Parole de Vie..   
Commentaires du Père Claude Tassin

Présentation du Seigneur au Temple (2 février 2012)



Malachie 3, 1-4 (Le Seigneur vient dans son Temple pour nous purifier)


Le prophète Malachie exerce son ministère vers l’an 450 avant notre ère, une époque marquée par la corruption, la tiédeur de la foi et la négligence dans le culte. En outre, les Exilés revenus de Babylone n’ont pas pu recouvrer leurs propriétés, tombées entre les mains des gens restés au pays, et l’on comprend qu’ils aient voulu récupérer leurs biens plutôt de se préoccuper du Temple. « Où est le Dieu de la justice ? » (2, 17), demandent-ils. En réponse, le prophète annonce le prompt jugement de Dieu.

Il parle du Messager (c’est le sens même du nom « Malachie » : un pseudonyme ?) qui lui prépare le chemin. Mais la suite du texte montre que le Seigneur et le messager de l’Alliance sont un même personnage. Dieu intervient dans le personnel du Temple dont le prophète déplorait le relâchement. Son jugement n’est pas une condamnation, mais une purification, traduite par les images énergiques du feu et de la lessive. Dieu purifie les prêtres, « fils de Lévi », dénoncés pour leurs négligences en Malachie 1, 6 – 2, 9. Dès lors, le culte retrouvera sa pureté traditionnelle « des jours anciens ». Alors tout le peuple juif, la Ville sainte et la province (Juda), sera exaucé quand il implorera la justice de Dieu. La tradition chrétienne voit Jean Baptiste dans « le Messager » (Marc 1, 2), et la Présentation de Jésus accomplit l’oracle de Malachie sur la venue du Seigneur en son Temple.




Hébreux 2, 14-18 (Un prêtre en tout semblable à nous)


Qui me permettra d’accéder auprès de Dieu, le Tout Autre et l’Invisible ? Quel médiateur trouverai-je qui appartienne pleinement aux deux côtés en présence ? Pour la Lettre aux Hébreux, Jésus seul accomplit cet idéal, et non pas les anges, comme le pensaient certains lecteurs d’alors et comme certains chrétiens se donnent d’autres médiateurs auprès de Dieu que Jésus Christ.

L’auteur de la lettre a déjà établi que le Christ est Fils de Dieu, supérieur aux anges, appartenant réellement au monde divin. Mais, du côté humain, Jésus a partagé notre « nature de chair et de sang », c’est-à-dire la faiblesse qui a la mort pour horizon. La mort est liée au « démon », aux forces du mal, en cela qu’elle interrompt de manière injuste tout projet et toute relation, même avec Dieu (cf. Isaïe 38, 18). L’homme ne peut se soustraire à cette « situation d’esclaves ».

Or Jésus peut appeler les hommes « ses frères », puisqu’il a accepté l’épreuve de la Passion, de la mort. Et puisque Dieu l’a fait accéder auprès de lui par la résurrection, le Christ libère ces frères de la crainte de la mort comme d’une impasse. Il nous porte aujourd’hui secours dans l’épreuve des tentations. Il accomplit ce que le judaïsme attendait du *grand prêtre. Il est « miséricordieux » car par sa Passion il connaît nos épreuves, et « fidèle », crédible et accrédité, puisqu’il est délégué par Dieu. Ce destin de solidarité s’ouvre, lorsque, soumis à la Loi de Moïse, Jésus est présenté au Seigneur dans le Temple.


*Le grand prêtre. Le péché nous empêche d’accéder au Dieu saint. Or, par le sang des sacrifices, spécialement le Jour des Expiations ou Kippour (Lévitique 16), le péché du peuple juif était enlevé. Mais, dit la lettre aux Hébreux, le grand prêtre recommençait le rite chaque année, signe de l’impuissance du sacrifice. Jésus, lui, s’est sacrifié une fois pour toutes, prêtre et victime, assurant par là notre harmonie définitive avec Dieu, cette harmonie que voulaient établir et rétablir les sacrifices du Temple de Jérusalem.




Luc 2, 22-40 (La Présentation du Seigneur au Temple)


Après la scène intime de la nativité de Jésus, voici la première manifestation de Jésus à son peuple, au Temple, centre de la vie religieuse d’Israël. L’épisode est soigneusement encadré par la mention de l’obéissance à « la loi de Moïse », à « ce que prescrivait la loi du Seigneur ». Mais cette solidarité du Messie avec les usages de son peuple se double d’une révélation de sa mission.


Les rites


Après l’accouchement, la mère devait accomplir le rite de purification (Lévitique 12, 8) et le premier-né de la famille faisait l’objet d’une offrande au Seigneur (Exode 13, 12). Mais derrière la scène se profile aussi l’épisode de 1 Samuel 1, 24-28 où Anne vient au sanctuaire pour consacrer au service du Seigneur son petit Samuel. Déjà le Cantique de Marie (Luc 1, 46-55) s’inspirait du cantique d’Anne (1 Samuel 2).

La rencontre de Syméon


Syméon représente l’idéal de l’Ancien Testament : homme juste, pieux, doté de l’Esprit de prophétie, porteur de l’espérance de la Consolation d’Israël. Cette expression désigne à la fois, dans la tradition juive ancienne, le Messie et et le jour de la résurrection finale des croyants. C’est aussi le titre des chap. 40 à 55 du livre d’Isaïe. C’est dans ce livre que le vieillard va puiser son cantique. Car il exerce la double fonction du prophète : chanter les louanges de Dieu et prononcer un oracle.

Le Cantique commence par une sorte d’épitaphe : « s’en aller », c’est mourir. Mais cette mort est une paix, puisque Dieu a tenu sa promesse. Syméon a vu le salut, selon la prophétie qui viendra en Luc 3, : « toute chair verra le salut de Dieu » (Isaïe 40, 5). Il révèle surtout, aux parents étonnés, la portée universelle de la mission de Jésus. En lui s’accomplit le destin du Serviteur de Dieu « lumière des nations » (Isaïe 49, 6) et gloire d’Israël (cf. Isaïe 49, 3). Plus tard, Paul sera le continuateur de cette mission (cf. Actes 13, 46-47). Mais l’accès des peuples à la lumière se fera dans le drame. Le Christ « sera un signe de *division » (comparer Luc 12, 51). Car, devant l’Évangile, il faut prendre position et révéler ainsi de bonnes ou de mauvaises dispositions. Désormais, Israël, symbolisé par Marie, « sera transpercé » par cette crise de la foi.


La rencontre d’Anne

Anne est le double féminin de Syméon. Il attendait « la consolation d’Israël » ; elle fait partie de « ceux qui attendaient le rachat de Jérusalem » (cf. Isaïe 52, 9) : c’est la même chose. Comme les vitraux des cathédrales revêtent volontiers les personnages bibliques de costumes du XVe siècle, de même Luc fait de Syméon et d’Anne le portrait anticipé des Juifs de Jérusalem qui deviendront chrétiens (comparer Actes 2, 46-47).


Épilogue


À la différence de Jean Baptiste qui grandit « dans les déserts » (Luc 1, 80), Jésus s’épanouit à Nazareth, au milieu des hommes. Plus grand que le Baptiste, il est « rempli de sagesse » et de « la grâce de Dieu ». Déjà se profile l’inauguration de la mission du Messie dans la synagogue de Nazareth (cf. Luc 4, 20-22).


* La division. « Il sera un signe de division », déclare Syméon. C’est « l’épée », dont Marie, personnification des chrétiens d’origine juive, sera transpercée. La source que Luc a reçue faisait dire à Jésus : « Je ne suis pas venu pas apporter la paix, mais l’épée », au sein d’Israël (Matthieu 10, 34). Ce que Luc retraduit ainsi : « Pensez-vous que je sois venu mettre la paix dans le monde ? Non, je vous le dis, mais la division » (Luc 12, 51). Les « bénis-oui-oui » d’aujourd’hui s’insurgent devant cette déclaration. Ils ne comprennent pas que « la paix » peut avoir des sens fort différents. Il ne s’agit pas de la paix internationale. Il s’agit du fait que le message de Jésus ne laissera jamais les gens en paix. Forcément, face au message de l’Évangile et à ses valeurs, on se divisera, même au sein d’une même famille. Pour Luc, la Parole de Dieu provoque forcément des divisions, parce qu’il faut prendre parti pour ou contre ce qu’elle propose. C’est à l’honneur d’un Dieu qui accepte le défi de la liberté humaine, face à son Évangile. Pour Luc, l’annonce de la Parole oblige les auditeurs à se prononcer pour ou contre elle (Luc 13, 17, par exemple, ou Actes 2, 12-13).

J’appartiens à la congrégation missionnaire des spiritains, pour qui le 2 février commémore le décès de son second fondateur Jacob Libermann, juif devenu chrétien, sous les prénoms de François [d’Assise], Marie, Paul. Ses fils missionnaires ont sillonné le monde. Ils ont connu des succès, mais aussi des échecs. Car, malgré tous leurs efforts d’adaptation, ils expérimentent la liberté offerte aux humains par le Christ : toujours, « Il sera un signe de division. »



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