Parole de Vie..   
Commentaires du Père Claude Tassin

3e dimanche de l’Avent B (17 décembre 2017)




Isaïe 61, 1-2a.10-11 (Le Sauveur apporte la joie)


Dans un premier passage, l’auteur principal du recueil constituant la troisième partie du livre d’Isaïe (Is 56 – 66) décrit sa propre mission. Dans le second extrait, Jérusalem se réjouit du bonheur que Dieu lui apporte par cet Envoyé.

1) Le Second Isaïe présentait le Serviteur prophète dont Dieu disait : « J’ai fait reposer sur lui mon Esprit... Tu feras sortir les captifs de leur prison » (Isaïe 42, 1.7). Le nouveau prophète succède au Serviteur du Seigneur qui portait à Sion la Bonne Nouvelle du retour des Exilés. Mais la situation a changé. « L’évangile », la bonne nouvelle, vise maintenant les pauvres de la nation juive. Le pays sombre dans la misère, les cœurs sont brisés, les endettés jetés en prison. C’est pourquoi le prophète proclame « une année de bienfaits », c’est-à-dire une année sabbatique ou jubilaire.

Israël avait institué l’année sabbatique (tous les sept ans) et l’année jubilaire (tous les quarante-neuf ans). Quand arrivait la date espérée, les esclaves étaient libérés (Exode 21, 2), les dettes remises (Deutéronome 15, 1-2). L’année jubilaire s’ouvrait à la fête du grand pardon (le Kippour), sous l’autorité du grand prêtre qui, ce jour-là, faisait sonner la trompe annonçant l’affranchissement (Lévitique 25, 9). Certains cercles juifs, notamment à Qoumrân, dans la Légende de Melkisédéq, comparèrent le jour de la venue ultime de Dieu à l’ouverture d’une éternelle année jubilaire.

Tout cela, selon l’évangile, arrivera en Jésus parce que l’Esprit anime ce héraut, l’Esprit de l’Emmanuel (Is 11, 2-5). Dans la synagogue de Nazareth, Jésus s’appliquera cette mission (Lc 4, 16-21).

2) Devant ces promesses, Jérusalem « tressaille de joie ». Vieille terre stérile, jadis abandonnée par Dieu, lors de l’exil à Babylone, comme une veuve ou une épouse répudiée, elle retrouve sa jeunesse (comparer Isaïe 54, 5-8) et, pour cadeau de noces, le salut, la fécondité, une vie juste et innocente. « L’époux, c’est celui à qui l’épouse appartient », dira le Baptiste, lui qui est « l’ami de l’Époux », c’est-à-dire du Christ (Jean 3, 28-29).

Quand Dieu vient sauver les pauvres, c’est beau comme un mariage, comme une alliance que rien ne brisera plus ! Le peuple qui « tressaille de joie » est par avance la communauté chrétienne à qui, dans l’attente du Seigneur, saint Paul donne ce conseil : « Soyez toujours dans la joie » (2e lecture).



1 Thessaloniciens 5, 16-24 (Comment préparer la venue du Seigneur)


1) « Soyez toujours dans la joie. » Tel doit être le climat de l’attente du Seigneur. Les chrétiens de Thessalonique s’attristaient pour leurs frères décédés depuis l’annonce de l’Évangile par Paul, défunts qui, pensaient-ils, ne verraient pas le jour du Seigneur. Paul a dû alors rappeler le mystère de la résurrection, l’assurance que, vivants ou morts, « nous serons pour toujours avec le Seigneur » (1 Thessaloniciens 4, 13-18). *Prier sans relâche attise le désir de ce rendez-vous final. Elle est action de grâce « en toute circonstance », pour que s’exprime la certitude que Dieu nous réunira par-delà la mort.

Pour préparer la venue du Seigneur, qui doit parler dans l’assemblée chrétienne ? Pas seulement « ceux qui savent », les docteurs ! Paul voudrait qu’on n’éteigne pas l’Esprit, qu’on laisse parler les prophètes, c’est-à-dire tout chrétien à qui la parole de Dieu inspire quelque chose pour « construire, réconforter, encourager » la communauté (1 Corinthiens 14, 1-3). Cependant, ajoute-t-il, ne l’écoutez pas bouche bée : « discernez la valeur de toute chose », car tous les baptisés ont reçu l’Esprit de prophétie et sont prophètes, en un discernement critique les uns pour les autres.

2) « La paix » de Dieu consiste en une vie simple, calme, dans la certitude du rendez-vous avec son Fils. « Il nous appelle » : en grec, ce verbe est la racine du mot « Église ». L’histoire de l’Église est une histoire de confiance. Dieu « est fidèle » – c’est le fondement de notre Avent. « Il le fera », il agira – parce que Dieu fait ce qu’il dit.


* « Priez sans relâche. » « … Nous adressons nos demandes à Dieu par des paroles, à intervalles déterminés selon les heures et les époques : c’est pour nous avertir nous-mêmes par ces signes concrets, pour faire connaître à nous-mêmes combien nous avons progressé dans ce désir, afin de nous stimuler nous-mêmes à l’accroître encore. Un sentiment plus vif est suivi d’un progrès plus marqué. Ainsi, l’ordre de l’Apôtre : Priez sans relâche, signifie tout simplement : La vie bienheureuse, qui n’est autre que la vie éternelle auprès de Celui qui est seul à pouvoir la donner, désirez-la sans cesse » (saint Augustin, Lettre à Proba).



Jean 1, 6-8.19-28 (« Il se tient au milieu de vous »)


Pour présenter le Baptiste, la liturgie puise d’abord dans le prologue de l’évangile de Jean (évangile du jour de Noël). Suit une mise en scène du personnage ; elle modifie profondément les traditions utilisées par les autres évangélistes.


Venu comme témoin


« Au commencement était le Verbe », la Parole divine qui prend chair parmi nous. Le Baptiste, lui, n’est qu’un homme. Le Verbe, la Parole, était la vie et la lumière des hommes (1, 3-5), depuis que le Créateur a dit : « Que la lumière soit » (Genèse 1, 3). Jean a pour mission d’ouvrir les hommes à la foi en leur désignant la Lumière nouvelle.


Le témoignage de Jean


Les prêtres et les lévites, c’est-à-dire l’autorité juive (désignée comme « les Juifs ») du Temple, somment Jean de définir son rôle. En annonçant le jugement dernier et en appelant à la conversion, se prend-il pour l’Envoyé de la fin des temps ? Pour les Juifs du 1er siècle, trois personnages prépareraient le règne de Dieu. On espérait la venue du Messie, fils de David (Isaïe 11, 1). Avant ou après lui (les vieilles traditions juives divergent sur ce point), Dieu enverrait Élie, selon l’oracle final de Malachie 3, 23-24. Enfin, en parlant « du (grand) Prophète », point n’était besoin de préciser qu’il s’agissait de Moïse. On attendait aussi son retour, d’après la promesse divine de Deutéronome 18, 18 : « Je ferai se lever au milieu de leurs frères un prophète comme toi. »

Par son accoutrement (cf. Matthieu 3, 4), le Baptiste apparaissait comme le nouvel Élie. Matthieu 17, 10-13 lui reconnaît ce titre. Il n’en va pas de même ici. En une triple négation solennelle, le Baptiste refuse ces glorieuses dénominations. Pour l’évangéliste, seul Jésus doit être confessé comme le Messie, prophète, nouvel Élie et nouveau Moïse. Le Baptiste se définit comme « la voix » qui, dans le désert d’un nouvel Exode spirituel, ouvre la route au Seigneur. Une situation que saint Augustin commentera en ces termes : « On demandait à Jean qui annonçait déjà le Seigneur : Toi, qui es-tu ? Et il répondit : Je suis la voix qui crie dans le désert. La voix, c’est Jean, tandis que le Seigneur est la Parole : Au commencement était le Verbe. Jean, c’est la voix pour un temps ; le Christ, c’est le Verbe au commencement, c’est le Verbe éternel. »


Le baptême de Jean


Soucieux des rites, les pharisiens qui font partie de l’ambassade de Jérusalem, insistent : Si tu n’es aucun des trois Envoyés (le Messie, Élie, Moïse), que signifie ton baptême, c’est-à-dire un de ces rites d’eau qui avaient cours dans le monde méditerranéen du 1er siècle ? Il a pour objet, selon le Baptiste, de manifester Jésus qui « se tient au milieu de vous » et que, au sens fort du verbe, « vous ne connaissez pas ». Moi-même, ajoutera le Baptiste, « je ne le connaissais pas ; mais si je suis venu baptiser dans l’eau, c’est pour qu’il soit manifesté au peuple d’Israël » (Jean 1, 31).

En Matthieu 11, 3, le Baptiste fait demander à Jésus : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? » Chez Jean l’évangéliste, un tel doute est impensable. D’emblée, le Baptiste dit « Celui qui vient derrière moi a pris place devant moi car avant moi il était », et même : « Je rends ce témoignage : c’est lui le Fils de Dieu » (Jn 1, 15.34). En d’autres termes, l’évangéliste met sur les lèvres du « Précurseur » une confession de foi chrétienne : la préexistence du Verbe, Parole éternelle de Dieu, et sa qualité de Fils de Dieu.


Sûrement, l’évangéliste souligne la supériorité de Jésus pour contrer la secte baptiste qui, en son temps, à la fin du 1er siècle, continuait à voir en Jean le seul et ultime Envoyé de Dieu, puisque, dans l’activité baptismale, Jésus avait été d’abord le disciple de Jean, puis son rival (cf. Jean 3, 23-26). Par là, il fait du Baptiste un chrétien, témoin de l’Évangile. Être témoin, c’est trouver sa joie à annoncer l’Autre, à grandir l’Autre. Avec Jean Baptiste, tout chrétien doit pouvoir dire : « Il faut qu’il grandisse (en moi !) et que je diminue » (Jean 3, 30).

L’évangéliste situe la rencontre entre le Baptiste et les envoyés de Jérusalem à « Béthanie de Transjordanie ». Cette localité est inconnue des historiens et de l’archéologie. L’important est qu’elle se situe « au-delà » du Jourdain et qu’ainsi, le baptême constitue le passage en Terre sainte pour un nouvel Exode, spirituel.


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