Parole de Vie..   
Commentaires du Père Claude Tassin

Sainte Marie Mère de Dieu, (1er janvier 2018)



Nombres 6, 22-27 (Vœux de paix et de bonheur)


Au seuil de l’an nouveau s’échangent des vœux de prospérité et de bonne santé. La liturgie, elle, nous offre la parole efficace de Dieu dans cette « bénédiction sacerdotale ». Ce texte semblait si sacré que les prêtres qui seuls pouvaient le prononcer ne le disaient qu’en hébreu à la synagogue, sans le traduire en araméen, la langue du peuple. Cette bénédiction se déploie en trois formules :

1) « Que le Seigneur te bénisse et te garde » : « Bénir c’est accroître la vie des hommes, garder c’est la protéger contre tout ce qui la menace. Les deux actions se complètent » (P. Buis).

2) « Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage... » Entrant en présence du souverain, nous souhaitons qu’il nous offre un visage souriant, signe de ses bonnes dispositions envers nous.

3) « Que le Seigneur tourne vers toi son visage... » Quand Israël est dans le malheur, il dit que Dieu a « détourné son visage » (cf. Psaume 44 [43], 25). Que Dieu nous regarde, qu’il s’occupe de nous, et son regard nous apportera la paix – en hébreu shalom, c’est-à-dire le bien-être, une pleine harmonie avec nous-mêmes, avec les autres, avec la création, et avec Dieu.

La bénédiction invoque trois fois le nom du « Seigneur » (Yahweh), pour marquer sa pleine présence. Au seuil de l’an nouveau, nous souhaitons une relation de paix sans nuage avec notre Dieu, un bien plus précieux que la santé.

Un texte biblique ne vaut pas seulement par son sens littéral premier, mais par le surcroît de sens que lui ont donné des générations de croyants. Dans le targoum araméen des synagogues anciennes, cette bénédiction est ainsi paraphrasée : « Que le Seigneur te bénisse en toutes tes occupations ! Qu’il te garde des démons de la nuit et des mauvais esprits, des démons de minuit et des démons de l’aurore, des démons des ruines et des démons du soir. » La valeur protectrice de cette bénédiction a perduré dans l’histoire chrétienne. François d’Assise avait recopié ce texte biblique de sa propre main pour que frère Léon le porte sur lui en une période de tentations et de dépression. Ainsi ce texte est devenu la prière des familles franciscaines.





Galates 4, 4-7 (Le Fils de Dieu né d’une femme)


Paul résume ici l’aventure chrétienne : sans la foi, nous étions des « esclaves ». Nous voici devenus libres et, mieux encore, « fils ». Aux versets 1 à 3, il rappelait qu’à son époque et dans sa société, l’enfant ne se distinguait guère de l’esclave, puisqu'il se trouvait soumis à toutes sortes de tutelles, jusqu’au jour où son père le déclarait majeur. Paul songe à une double situation d’enfance assujettie, d’immaturité : celle du païen, servant des dieux trompeurs, et celle du Juif, sujet de la Loi mosaïque.

Or, à présent, Dieu « a envoyé son Fils » avec mission de payer notre affranchissement de toutes ces tutelles. Le prix que payait le Christ pour cela était simplement celui de l’amour : une vie de solidarité, jusqu'à la mort, avec ceux qui « sont sujets de la Loi ». Dieu a aussi envoyé en nous l’Esprit de son Fils et nous entrons ainsi dans la relation de respect et d’amour qu’il a avec ce Fils. L’esclave n’a pas la parole. Au contraire, l’Esprit nous fait parler librement à Dieu comme à notre père, et même à notre « papa », selon le mot araméen Abba par lequel Jésus s’adressait à Dieu (voir Marc 14, 36).

Huit jours après Noël, l’Église honore *Marie par qui s’est réalisée, dans la simplicité d’un accouchement, cette union de Dieu avec l’humanité : car le Fils qui nous rachète est « né d'une femme ».


*Marie. Nulle part ailleurs Paul ne fait allusion à Marie. Notons le parallèle qu’il établit ici : « né d'une femme, né sous la Loi ». Cette double expression souligne d’abord la condition fragile du Fils, solidaire d’une humanité assujettie. Comme d’autres sages, Job s’exclamait : « L’homme, né de la femme, a la vie courte et des tourments à satiété ! » (Job 14, 1). C’est l’honneur de Marie d’avoir introduit le Fils de Dieu dans notre faiblesse.



Luc 2, 16-21 (Jésus fils de Marie)



L’épisode se déploie en quatre phases : c’est d’abord le message des bergers, puis les réactions intérieures de Marie et l’élargissement de l’annonce des bergers, première prédication de l’Évangile, et enfin la nomination de Jésus, lors de sa *circoncision « le huitième jour ».


L’annonce des bergers


Enfin, les bergers arrivent à la crèche ! L’évangile fait suite à celui que nous entendions la nuit de Noël. Les bergers ont obéi à l’ordre implicite de l’Ange et ils trouvent le signe annoncé : « le nouveau-né couché dans une mangeoire ». Modèle des pauvres qui ont reçu l’Évangile, ils deviennent à leur tour missionnaires, racontant ce que le Ciel leur a révélé (l’apparition d’un Sauveur, d’un Messie, d’un Seigneur). Outre Marie et Joseph, se trouvent sans doute là des parents et des voisins, car Luc imagine la présence d'un auditoire. Et, comme plus tard la prédication des apôtres, les paroles des bergers suscitent déjà deux réactions opposées : les uns en restent à un « étonnement » stérile, les autres accueillent le message (comparer Actes 17, 32-34 ou 28, 24-25).


Marie retenait tous ces événements


Ce deuxième camp est représenté par Marie, modèle de l’Église des humbles qui fait confiance à la Parole de Dieu. Selon l’évangéliste, Marie va de découverte en découverte, lorsqu’elle écoute l’ange Gabriel, puis Élisabeth, puis les bergers, avant de se laisser bientôt déconcerter par l’attitude du jeune Jésus retrouvé au Temple (Luc 2, 41-50). Disposée à l’accueil du mystère de Dieu, « elle retenait toutes ces choses et les méditait dans son cœur ». Ces paroles rappellent l’attitude de Daniel essayant de comprendre sa vision du Fils de l’homme et « gardant ces choses dans son cœur » (Daniel 7, 28), dans l’espérance de leur accomplissement. Si, en cette fête, nous saluons Marie comme la Mère de Dieu, ce titre lui vient d’abord de son écoute silencieuse, disponible et constante de la Parole de Dieu qui se livre au fil et au cœur des événements.


Les bergers, messagers de l’Évangile


Les bergers ont constaté et proclamé ce qui leur avait été annoncé. Ils repartent en rendant grâce publiquement « pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu ». Leur mission continue donc. Luc dessine en eux la figure des premiers apôtres. Car, plus tard, Pierre et Jean diront devant le tribunal : « Nous ne pouvons pas taire ce que nous vu et entendu » (Actes 4, 20), à savoir la puissance du Christ ressuscité.


Le Nom de Jésus


Le texte s’achève par une mention très sobre du rite de la circoncision, pratiqué selon la règle exacte huit jours après la naissance, un signe que saint Paul revendiquera pour sa part (Philippiens 3, 5). Ce rite scellait l’identité juive du nouveau-né, comme le signe de la Loi de Moïse et de l’Alliance conclue par Dieu avec Abraham. On ne saurait mieux illustrer l’affirmation de Paul (2e lecture) : « Il est né d’une femme, il a été sujet de la Loi. » L’évangéliste insiste davantage sur l’imposition à l’enfant du nom de Jésus (c’est-à-dire « le Seigneur sauve »), dernière mention de l’obéissance de Marie à la parole de Dieu (voir Luc 1, 31).


*La circoncision de Jésus. C’est cet événement que, selon le calendrier, la liturgie salue, « le huitième jour » (l’octave) après la nativité du Seigneur. Avant le Concile Vatican II, ce jour s’intitulait « la Circoncision de Notre Seigneur » et saluait ainsi l’enracinement humain de Jésus et la continuité de l’Alliance divine avec le Peuple élu : « Le Christ s’est fait ministre des circoncis en raison de la vérité de Dieu pour confirmer les promesses faites aux pères » (Romains 15, 8).



Page précédente           Sommaire Paroles pour prier           Accueil site