Parole de Vie..   
Commentaires du Père Claude Tassin

22e dimanche ordinaire A (3 septembre 2017)




Jérémie 20, 7-9 (Le prophète doit souffrir pour son Dieu)


Au 12e dimanche A, nous entendions un extrait de la dernière Confession de Jérémie, en parallèle avec l’annonce des persécutions qui attendent les témoins du Christ. Voici aujourd’hui un autre passage de la même ultime Confession. Nul ne saura jamais si ces lignes (Jérémie 11, 18 – 12, 6 ; 15, 10-21 ; 18, 18-23 ; 20, 7-18) viennent de Jérémie lui-même ou de disciples méditant sur la destinée tragique de tout porte-parole du Seigneur. Considérons trois aspects.

La déception. Le prophète reproche à Dieu d’avoir profité de sa jeunesse naïve pour le séduire comme une fille abusée (cf. Exode 22, 15) : « Tu m’as eu et me voici dans de beaux draps » (TOB) C’est l’amer constat que Dieu fait violence à ceux qu’il prend à son service. C’est aussi le langage ému de l’amour déçu. Lors de sa vocation (Jérémie 1, 4-10), Jérémie ne s’était pas attendu à ce qui lui arrive.

Les railleries. Le message qu’il porte annonce « violence et pillage », car Dieu a décidé de punir le péché d’Israël. Mais le peuple se ferme à cet appel. Non seulement on n’a pas écouté Jérémie pendant vingt-trois ans (Jérémie 25, 3), mais l’irritation des cœurs réfractaires se « défoule » en moqueries et injures continuelles contre le prophète.

Le feu de la Parole. La parole de Dieu est un feu, un marteau qui pulvérise le roc; par la bouche du prophète, elle jette l’incendie d’une colère réprobatrice (voir Jérémie 15, 14 ; 23, 29). Mais à présent, alors que Jérémie veut démissionner, cette parole brûle en son propre être *comme un feu dévorant qui doit sortir de sa prison.

Pour ceux qui sont passionnés de sa parole, Dieu reste plus fort que l’épreuve. Pour ceux qui aiment le Christ, même la croix (évangile) est acceptable.


* Comme un feu dévorant. L’homme « submergé par les eaux, touche le fond de la rivière. L’âme bouleversée, désespérée du prophète touche quelque chose de solide. Il y a, dans son cœur, comme un feu dévorant. Ne plus être prophète ? Impossible. Une résistance se manifeste, un devoir impérieux auquel il ne saurait être question de se soustraire, et qui est à la fois une cause de nouvelles souffrances et une source de certitudes irrésistibles. “Je ne puis le contenir.” On ne saurait trouver expression plus nette de la véritable nature de la vocation prophétique » (A. Æschimann, Le prophète Jérémie).




Romains 12, 1-2 (Le culte spirituel)


Ces deux versets ouvrent la partie de l’épître (Romains 12, 1 – 15, 13) qui livre des conseils pratiques pour la vie chrétienne quotidienne, conseils consécutifs aux développements théologiques qui précèdent.

« Je vous exhorte ». L’Apôtre propose d’abord une orientation fondamentale de l’existence chrétienne. Il le fait « au nom de la tendresse de Dieu », pour que nous répondions à cette tendresse déployée envers tous les hommes, Juifs ou païens.

La vie : un sacrifice perpétuel. À ceux qui pratiquent des sacrifices juifs d’alors, Paul lance cette invitation : offrez « votre personne », et non des animaux, « votre vie », et non des victimes mortes. Voilà ce qui plaît à Dieu. C’est là, littéralement, « votre culte spirituel », c’est-à-dire non matériel, un culte engageant le cœur et la raison. Comment alors réaliser ce don de soi ?

La vie : un constant renouvellement. Ce culte spirituel s’arrache aux idées toutes faites du « monde présent », y compris des médias. C’est un renouvellement des manières de penser qui cherche sans cesse à répondre à la volonté de Dieu, à vouloir et à faire ce que Dieu veut. Ce programme n’est rien d’autre que celui de l’alliance nouvelle, annoncée par Jérémie 31, 31-34, complétée par la prophétie du « coeur nouveau et de l’esprit nouveau » (Ézékiel 36, 25-27).

Tel est le culte chrétien. Pour cela, Paul a reçu « la fonction sacrée d’annoncer l’Évangile de Dieu, pour que les païens deviennent une offrande acceptée par Dieu » (Romains 15,16).




Matthieu 16, 21-27 (Le disciple du Christ doit souffrir avec son Maître)


Par l’intervention de Pierre, le texte se relie à l’épisode de dimanche dernier, la confession de foi de l’Apôtre. Mais c’est une nouvelle grande étape qui commence, marquée par une introduction solennelle : « À partir de ce moment, Jésus le Christ commença... » Jésus se prépare à monter à Jérusalem pour la passion. Chemin faisant, il instruira les siens sur les conversions nécessaires pour faire partie de l’Église confiée à Pierre. Distinguons trois parties.


La première annonce de la passion


En disant qu’il lui « faut » souffrir, Jésus ne parle pas d’une fatalité. Par ce verbe impersonnel, il évoque, comme les autres évangélistes, le plan de Dieu qu’il a accepté et qu’il dévoile maintenant aux disciples. Il identifie déjà les notables du sanhédrin qui provoqueront sa mort. La formule « ressusciter le troisième jour » vient du credo des premières Églises (cf. 1 Corinthiens 15, 4). Cette précision du troisième jour est moins chronologique que théologique. Elle vient de l’expression d’Osée 6, 2 : « Le troisième jour il nous relèvera et nous vivrons ». Les commentateurs juifs anciens lisaient dans ce verset une prophétie de la résurrection des justes à la fin des temps.


La réprimande de Pierre


Même croyant en la résurrection des justes, Pierre se révolte à l’idée d’un passage du Seigneur par la mort humiliante de *la croix. Passe « derrière moi », dit Jésus : reprends ta place de disciple ! Tu fais obstacle au plan de Dieu sur moi. Cette rebuffade dessine un contraste avec la béatitude adressée naguère à Pierre (Matthieu 16, 17). Celui-ci a su dire sa foi, mais sa révolte procède encore de l’égocentrisme des « pensées des hommes » ; surtout, elle sert « Satan », tout un univers hostile à la mission du Christ. Au fond, les protestations de Pierre qui s’entend dire : « passe derrière moi, Satan », concrétisent une tentation sans doute récurrente au long de la vie de Jésus, surtouit de la part de ses amis, celle de s’affirmer en messie politique glorieux. C’est ce que lui avait proposé le diable qui, comme à Pierre, s’était entendu dire : « Retire-toi, Satan ! » (Matthieu 4, 10).


L’instruction aux disciples


Tel le condamné traversant avec sa croix la foule hostile, ceux qui veulent suivre Jésus se dépouilleront de tout amour-propre. Ils trouveront leur dignité dans leur ressemblance au Christ de la Passion. Trois sentences, bâties sur le mot « vie », illustrent ce choix. 1) Le couple « sauver/perdre » se comprend ainsi : qui se prend lui-même pour le centre de son existence, celui-là a perdu d’avance ; mais qui semble « rater » sa vie parce qu’il suit le Christ, celui-là réussira. 2) Car la vie de l’homme ne s’identifie pas à son avoir, même s’il « gagne le monde entier ». 3) Viennent des moments où il éprouve l’indigence confessée par le psalmiste : « Nul ne peut payer à Dieu sa rançon » (Psaume 48 [49], 8). Mais celui qui suit le Christ ne va pas au hasard de ses fragilités. Il est responsable de sa route au bout de laquelle il y a le jugement du Fils de l’homme. Celui-ci montre le chemin, le suit lui-même dans l’humilité de la croix et il reçoit de Dieu le soin de rendre à chacun selon sa conduite.


Le Fils de l’homme dans la gloire de son Père


Même si la venue du Christ glorieux tarde, et c’est bien le terme de l’aventure, les disciples ne seront pas abandonnés aux douleurs de la croix : dès maintenant, ils éprouveront la puissance du Fils de l’homme dans leur existence. La souffrance et la mort ne doivent pas être une pierre d’achoppement pour la foi.


* La croix. « Nous ne devons pas rougir de la mort de notre Seigneur ; bien au contraire, nous devons y mettre toute notre confiance et y trouver toute notre gloire. Du fait même qu’il recevait de nous la mort qu’il trouvait en nous, il nous a promis, dans sa grande fidélité, de nous donner en lui la vie que nous ne pouvons pas tenir de nous. (…) Confessons hardiment et même professons que le Christ a été crucifié pour nous ; proclamons-le sans crainte, mais avec joie ; sans honte, mais avec fierté » (saint Augustin).



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