Parole de Vie..   
Commentaires du Père Claude Tassin

2e dimanche de carême A (12 mars 2017)



Genèse 12, 1-4a (La vocation d’Abraham)

Dans le parcours d’Ancien Testament que proposent les dimanches de Carême, nous passons d’Adam à Abraham, avant que, la semaine prochaine, la liturgie nous propulse dans l’expérience de l’Exode d’Israël au désert.

Abraham se met en route sous l’horizon d’une promesse du Seigneur. Telle est l’aventure de la foi. Rien n’est dit des sentiments du patriarche (son silence peut prêter à tous les *romans) : c’est la promesse de Dieu qui dévore tout l’espace du texte que nous lisons et qui se résume dans le motif de la bénédiction qui revient quatre fois. La malédiction divine n’est qu’une exception, mais elle signale que, par une conduite inconsidérée, la descendance du patriarche pourrait attirer la malédiction divine.

À l’origine, l’auteur biblique de ce passage solennel de la Genèse pense, d’un point de vue politique et religieux, à la dynastie de David. C’est par le roi David que le clan d’Abraham deviendra une grande nation. Elle a la responsabilité d’apporter la bénédiction divine aux peuples vassaux, les « familles de la terre », à charge pour ces dernières, d’accueillir les bienfaits de Dieu par une bonne entente avec la descendance du patriarche.

Mais, au fond, mises à part ces visées politiques indéniables et si nous plongeons dans les racines profondes du texte biblique, que promet Dieu à son élu ? Ce qui fait, pour un être humain, que la vie est vraiment une vie : une descendance, une terre à soi, une renommée et l’harmonie avec les autres hommes. Dieu nous promet ce à quoi nous aspirons. Ou, en regard, nous aspirons à ce que Dieu nous destine. Tel est le chemin de la foi au long duquel s’affinent nos désirs, jusqu’à ce que nous saisissions que nous aspirons à « la vie et l’immortalité » manifestées dans le destin du Christ (2e lecture). Au patriarche qui n’est rien, Dieu promet tout. C’est pourquoi, selon Paul, la foi d’Abraham est en germe la foi en la résurrection (cf. Romains 4, 13-17).


* Un Abraham romancé… si interessant pour notre foi ! Selon certaines légendes juives anciennes, Abraham a quitté sa Chaldée natale parce qu’il avait découvert le vrai et unique Dieu et que ses compatriotes idolâtres voulaient le supprimer. C’est pourquoi le patriarche est l’ancêtre des païens (Romains 4, 11-12) qui, comme lui, se convertissent au vrai Dieu. En outre, selon d’autres antiques légendes, quand Dieu dit : « Va dans le pays que je te montrrai », il envoie Abraham à Harran (Genèse 12, 4), et non en Terre promise. Abraham restera à jamais un étranger (Actes 7, 2-8). Le judaïsme et le christianisme, enfants d’Abraham, sont à jamais, par vocation…, une diaspora.




2 Timothée 1, 8b-10 (Dieu nous appelle à connaître sa gloire)


Vingt ou trente ans après la disparition de Paul, la physionomie des Églises fondées par l’Apôtre a bien changé. Face à de nouveaux problèmes, celles-ci risquent de considérer le message de Paul, son « Évangile », comme dépassé, sans utilité pour les épreuves nouvelles. C’est alors qu’inspiré par l’Esprit Saint, un disciple anonyme écrit ce que Paul, s’il était encore là, dirait à Timothée. À l’exemple de Paul, le martyr, les responsables chrétiens doivent « prendre leur part de souffrance » (comparer 2 Timothée 8,-13 : « Souviens-toi de Jésus Christ… ». Or, il s’agit de défendre l’Évangile qui se résume en deux étapes :

1. « Avant tous les siècles », Dieu avait un projet, qui était pour lui cause entendue. Il nous a sauvés. Il nous a donné pour vocation d’accéder à ce salut qui est « grâce », don gratuit, et non récompense de nos improbables mérites. Cet aspect nous renvoie à la 1ère lecture, à la vocation gratuite d’Abraham.

2. « Par l’annonce de l’Évangile », la prédication missionnaire que nous avons entendue, ce projet est devenu « visible à nos yeux » dans une épiphanie, une manifestation divine qui est d’abord le destin du Christ Jésus, c’est-à-dire sa victoire sur la mort. Connaissant cette première épiphanie, symbolisée par la scène de la Transfiguration (cf. évangile), nous attendons une nouvelle épiphanie, le lever final de « la vie et de l'immortalité » du mystère pascal sur la nuit de nos épreuves.



Matthieu 17, 1-9 (La Transfiguration)


Chaque année, le 2e dimanche de Carême nous donne à entendre la scène de la *Transfiguration annonçant la gloire pascale de Jésus et notre propre transfiguration, quotidienne et à venir.


Une mise en scène symbolique


Le premier verset campe les acteurs et des lieux riches de symboles.

1) Si on se tourne vers l’Ancien Testament, on découvre en Jésus un nouveau Moïse. Moïse avait gravi la montagne avec trois compagnons privilégiés, et la gloire de Dieu s’était révélée à lui après six jours (mention omise par le lectionnaire ; cf. Exode 24, 15-16) ; lui-même avait été transfiguré (cf. Exode 34, 29).

2) Chez Matthieu, la montagne est le lieu symbolique qui révèle le Fils à qui Dieu remet tout pouvoir, depuis le mont de la tentation jusqu’à celui de l’apparition pascale (comparer Matthieu 4, 8-10 et 28, 16-18). On verra Pierre, Jacques et Jean de nouveau réunis en 26, 37 à Gethsémani. Témoins de l’épreuve de Jésus, ils auront ainsi découvert par avance la gloire du Fils de Dieu.


Une vision de la gloire du Christ


La première scène offre une expérience visuelle. Elle montre Jésus doté de l’éclat des personnages célestes. « Son visage brille comme le soleil » parce qu’il est l’avant-garde de ceux qui « resplendiront comme le soleil dans le Royaume de leur Père » (Matthieu 13, 43). Apparaissent Moïse et Élie. Eux aussi avaient rencontré Dieu sur la montagne (Exode 34 ; 1 Rois 19, 9-14), et les scribes juifs annonçaient leur retour au seuil de l’avènement du Règne de Dieu (cf. Matthieu 17, 10-14). Aux yeux de l’évangéliste (voir Matthieu 5, 17), ils concrétisent surtout « la Loi et les Prophètes ». Leur présence atteste que Jésus accomplit en plénitude leur antique mission. En Matthieu 16, 22, Pierre repoussait l’idée de la Passion. Dans la même ligne, il aimerait, dans cet épisode de la Transfiguration, que l’histoire s’arrête là : Pourquoi ne pas ériger sur-le-champ ces tentes considérées comme les demeures éternelles du ciel (cf. Apocalypse 7, 15) ?


Une révélation du Père


La seconde scène est une expérience auditive, sous la nuée lumineuse qui symbolisait la présence de Dieu durant la marche au désert et qui, selon certains, réapparaîtrait à la fin des temps (cf. 2 Maccabées 2, 8). La voix céleste répète le message du Baptême de Jésus (Matthieu 4, 17). Elle ajoute : « Écoutez-le », un avertissement que Dieu lançait à son peuple en lui annonçant la venue du nouveau Moïse (en Deutéronome 18, 15). Matthieu ajoute la frayeur et la prostration des disciples. Leur réaction est celle des visionnaires à qui Dieu accorde une apocalypse, une révélation, et qui ont besoin d’un messager céleste pour les relever et les rassurer : « Relevez-vous et n’ayez pas peur » (cf. Daniel 10, 9-12).


Car, selon la finale de l’épisode, c’est bien « une vision » qu’ont eue les disciples. Celle-ci atteste que Jésus accomplit la Loi et les Prophètes ; elle confirme la justesse de la foi proclamée par Pierre en Matthieu 16, 16 ; elle promet la même transfiguration à ceux qui suivent Jésus au milieu des épreuves. Elle ne livrera sa totale vérité qu’avec la résurrection du « Fils de l’homme », pour nous que le baptême transfigure déjà, comme l’écrit saint Paul : « Nous reflétons tous la gloire du Seigneur, et nous sommes transfigurés en son image avec une gloire de plus en plus grande, par l’action du Seigneur qui est Esprit » (2 Corinthiens 3, 18).


* Transfiguration. « Par cette transfiguration le Seigneur voulait avant tout prémunir ses disciples contre le scandale de la croix et, en leur révélant toute la grandeur de sa dignité cachée, empêcher que les abaissements de sa passion volontaire ne bouleversent leur foi. Mais il ne prévoyait pas moins de fonder l’espérance de l’Église, en faisant découvrir à tout le corps du Christ quelle transformation lui serait accordée ; ses membres se promettraient de partager l’honneur qui avait resplendi dans leur chef » (Saint Léon le Grand, pape, 5e siècle).


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