Présentation du Seigneur au Temple (2 février
2012)
Malachie 3, 1-4 (Le Seigneur
vient dans son Temple pour nous purifier)
Le prophète Malachie
exerce son ministère vers l’an 450 avant notre ère,
une époque marquée par la corruption, la tiédeur
de la foi et la négligence dans le culte. En outre, les Exilés
revenus de Babylone n’ont pas pu recouvrer leurs propriétés,
tombées entre les mains des gens restés au pays, et
l’on comprend qu’ils aient voulu récupérer
leurs biens plutôt de se préoccuper du Temple. « Où
est le Dieu de la justice ? » (2, 17), demandent-ils. En
réponse, le prophète annonce le prompt jugement de
Dieu.
Il parle du Messager
(c’est le sens même du nom « Malachie » :
un pseudonyme ?) qui lui prépare le chemin. Mais la suite
du texte montre que le Seigneur et le messager de l’Alliance
sont un même personnage. Dieu intervient dans le personnel du
Temple dont le prophète déplorait le relâchement.
Son jugement n’est pas une condamnation, mais une purification,
traduite par les images énergiques du feu et de la lessive.
Dieu purifie les prêtres, « fils de Lévi »,
dénoncés pour leurs négligences en Malachie 1, 6
– 2, 9. Dès lors, le culte retrouvera sa pureté
traditionnelle « des jours anciens ». Alors
tout le peuple juif, la Ville sainte et la province (Juda), sera
exaucé quand il implorera la justice de Dieu. La tradition
chrétienne voit Jean Baptiste dans « le Messager »
(Marc 1, 2), et la Présentation de Jésus accomplit
l’oracle de Malachie sur la venue du Seigneur en son Temple.
Hébreux 2, 14-18 (Un
prêtre en tout semblable à nous)
Qui
me permettra d’accéder auprès de Dieu, le Tout
Autre et l’Invisible ? Quel médiateur trouverai-je qui
appartienne pleinement aux deux côtés en présence
? Pour la Lettre aux Hébreux, Jésus seul accomplit cet
idéal, et non pas les anges, comme le pensaient certains
lecteurs d’alors et comme certains chrétiens se donnent
d’autres médiateurs auprès de Dieu que Jésus
Christ.
L’auteur
de la lettre a déjà établi que le Christ est
Fils de Dieu, supérieur aux anges, appartenant réellement
au monde divin. Mais, du côté humain, Jésus a
partagé notre « nature de chair et de sang »,
c’est-à-dire la faiblesse qui a la mort pour horizon. La
mort est liée au « démon », aux
forces du mal, en cela qu’elle interrompt de manière
injuste tout projet et toute relation, même avec Dieu (cf.
Isaïe 38, 18). L’homme ne peut se soustraire à
cette « situation d’esclaves ».
Or
Jésus peut appeler les hommes « ses frères »,
puisqu’il a accepté l’épreuve de la
Passion, de la mort. Et puisque Dieu l’a fait accéder
auprès de lui par la résurrection, le Christ libère
ces frères de la crainte de la mort comme d’une impasse.
Il nous porte aujourd’hui secours dans l’épreuve
des tentations. Il accomplit ce que le judaïsme attendait du
*grand prêtre.
Il est « miséricordieux » car par sa
Passion il connaît nos épreuves, et « fidèle »,
crédible et accrédité, puisqu’il est
délégué par Dieu. Ce destin de solidarité
s’ouvre, lorsque, soumis à la Loi de Moïse, Jésus
est présenté au Seigneur dans le Temple.
*Le grand prêtre.
Le péché nous empêche d’accéder au
Dieu saint. Or, par le sang des sacrifices, spécialement le
Jour des Expiations ou Kippour
(Lévitique 16), le péché du peuple juif était
enlevé. Mais, dit la lettre aux Hébreux, le grand
prêtre recommençait le rite chaque année, signe
de l’impuissance du sacrifice. Jésus, lui, s’est
sacrifié une fois pour toutes, prêtre et victime,
assurant par là notre harmonie définitive avec Dieu,
cette harmonie que voulaient établir et rétablir les
sacrifices du Temple de Jérusalem.
Luc 2, 22-40 (La Présentation du Seigneur au Temple)
Après la scène
intime de la nativité de Jésus, voici la première
manifestation de Jésus à son peuple, au Temple, centre
de la vie religieuse d’Israël. L’épisode est
soigneusement encadré par la mention de l’obéissance
à « la loi de Moïse », à
« ce que prescrivait la loi du Seigneur ». Mais
cette solidarité du Messie avec les usages de son peuple se
double d’une révélation de sa mission.
Les rites
Après l’accouchement,
la mère devait accomplir le rite de purification (Lévitique
12, 8) et le premier-né de la famille faisait l’objet
d’une offrande au Seigneur (Exode 13, 12). Mais derrière
la scène se profile aussi l’épisode de 1 Samuel
1, 24-28 où Anne vient au sanctuaire pour consacrer au service
du Seigneur son petit Samuel. Déjà le Cantique de Marie
(Luc 1, 46-55) s’inspirait du cantique d’Anne (1 Samuel
2).
La rencontre de Syméon
Syméon représente
l’idéal de l’Ancien Testament : homme juste,
pieux, doté de l’Esprit de prophétie, porteur de
l’espérance de la
Consolation d’Israël.
Cette expression désigne à la fois, dans la tradition
juive ancienne, le Messie et et le jour de la résurrection
finale des croyants. C’est aussi le titre des chap. 40 à
55 du livre d’Isaïe. C’est dans ce livre que le
vieillard va puiser son cantique. Car il exerce la double fonction du
prophète : chanter les louanges de Dieu et prononcer un
oracle.
Le Cantique commence par une
sorte d’épitaphe : « s’en aller »,
c’est mourir. Mais cette mort est une paix, puisque Dieu a tenu
sa promesse. Syméon a vu le salut, selon la prophétie
qui viendra en Luc 3, : « toute chair verra le salut
de Dieu » (Isaïe 40, 5). Il révèle
surtout, aux parents étonnés, la portée
universelle de la mission de Jésus. En lui s’accomplit
le destin du Serviteur de Dieu « lumière des
nations » (Isaïe 49, 6) et gloire d’Israël
(cf. Isaïe 49, 3). Plus tard, Paul sera le continuateur de cette
mission (cf. Actes 13, 46-47). Mais l’accès des peuples
à la lumière se fera dans le drame. Le Christ « sera
un signe de *division »
(comparer Luc 12, 51). Car, devant l’Évangile, il faut
prendre position et révéler ainsi de bonnes ou de
mauvaises dispositions. Désormais, Israël, symbolisé
par Marie, « sera transpercé » par cette
crise de la foi.
La rencontre d’Anne
Anne
est le double féminin de Syméon. Il attendait « la
consolation d’Israël » ; elle fait
partie de « ceux qui attendaient le rachat de Jérusalem »
(cf. Isaïe 52, 9) : c’est la même chose. Comme
les vitraux des cathédrales revêtent volontiers les
personnages bibliques de costumes du XVe
siècle, de même Luc fait de Syméon et d’Anne
le portrait anticipé des Juifs de Jérusalem qui
deviendront chrétiens (comparer Actes 2, 46-47).
Épilogue
À
la différence de Jean Baptiste qui grandit « dans
les déserts » (Luc 1, 80), Jésus s’épanouit
à Nazareth, au milieu des hommes. Plus grand que le Baptiste,
il est « rempli de sagesse » et de « la
grâce de Dieu ». Déjà se profile
l’inauguration de la mission du Messie dans la synagogue de
Nazareth (cf. Luc 4, 20-22).
* La division.
« Il sera un signe de division », déclare
Syméon. C’est « l’épée »,
dont Marie, personnification des chrétiens d’origine
juive, sera transpercée. La source que Luc a reçue
faisait dire à Jésus : « Je ne suis pas
venu pas apporter la paix, mais l’épée »,
au sein d’Israël (Matthieu 10, 34). Ce que Luc retraduit
ainsi : « Pensez-vous que je sois venu mettre la paix
dans le monde ? Non, je vous le dis, mais la division »
(Luc 12, 51). Les « bénis-oui-oui »
d’aujourd’hui s’insurgent devant cette déclaration.
Ils ne comprennent pas que « la paix » peut
avoir des sens fort différents. Il ne s’agit pas de la
paix internationale. Il s’agit du fait que le message de Jésus
ne laissera jamais les gens en paix. Forcément, face au
message de l’Évangile et à ses valeurs, on se
divisera, même au sein d’une même famille. Pour
Luc, la Parole de Dieu provoque forcément des divisions, parce
qu’il faut prendre parti pour ou contre ce qu’elle
propose. C’est à l’honneur d’un Dieu qui
accepte le défi de la liberté humaine, face à
son Évangile. Pour Luc, l’annonce de la Parole oblige
les auditeurs à se prononcer pour ou contre elle (Luc 13, 17,
par exemple, ou Actes 2, 12-13).
J’appartiens
à la congrégation missionnaire des spiritains, pour qui
le 2 février commémore le décès de son
second fondateur Jacob Libermann, juif devenu chrétien, sous
les prénoms de François [d’Assise], Marie, Paul.
Ses fils missionnaires ont sillonné le monde. Ils ont connu
des succès, mais aussi des échecs. Car, malgré
tous leurs efforts d’adaptation, ils expérimentent la
liberté offerte aux humains par le Christ : toujours,
« Il sera un signe de division. »