Parole de Vie..   
Commentaires du Père Claude Tassin

2e dimanche de Pâques A (23 avril 2017)




Actes 2, 42-47 (La communauté fraternelle des premiers chrétiens)


Luc brosse un tableau de la communauté chrétienne de Jérusalem aux lendemains de la Pentecôte. Par là, il résume divers épisodes à venir dans les Actes des Apôtres et indique quels traits devront cultiver les Églises à venir.

1) L’Église est une « communion » qui s’alimente à « l’enseignement des apôtres », à « *la fraction du pain » et aux « prières ». Les apôtres eux-mêmes accomplissent des « prodiges et signes ». Cette expression évoque les miracles réalisés par Jésus (cf. Actes 2, 22). Les chefs de l’Église continuent donc l’oeuvre du Christ libérant les victimes du mal et de la maladie. Les gens témoins de ces prodiges éprouvent de « la crainte », une crainte religieuse, parce qu’ils pressentent là l’œuvre de Dieu (cf. Luc 7, 16).

2) Continuateurs de la mission de Jésus, les premiers chrétiens cultivent aussi les signes d’unité appréciés à cette époque : « mettre tout en commun » était l’idéal de l’amitié chez les philosophes grecs et se pratiquait chez les Juifs esséniens ; le partage « selon les besoins de chacun » était le vœu de la Loi mosaïque, disant : « Qu’il n’y ait pas de pauvres chez toi » (Deutéronome 15, 4).

3) Toujours fidèles au Temple de Jérusalem, lieu de prière, les premiers chrétiens ne vivent pas en ghetto. Pourtant, c’est dans leurs maisons, avec le rite de la fraction du pain, qu’ils nourrissent leur comunion nouvelle avec le Seigneur. Convaincus de la présence du Seigneur ressuscité, ils rayonnent d’une « allégresse » et d’une « simplicité » communicatives qui attirent à la conversion ceux qui, sans discrimination, « étaient appelés au salut », appelés selon le projet de Dieu.


* La fraction du pain. Au début du repas juif, le père de famille « rompait le pain », le distribuait aux convives et prononçait une bénédiction louant le Créateur qui donne vie et unité à ses enfants. Jésus a repris ces rites lors de la Cène (22, 19). C’est pourquoi l’Église de Luc désignait l’eucharistie comme « la fraction du pain » (Luc 24, 35 ; Actes 2, 42 ; 20, 7). Ce geste traduit la source de l’unité des chrétiens, communion de tous à l’unique Corps (cf. 1 Co 10, 16-17).




1 Pierre 1, 3-9 (L’espérance des baptisés)


Cette épître encyclique de tonalité baptismale, testament de Pierre en quelque sorte, s’adresse à des chrétiens d’Asie Mineure qui subissent « toutes sortes d’épreuves ». Leur environnement païen les traite en marginaux et s’en prend à leurs biens, sinon à leurs personnes. Mais, si ces croyants se voient honnis, qu’ils sachent leur dignité : à la suite d’Israël, ils forment le Peuple de Dieu promis au salut.

C’est pourquoi la lettre s’ouvre par une bénédiction de forme juive, mais adressée au Père « qui nous a fait renaître ». Car en ressuscitant Jésus qui, lui aussi, a connu la persécution, il nous ouvre une espérance, « un héritage », « dans les cieux » où se trouve le Christ. Nous y parviendrons, puisque Dieu nous donne sa « puissance » afin que notre confiance en lui résiste aux épreuves.

La certitude du salut « à la fin des temps » produit la joie, la joie d’avoir la foi. Celle-ci est un bien « plus précieux que l’or » dont on a peut-être spolié ces chrétiens. Ainsi, les épreuves deviennent un test de « la qualité de la foi ». Le chemin des baptisés est joie, foi et espérance au milieu des épreuves. « Sans l’avoir vu, sans le voir encore », nous aimons le Christ qui est arrivé le premier à « l’aboutissement de notre foi ». Heureux ceux qui croient sans avoir vu, répète l’évangile !

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Jean 20, 19-31 (Apparition du Christ huit jours après Pâques)


Cette page constituait primitivement la fin de l’évangile de Jean, avant les appendices (Jn 21. Quatre séquences nous conduisent pas à pas à saisir notre situation de croyants.


L'apparition aux disciples le soir de Pâques


Jean ne précise pas l’identité du groupe des disciples : il vise toute la communauté chrétienne, et pas seulement les Onze. C’est une réunion liturgique, « le premier jour de la semaine, ou « jour du Seigneur » (le dimanche). Alors Jésus « vint », « il était là ». Il se fait reconnaître comme le Crucifié. On ne dit pas qu’il traverse les portes, mais qu’il se rend présent dans une totale liberté. C’est pour les disciples une bénédiction (ils sont « remplis de joie »), et un acte de foi, car ils voient « le Seigneur ». Celui-ci apporte la paix naguère promise (cf. Jean 14, 27) et les recrée : comme Dieu « insuffla dans les narines (d’Adam) le souffle de vie », Jésus « répand sur eux son souffle » et leur donne mission de remettre ou de maintenir les péchés, de discerner le bien et le mal dans ce monde divisé. Ceci se réalisera, grâce au baptême et au combat contre le péché, par exemple par la prière (cf. 1 Jean 5, 16).

Ainsi s’accomplissent les grandes promesses de la Bible : la nouvelle création, la venue de l'Esprit qui purifie (Ezékiel 36, 25-27) et le pardon des péchés inaugurant l’Alliance nouvelle (Jérémie 31, 34).


Une transition


Les disciples ont vu et ils ont cru. Ils communiquent à Thomas leur credo pascal : « Nous avons vu (celui qui est maintenant) le Seigneur. » Thomas repousse leur témoignage ; il exige des signes miraculeux (comparer le reproche de Jean 4, 40).


La seconde apparition avec Thomas.


« *Le huitième jour » est le dimanche suivant. L’évangéliste suggère ainsi que c’est l’assemblée dominicale qui retrempe notre foi.

Grâce à la parole de Jésus, Thomas accède à la vraie foi. Les soldats romains saluaient l’empereur Domitien comme « notre Seigneur et notre Dieu ». C’est Jésus que l’apôtre confesse ainsi : « mon Seigneur et mon Dieu », les titres mêmes du Dieu d’Israël. Les autres avaient reconnu le Seigneur ; Thomas confesse le Verbe de Dieu qui est retourné en Dieu, dans la gloire qu’il avait « avant le commencement du monde » (Jean 17, 5).

Thomas est donc à la croisée de deux générations de croyants. Il est béni comme le dernier de ceux qui ont vu et qui ont cru. « Mais, en regardant un vrai homme, il a proclamé que celui-ci était Dieu, et cela, il n’avait pas pu le voir » (Saint Grégoire le Grand). Depuis que ces témoins ont disparu, nous sommes bénis par Dieu comme « ceux qui croient sans avoir vu » (cf. 2e lecture).


La 1ère conclusion de l’Évangile


« Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits… » Jean ne dit pas que le Christ se sépare des disciples. Car il nous reste en présence invisible, grâce à l’Esprit qui apporte le pardon, qui nous rappelle et nous fait comprendre ce que Jésus a fait et dit « en présence des disciples ». Ce souvenir nous conduit à la foi en Jésus comme Fils de Dieu, et la foi nous conduit à une vie en plénitude.


* Le huitième jour (ou octave). « C’est aujourd’hui l’octave de votre naissance ; aujourd’hui s’accomplit en vous le sceau de la foi qui était conféré chez les anciens Pères la circoncision de la chair qu’on faisait huit jours après la naissance charnelle (Genèse 17, 12). C’est pourquoi le Seigneur en ressuscitant a dépouillé la chair mortelle ; non pas qu’il ait surgi avec un autre corps, mais avec un corps qui ne doit plus mourir ; il a ainsi marqué de sa résurrection le “jour du Seigneur”. C’est le troisième jour après sa passion, mais dans le compte des jours qui suivent le sabbat, c’est le hutième, en même temps que le premier » (saint Augustin, Homélie aux nouveaux baptisés, le 2e dimanche de Pâques).



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