Sainte
Marie Mère de Dieu, (1er
janvier 2012)
Nombres 6, 22-27 (Vœux
de paix et de bonheur)
Au seuil de l’an
nouveau s’échangent des vœux de prospérité
et de bonne santé. La liturgie, elle, nous offre la parole
efficace de Dieu dans cette « bénédiction
sacerdotale ». Ce texte semblait si sacré que les
prêtres qui seuls pouvaient le prononcer ne le disaient qu’en
hébreu à la synagogue, sans le traduire en araméen,
la langue du peuple. Cette bénédiction se déploie
en trois formules :
1)
« Que le Seigneur te bénisse et te garde » :
« Bénir c’est accroître la vie des
hommes, garder c’est la protéger contre tout ce qui la
menace. Les deux actions se complètent » (P. Buis).
2)
« Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage... »
Entrant en présence du souverain, nous souhaitons qu’il
nous offre un visage souriant, signe de ses bonnes dispositions
envers nous.
3)
« Que le Seigneur tourne vers toi son visage... »
Quand Israël est dans le malheur, il dit que Dieu a « détourné
son visage » (cf. Psaume 44 [43], 25). Que Dieu nous
regarde, qu’il s’occupe de nous, et son regard nous
apportera la paix – en hébreu shalom,
c’est-à-dire le bien-être, une pleine harmonie
avec nous-mêmes, avec les autres, avec la création, et
avec Dieu.
La bénédiction
invoque trois fois le nom du « Seigneur »
(Yahweh), pour marquer sa pleine présence. Au seuil de l’an
nouveau, nous souhaitons une relation de paix sans nuage avec notre
Dieu, un bien plus précieux que la santé.
Un texte biblique ne vaut
pas seulement par son sens littéral premier, mais par le
surcroît de sens que lui ont donné des générations
de croyants. Dans le targoum araméen des synagogues anciennes,
cette bénédiction est ainsi paraphrasée :
« Que le Seigneur te bénisse en toutes tes
occupations ! Qu’il te garde des démons de la nuit
et des mauvais esprits, des démons de minuit et des démons
de l’aurore, des démons des ruines et des démons
du soir. » La valeur protectrice de cette bénédiction
a perduré dans l’histoire chrétienne. François
d’Assise avait recopié ce texte biblique de sa propre
main pour que frère Léon le porte sur lui en une
période de tentations et de dépression. Ainsi ce texte
est devenu la prière des familles franciscaines.
Galates 4, 4-7 (Le
Fils de Dieu né d’une femme)
Paul
résume ici l’aventure chrétienne : sans la
foi, nous étions des « esclaves ». Nous
voici devenus libres et, mieux encore, « fils ».
Aux versets 1 à 3, il rappelait qu’à son époque
et dans sa société, l’enfant ne se distinguait
guère de l’esclave, puisqu'il se trouvait soumis à
toutes sortes de tutelles, jusqu’au jour où son père
le déclarait majeur. Paul songe à une double situation
d’enfance assujettie, d’immaturité : celle du
païen, servant des dieux trompeurs, et celle du Juif, sujet de
la Loi mosaïque.
Or, à présent,
Dieu « a envoyé son Fils » avec mission
de payer notre affranchissement de toutes ces tutelles. Le prix que
payait le Christ pour cela était simplement celui de l’amour :
une vie de solidarité, jusqu'à la mort, avec ceux qui
« sont sujets de la Loi ». Dieu a aussi envoyé
en nous l’Esprit de son Fils et nous entrons ainsi dans la
relation de respect et d’amour qu’il a avec ce Fils.
L’esclave n’a pas la parole. Au contraire, l’Esprit
nous fait parler librement à Dieu comme à notre père,
et même à notre « papa », selon le
mot araméen Abba
par lequel Jésus s’adressait à Dieu (voir Marc
14, 36).
Huit
jours après Noël, l’Église honore *Marie
par qui s’est réalisée, dans la simplicité
d’un accouchement, cette union de Dieu avec l’humanité :
car le Fils qui nous rachète est « né d'une
femme ».
*Marie.
Nulle part ailleurs Paul ne fait allusion à
Marie. Notons le parallèle qu’il établit ici :
« né d'une femme, né sous la Loi ».
Cette double expression souligne d’abord la condition fragile
du Fils, solidaire d’une humanité assujettie. Comme
d’autres sages, Job s’exclamait : « L’homme,
né de la femme, a la vie courte et des tourments à
satiété ! » (Job 14, 1). C’est
l’honneur de Marie d’avoir introduit le Fils de Dieu dans
notre faiblesse.
Luc 2,
16-21 (Jésus fils de Marie)
L’épisode se
déploie en quatre phases : c’est d’abord le
message des bergers, puis les réactions intérieures de
Marie et l’élargissement de l’annonce des bergers,
première prédication de l’Évangile, et
enfin la nomination de Jésus, lors de sa *circoncision
« le huitième jour ».
L’annonce
des bergers
Enfin, les bergers arrivent à
la crèche ! L’évangile fait suite à
celui que nous entendions la nuit de Noël. Les bergers ont obéi
à l’ordre implicite de l’Ange et ils trouvent le
signe annoncé : « le nouveau-né couché
dans une mangeoire ». Modèle des pauvres qui ont
reçu l’Évangile, ils deviennent à leur
tour missionnaires, racontant ce que le Ciel leur a révélé
(l’apparition d’un Sauveur, d’un Messie, d’un
Seigneur). Outre Marie et Joseph, se trouvent sans doute là
des parents et des voisins, car Luc imagine la présence d'un
auditoire. Et, comme plus tard la prédication des apôtres,
les paroles des bergers suscitent déjà deux réactions
opposées : les uns en restent à un « étonnement »
stérile, les autres accueillent le message (comparer Actes 17,
32-34 ou 28, 24-25).
Marie
retenait tous ces événements
Ce deuxième camp est
représenté par Marie, modèle de l’Église
des humbles qui fait confiance à la Parole de Dieu. Selon
l’évangéliste, Marie va de découverte en
découverte, lorsqu’elle écoute l’ange
Gabriel, puis Élisabeth, puis les bergers, avant de se laisser
bientôt déconcerter par l’attitude du jeune Jésus
retrouvé au Temple (Luc 2, 41-50). Disposée à
l’accueil du mystère de Dieu, « elle retenait
toutes ces choses et les méditait dans son cœur ».
Ces paroles rappellent l’attitude de Daniel essayant de
comprendre sa vision du Fils de l’homme et « gardant
ces choses dans son cœur » (Daniel 7, 28), dans
l’espérance de leur accomplissement. Si, en cette fête,
nous saluons Marie comme la Mère de Dieu, ce titre lui vient
d’abord de son écoute silencieuse, disponible et
constante de la Parole de Dieu qui se livre au fil et au cœur
des événements.
Les
bergers, messagers de l’Évangile
Les bergers ont constaté
et proclamé ce qui leur avait été annoncé.
Ils repartent en rendant grâce publiquement « pour
tout ce qu’ils avaient entendu et vu ». Leur mission
continue donc. Luc dessine en eux la figure des premiers apôtres.
Car, plus tard, Pierre et Jean diront devant le tribunal :
« Nous ne pouvons pas taire ce que nous vu et entendu »
(Actes 4, 20), à savoir la puissance du Christ ressuscité.
Le
Nom de Jésus
Le
texte s’achève par une mention très sobre du rite
de la circoncision, pratiqué selon la règle exacte huit
jours après la naissance, un signe que saint Paul revendiquera
pour sa part (Philippiens 3, 5). Ce rite scellait l’identité
juive du nouveau-né, comme le signe de la Loi de Moïse et
de l’Alliance conclue par Dieu avec Abraham. On ne saurait
mieux illustrer l’affirmation de Paul (2e
lecture) : « Il est né d’une femme, il a
été sujet de la Loi. » L’évangéliste
insiste davantage sur l’imposition à l’enfant du
nom de Jésus
(c’est-à-dire « le Seigneur sauve »),
dernière mention de l’obéissance de Marie à
la parole de Dieu (voir Luc 1, 31).
*La circoncision de Jésus.
C’est cet événement que, selon le calendrier, la
liturgie salue, « le huitième jour »
(l’octave) après la nativité du Seigneur. Avant
le Concile Vatican II, ce jour s’intitulait « la
Circoncision de Notre Seigneur » et saluait ainsi
l’enracinement humain de Jésus et la continuité
de l’Alliance divine avec le Peuple élu : « Le
Christ s’est fait ministre des circoncis en raison de la vérité
de Dieu pour confirmer les promesses faites aux pères »
(Romains 15, 8).