dieu.
L’attente des prophètes doit être enfin comblée,
dans le peuple élu, dans toute l’humanité. La
puissance divine approche et veut prendre le pouvoir, elle veut
pardonner, sanctifier, illuminer, diriger et renouveler toute chose
par la grâce divine. Mais sans violence, en ne faisant appel
qu’à la foi et au libre don des hommes »
(Romano Guardini).