Parole de Vie..   
Commentaires du Père Claude Tassin

2e dimanche ordinaire B (14 janvier 2018)



1 Samuel 3, 3b-10.19 (Vocation de Samuel)


Samuel servira Dieu pour établir la monarchie en Israël et ouvrir ainsi l’histoire du Messie, fils de David. Pour le moment, il est jeune. Sa mère l’a confié comme serviteur au prêtre éli qui dirigeait alors le temple de Silo (1 Samuel 1 – 2). Mais les fils d’éli sont des vauriens, et Dieu rejette cette famille sacerdotale. Sombre période ! « Les oracles du Seigneur étaient rares à cette époque, et les visions, peu fréquentes » (verset 1).

Le récit se fait poignant. Dieu se révélait alors surtout aux prêtres. Il devrait donc parler à éli, d’autant plus qu’il s’agit de ses fils (cf. versets 11-14). Mais le vieillard importuné comprend qu’il n’est plus persona grata auprès de Dieu. Avec une émouvante simplicité, il invite Samuel à reconnaître le Seigneur qui l’appelle, à se faire serviteur de sa parole, c’est-à-dire prophète.

Astuce courante des récits populaires, l’enfant joue par trois fois les somnambules. Normalement, la troisième est la bonne. Pas ici. éli a-t-il saisi trop tard la vérité ? Dieu accepte d’intervenir une quatrième fois parce que « Samuel ne *connaissait pas encore le Seigneur ». Moïse connut le Seigneur dans l’éclat du Buisson ardent (Exode 3, 1-6), Élie dans « le murmure d’une brise légère » (1 Rois 19, 12), et Isaïe, dans les splendeurs de la liturgie du Temple (Isaïe 6, 1-8). Samuel, l’adolescent, découvre le Seigneur dans une parole intime, au cœur de sa nuit. Les premiers disciples connaîtront le Seigneur (évangile) dans l’homme qui leur dit : « Venez, et vous verrez. »


* Connaître le Seigneur. « Où donc t’ai-je trouvé, pour te connaître ? Tu n’étais pas encore dans ma mémoire, avant que je te connaisse... Ton meilleur serviteur est celui qui ne songe pas à recevoir de toi la réponse qu’il veut, mais plutôt à vouloir ce que tu lui dis » (Saint Augustin, Confessions).




1 Corinthiens 6, 13b-15a.17-20 (Notre corps appartient au Seigneur)


Certains chrétiens de Corinthe hantent les mauvais lieux (cf. verset 15b). Manque aussi le verset 16, base du raisonnement de Paul. L’acte charnel engage toute la personne, selon l’adage de Genèse 2, 24 : « Tous deux ne seront qu’une seule chair. »

Le chrétien cherche l’union spirituelle avec son Seigneur : « il n’est plus qu’un seul esprit » avec lui. L’impureté est un assouvissement égocentrique, alors que *le corps est fait pour engager une relation vraie, dans la fidélité. Ainsi « nos corps sont des membres du Christ ». L’impureté « est un péché contre le corps lui-même », c’est-à-dire à la fois le corps personnel et le corps qu’est l’Église, puisque cette impureté détourne la personne de sa destination : appartenir au Seigneur, en vivant la sexualité selon l’ordre institué par le Créateur.

Le judaïsme comparait le corps à une bâtisse abritant le souffle de vie (cf. 2 Corinthiens 5, 1-2). Mais le corps du baptisé, comme l’Église entière (1 Corinthiens 3, 16-17), est devenu la demeure de l’Esprit Saint et ne saurait être profané. Le mot « corps » désignait aussi l’esclave dans les actes de vente (« j’ai acheté tant de corps… »). Pour nous affranchir, « le Seigneur nous a achetés très cher ». Nous lui appartenons. Nous lui ferions injure si nous retournions à l’esclavage de l’impureté.

Pour Paul, la sexualité n’est pas la satisfaction d’un besoin. Elle exprime l’homme en son entier, son corps, pôle de ses relations, sa chair et son esprit. Elle est un chemin de sanctification (comparer 1 Thessaloniciens 4, 3-8).


* Le corps. « Les époux qui s’unissent ne sont plus deux chairs mais une seule, et l’homme ne doit pas séparer ce que Dieu a uni. Telle est la réponse que le Christ fit jadis aux paharisiens. Aujourd’hui, écoutez-moi, vous les marchands de mariage, qui changez de femmes comme de manteaux, vous qui bâtissez des foyers aussi facilement que des baraques de foire, vous qui épousez les richesses et trafiquez des femmes, vous qui, au moindre grief, écrivez l’acte de répudiation (…). Persuadez-vous que seuls la mort et l’adultère peuvent briser un mariage. Une union légitime et vraie n’est point commerce de prostituée, ni éphémère jouissance » (Astère, évêque d’Amasée, en Turquie, 5e siècle).



Jean 1, 35-42 (vocation des trois premiers disciples)

Du Baptiste à Jésus

L’ordre d’apparition des disciples de Jésus et les circonstances de leur appel divergent entre Jean et les autres évangiles (comparer, dimanche prochain, Marc 1, 16-20). Jean bâtit l’épisode en deux volets (nous n’en lisons que le premier) : deux disciples du Baptiste suivent Jésus, dont André. Ce dernier conduit à Jésus son frère Simon-Pierre. Second volet (versets 43-51) : Philippe suit Jésus, puis il conduit Nathanaël à Jésus.

Du point de vue chronologique, Jean doit avoir raison : les premières recrues du Christ viennent du cercle de Jean Baptiste, les uns directement, d’autres par liens de parenté ou de voisinage. L’évangéliste insiste sur un point : c’est Jésus qui appelle. Mais, comme le prêtre éli avait amené Samuel à connaître le Seigneur et à lui répondre (1ère lecture), de même, surprenants sont les intermédiaires qui nous conduisent à Jésus, au fil de notre vie chrétienne.


L’appel des deux premiers disciples


L’un des deux est André ; l’autre reste un anonyme. « Suivre » (trois fois dans le texte) est le propre du « disciple ». Ils sont en recherche (« Que cherchez-vous »). Ils appellent Jésus « Rabbi », un titre dont l’élève honorait son maître. Mais, chez Jean, cette dénomination appelle souvent un correctif de la part de Jésus : Suis-je un « Rabbi » ? « Venez, et vous verrez ». En trois verbes, l’évangéliste résume ce qu’est un disciple : il « vient » à Jésus, il « voit » ses paroles et ses œuvres, et « demeure » fidèlement auprès de lui. « Demeurez en moi, et moi en vous » (Jean 15, 4).

La mention des « quatre heures du soir » ajoute l’indice d’un témoignage personnel et suggère une longue soirée de découverte mutuelle.


Un appel contagieux : Simon-Pierre


Ce sont les membres de l’Église de Jean qui peuvent dire : « nous avons trouvé le Messie », s’ils sont plutôt de langue araméenne, ou « nous avons trouvé le Christ », s’ils sont d’origine grecque. En une soirée, comme le montrent les autres évangiles, André et son compa­gnon ne pouvaient parvenir encore à une telle découverte. Mais, dans l’appel des premiers disciples, l’évangéliste résume différents paliers à franchir pour un *progrès dans notre foi.

L’ensemble de l’épisode se trouve enclos par la mention de deux « regards », celui du Baptiste qui voit qui est Jésus et lui abandonne ses disciples, et le regard de Jésus sur Pierre qui révèle sa mission future : il sera Képha (en araméen « roc »), porte-parole de la foi des Douze (Jean 6, 67), et pasteur du troupeau (Jean 21, 15-17).

À la différence des trois autres évangiles, Jean ne fait pas de Pierre le premier des appelés. L’Église de Jean est marquée par un sens aigu de la communion entre chaque disciple et son Seigneur, une communion censée assurer l’unité des croyants. Elle répugnera longtemps à se soumettre à « la grande Église », plus institutionnelle, qui se réclame de Pierre. Elle y viendra pourtant, car une Église mal structurée court à sa perte. Mais répondre dans l’unité à l’appel du Christ n’a jamais été un cadeau tout préparé. C’est un projet, un discernement des événements.


* Le progrès dans la foi. Péniblement, après des mois de compagnonnage, Pierre parvient à balbutier : « Tu es le Christ » (Marc 8, 29). Jean 1, 35-51, dit tout en deux jours : « Nous avons trouvé le Messie », « dont parlent la loi de Moïse et les prophètes », « le Fils de Dieu, le roi d’Israël ». Ces formules juives traditionnelles, Jésus les complète en se révélant comme « le Fils de l’homme », venu du Père et retournant vers lui. Nous devons passer par diverses formulations de la foi, jusqu’à ce que Jésus se révèle à nous au-delà des formules. Quant au Baptiste, il présente Jésus comme « l’Agneau de Dieu ». Cette expression énigmatique joint intentionnellement plusieurs figures bibliques : il est l’agneau pascal qui sauve le peuple de Dieu ; il est le nouveau Moïse que des légendes juives annonçaient comme un agneau ; il est encore le Serviteur de Dieu, souffrant, « comme un agneau conduit à l’abattoir » (Isaïe 53, 7 – 1ère lecture du vendredi saint).



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