Parole de Vie..   
Les homélies du Père François Nicolas

28e dimanche A . 15 octobre 2017. Les invités à la noce.

Le repas sur la montagne

Avec beaucoup de poésie, le prophète Isaïe nous décrit son attente du « Jour du Seigneur » lequel, malgré les difficultés du moment, était au cœur de l’attente du Peuple de Dieu : « ce jour-là » nous dit-il, ce sera vraiment la vie rêvée, une vie nouvelle aura commencé, faite de communion aussi avec Dieu ainsi qu’entre nous. Le Seigneur sera près de chacun au cœur de la fête,  « essuyant les larmes sur tous les visages » ! Et pour le suggérer, l’image choisie est celle d’un extraordinaire festin rassemblant tous les convives sur la « montagne » de Dieu. De plus tous les peuples et toutes les nations sont invités : quelle ouverture sur les perspectives d’un salut ouvert à tous ! Terminées les humiliations, les détresses (bien souvent conséquences de nos frontières terrestres) et oubliée surtout : la mort…!

Nous serions peut-être tentés de trouver très terre à terre cette description d’un festin avec abondance de viandes grasses et de vins capiteux… et pourtant Jésus reprend lui-même cette image de la tradition biblique pour évoquer le bonheur qu’Il nous promet à l’arrivée dans son Royaume : un vrai repas de noces ! Pour comprendre cela, rappelons-nous que dans la vie ordinaire les repas sont les moments où nous pouvons exprimer le mieux notre faim et notre soif d’amitié et de « convivialité » : ceux que l’on prépare pour une noce en sont la plus belle expression. Quiconque veut exprimer la plénitude du bonheur humain sait que le corps et l’âme sont appelés à y participer ensemble. Et nous savons que dans « l’au-delà » du Royaume (celui de notre vie de ressuscités) notre corps sera également associé à notre bonheur définitif, d’une façon différente d’aujourd’hui mais bien plus grande encore : peut-être que l’image de l’eucharistie peut nous aider à entrer dans ce mystère.

L’eucharistie

Jésus n’a pas seulement parlé du repas pour donner une image du Royaume : Il a aussi institué l’Eucharistie : par elle nous partageons son corps et son sang rendus présents sur la table de l’autel. En recevant le Corps du Christ, le sacrifice de la Croix devient nôtre : Il est la source de notre bonheur ; nous y participons et nous y « communions » ensemble, corps et âmes. Ainsi grandit ce Corps du Christ dont nous sommes membres, chacun grandissant selon le besoin qui est le sien.

Comment ne pas désirer profondément répondre à l’invitation de participer à ce repas dont nous savons qu’il célèbre et fait rayonner dans toute notre vie l’amour que le Seigneur a pour nous ?

Une invitation pressante

Pour nous, la participation à l’eucharistie du dimanche est traditionnellement l’appel qui parvient en premier à notre conscience. Il faut reconnaitre que la réponse n’est pas toujours facile à donner : des propositions sportives et autres, pour les adultes et peut-être plus encore en direction des enfants rendent les choix de plus en plus méritants ; sans parler du travail du dimanche devenu un complément de salaire recherché. Trouvera-t-on d’ailleurs, au village du week-end une église avec une célébration ? Sans parler d’autres excuses : « il y a trop de vieux et les enfants s’ennuient », « on comprend mal le prêtre qui vient d’ailleurs » ou « il n’a pas la bonne façon de célébrer ». Les objections ne manquent pas, mais c’est ici que l’on reconnaît les exemples donnés par Jésus dans l’évangile : la plupart des motifs donnés par les invités pour ne pas venir étaient sérieux et valables. Il manquait une chose pour donner priorité à l’invitation au festin de noces : la priorité du cœur !

Dans la vie quotidienne, nous nous arrangeons toujours pour trouver le temps de rencontrer une personne que nous aimons, et plus nous l’aimons plus nous devenons inventifs. Bien des familles chrétiennes deviennent ainsi inventives pour rejoindre ce moment de fête qu’est l’eucharistie, en y apportant d’ailleurs leur participation active. Faute d’avoir convaincu ses relations habituelles, le maître de maison s’est tourné vers de nouveaux invités, venant de partout.

Dans certaines paroisses, les participants habituels semblent avoir été remplacés par des « migrants », des personnes venant d’horizons bien différents : ils sont venus parce qu’ils ont faim et soif. Mais les invités habituels, pourquoi se sentent-ils obligés de « consommer » pour en perdre progressivement cette faim et cette soif ?

La robe nuptiale

Lorsque nous venons à la célébration eucharistique, le Christ nous attend en quelque sorte chez lui, heureux de nous voir venir nous rassembler entre nous et autour du Père. Lorsque nous arrivons le Seigneur voit tout de suite quelle est la disposition de notre cœur. Nous pouvons venir comme le pharisien : en « bon pratiquant » fier de l’être et jugeant ceux qui ne sont pas là ou ne sont pas comme nous : notre cœur a-t-il alors la vraie « robe nuptiale » ? Nous pouvons venir comme le publicain, en pauvre parmi les pauvres, présentant ce que nous sommes à la miséricorde du Seigneur et nous abstenant de juger quiconque. Le Seigneur nous dira alors si notre cœur est bien habillé, et il le réajustera lui-même, nous mettant à l’aise pour le repas de noces.





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