2e
dimanche ordinaire B (15 janvier 2012)
1 Samuel 3, 3b-10.19 (Vocation
de Samuel)
Samuel
servira Dieu pour établir la monarchie en Israël et
ouvrir ainsi l’histoire du Messie, fils de David. Pour le
moment, il est jeune. Sa mère l’a confié comme
serviteur au prêtre éli
qui dirigeait alors le temple de Silo (1 Samuel 1 – 2).
Mais les fils d’éli
sont des vauriens, et Dieu rejette cette famille sacerdotale. Sombre
période ! « Les oracles du Seigneur étaient
rares à cette époque, et les visions, peu fréquentes »
(verset 1).
Le
récit se fait poignant. Dieu se révélait alors
surtout aux prêtres. Il devrait donc parler à éli,
d’autant plus qu’il s’agit de ses fils (cf. versets
11-14). Mais le vieillard importuné comprend qu’il n’est
plus persona grata
auprès de Dieu. Avec une émouvante simplicité,
il invite Samuel à reconnaître le Seigneur qui
l’appelle, à se faire serviteur de sa parole,
c’est-à-dire prophète.
Astuce
courante des récits populaires, l’enfant joue par trois
fois les somnambules. Normalement, la troisième est la bonne.
Pas ici. éli
a-t-il saisi trop tard la vérité ? Dieu accepte
d’intervenir une quatrième fois parce que « Samuel
ne *connaissait
pas encore le Seigneur ». Moïse connut le Seigneur
dans l’éclat du Buisson ardent (Exode 3, 1-6), Élie
dans « le murmure d’une brise légère »
(1 Rois 19, 12), et Isaïe, dans les splendeurs de la liturgie du
Temple (Isaïe 6, 1-8). Samuel, l’adolescent, découvre
le Seigneur dans une parole intime, au cœur de sa nuit. Les
premiers disciples connaîtront le Seigneur (évangile)
dans l’homme qui leur dit : « Venez, et vous
verrez. »
* Connaître le Seigneur.
« Où donc t’ai-je trouvé, pour te
connaître ? Tu n’étais pas encore dans ma mémoire,
avant que je te connaisse... Ton meilleur serviteur est celui qui ne
songe pas à recevoir de toi la réponse qu’il
veut, mais plutôt à vouloir ce que tu lui dis »
(Saint Augustin,
Confessions).
1 Corinthiens 6, 13b-15a.17-20
(Notre corps appartient au Seigneur)
Certains chrétiens de
Corinthe hantent les mauvais lieux (cf. verset 15b). Manque aussi le
verset 16, base du raisonnement de Paul. L’acte charnel engage
toute la personne, selon l’adage de Genèse 2, 24 :
« Tous deux ne seront qu’une seule chair. »
Le chrétien cherche
l’union spirituelle avec son Seigneur : « il n’est
plus qu’un seul esprit » avec lui. L’impureté
est un assouvissement égocentrique, alors que *le
corps est fait pour
engager une relation vraie, dans la fidélité. Ainsi
« nos corps sont des membres du Christ ».
L’impureté « est un péché
contre le corps lui-même », c’est-à-dire
à la fois le corps personnel et le corps qu’est
l’Église, puisque cette impureté détourne
la personne de sa destination : appartenir au Seigneur, en
vivant la sexualité selon l’ordre institué par le
Créateur.
Le judaïsme comparait
le corps à une bâtisse abritant le souffle de vie (cf.
2 Corinthiens 5, 1-2). Mais le corps du baptisé, comme
l’Église entière (1 Corinthiens 3, 16-17), est
devenu la demeure de l’Esprit Saint et ne saurait être
profané. Le mot « corps » désignait
aussi l’esclave dans les actes de vente (« j’ai
acheté tant de corps… »). Pour nous
affranchir, « le Seigneur nous a achetés très
cher ». Nous lui appartenons. Nous lui ferions injure si
nous retournions à l’esclavage de l’impureté.
Pour Paul, la sexualité
n’est pas la satisfaction d’un besoin. Elle exprime
l’homme en son entier, son corps, pôle de ses relations,
sa chair et son esprit. Elle est un chemin de sanctification
(comparer 1 Thessaloniciens 4, 3-8).
* Le corps.
« Les époux qui s’unissent ne
sont plus deux chairs mais une seule, et
l’homme ne doit pas séparer ce
que Dieu a uni. Telle est la réponse
que le Christ fit jadis aux paharisiens. Aujourd’hui,
écoutez-moi, vous les marchands de mariage, qui changez de
femmes comme de manteaux, vous qui bâtissez des foyers aussi
facilement que des baraques de foire, vous qui épousez les
richesses et trafiquez des femmes, vous qui, au moindre grief,
écrivez l’acte de répudiation (…).
Persuadez-vous que seuls la mort et l’adultère peuvent
briser un mariage. Une union légitime et vraie n’est
point commerce de prostituée, ni éphémère
jouissance » (Astère,
évêque d’Amasée, en Turquie, 5e
siècle).
Jean 1, 35-42 (vocation des trois premiers disciples)
Du Baptiste à Jésus
L’ordre
d’apparition des disciples de Jésus et les circonstances
de leur appel divergent entre Jean et les autres évangiles
(comparer, dimanche prochain, Marc 1, 16-20). Jean bâtit
l’épisode en deux volets (nous n’en lisons que le
premier) : deux disciples du Baptiste suivent Jésus, dont
André. Ce dernier conduit à Jésus son frère
Simon-Pierre. Second volet (versets 43-51) : Philippe suit
Jésus, puis il conduit Nathanaël à Jésus.
Du
point de vue chronologique, Jean doit avoir raison : les premières
recrues du Christ viennent du cercle de Jean Baptiste, les uns
directement, d’autres par liens de parenté ou de
voisinage. L’évangéliste insiste sur un point :
c’est Jésus qui appelle. Mais, comme le prêtre éli
avait amené Samuel à connaître le Seigneur et à
lui répondre (1ère
lecture), de même, surprenants sont les intermédiaires
qui nous conduisent à Jésus, au fil de notre vie
chrétienne.
L’appel
des deux premiers disciples
L’un des deux est
André ; l’autre reste un anonyme. « Suivre »
(trois fois dans le texte) est le propre du « disciple ».
Ils sont en recherche (« Que cherchez-vous »).
Ils appellent Jésus « Rabbi », un titre
dont l’élève honorait son maître. Mais,
chez Jean, cette dénomination appelle souvent un correctif de
la part de Jésus : Suis-je un « Rabbi »
? « Venez, et vous verrez ». En trois verbes,
l’évangéliste
résume ce qu’est un disciple : il « vient »
à Jésus, il « voit » ses paroles
et ses œuvres, et « demeure » fidèlement
auprès de lui. « Demeurez en moi, et moi en vous »
(Jean 15, 4).
La mention des « quatre
heures du soir » ajoute l’indice d’un
témoignage personnel et suggère une longue soirée
de découverte mutuelle.
Un
appel contagieux : Simon-Pierre
Ce
sont les membres de l’Église de Jean qui peuvent dire :
« nous avons trouvé le Messie », s’ils
sont plutôt de langue araméenne, ou « nous
avons trouvé le Christ », s’ils sont
d’origine grecque. En une soirée, comme le montrent les
autres évangiles, André et son compagnon ne
pouvaient parvenir encore à une telle découverte. Mais,
dans l’appel des premiers disciples, l’évangéliste
résume différents paliers à franchir pour un
*progrès dans
notre foi.
L’ensemble de
l’épisode se trouve enclos par la mention de deux
« regards », celui du Baptiste qui voit qui est
Jésus et lui abandonne ses disciples, et le regard de Jésus
sur Pierre qui révèle sa mission future : il sera Képha
(en araméen « roc »), porte-parole de la foi
des Douze (Jean 6, 67), et pasteur du troupeau (Jean 21, 15-17).
À la différence
des trois autres évangiles, Jean ne fait pas de Pierre le
premier des appelés. L’Église de Jean est marquée
par un sens aigu de la communion entre chaque disciple et son
Seigneur, une communion censée assurer l’unité
des croyants. Elle répugnera longtemps à se soumettre à
« la grande Église », plus
institutionnelle, qui se réclame de Pierre. Elle y viendra
pourtant, car une Église mal structurée court à
sa perte. Mais répondre dans l’unité à
l’appel du Christ n’a jamais été un cadeau
tout préparé. C’est un projet, un discernement
des événements.
* Le progrès dans la foi.
Péniblement, après des mois de compagnonnage, Pierre
parvient à balbutier : « Tu es le Christ »
(Marc 8, 29). Jean 1, 35-51, dit tout en deux jours : « Nous
avons trouvé le Messie », « dont parlent la
loi de Moïse et les prophètes », « le
Fils de Dieu, le roi d’Israël ». Ces formules
juives traditionnelles, Jésus les complète en se
révélant comme « le Fils de l’homme »,
venu du Père et retournant vers lui. Nous devons passer par
diverses formulations de la foi, jusqu’à ce que Jésus
se révèle à nous au-delà des formules.
Quant au Baptiste, il présente Jésus comme « l’Agneau
de Dieu ». Cette expression énigmatique joint
intentionnellement plusieurs figures bibliques : il est l’agneau
pascal qui sauve le peuple de Dieu ; il est le nouveau Moïse
que des légendes juives annonçaient comme un agneau ;
il est encore le Serviteur de Dieu, souffrant, « comme un
agneau conduit à l’abattoir » (Isaïe 53,
7 – 1ère
lecture du vendredi saint).