Parole de Vie..   
Commentaires du Père Claude Tassin

3e dimanche de Pâques B (15 avril 2018)




Actes 3, 13-15.17-19 (Dieu a donné sa gloire à son serviteur Jésus)


Au Temple, Pierre guérit un impotent, par la puissance de Jésus ressuscité. Il a « relevé » l’infirme (3, 7), comme Dieu a « relevé » Jésus d’entre les morts. Il est temps pour l’Apôtre d’éclairer la foule assemblée, témoin du miracle. Son discours instruit le procès de la foi chrétienne : Dieu plaide sa cause et son bon droit ; les accusés sont les gens de Jérusalem ; l’Écriture est la preuve, la pièce à conviction.

1. En donnant « sa gloire » à Jésus, « le Dieu de nos pères » n’a fait « qu’accomplir sa parole » qui promettait à son peuple « le chef des vivants ». Il avait même prévu que ce « Messie souffrirait » et qu’il devrait lui rendre justice par la résurrection.

2. Les gens de Jérusalem ont « livré » et « renié » Jésus. Ils se sont trompés, aveugles aux prophéties.

3. Des titres résument ici l’Écriture : Jésus est « le Saint », le Messie consacré par Dieu. Il est « *le Juste » persécuté, « le Serviteur » annoncé par le poème du Serviteur souffrant (Isaïe 53, 11).

À la différence des tribunaux, le procès de la foi ne condamne personne. Si nous ne savons pas lire l’histoire et le projet de Dieu, nous sommes toujours invités à changer notre regard, à faire demi-tour (se convertir) quand la puissance du Ressuscité nous interpelle dans les événements.


* Jésus, le juste. Ce titre vient de la première prédication des apôtres pour désigner le Messie Jésus (Actes 7, 52 ; 22, 14 ; 1 Jean 2, 1 [2e lecture]). En sa Passion, « le Juste » accomplit le destin du juste persécuté, fils de Dieu, selon Sagesse 1, 12 et 1, 18 et, plus haut dans le temps, le Serviteur souffrant (Isaïe 53, 11, vendredi saint), un ensemble de références évoqué par le récit de la Passion en Matthieu 27, 43. Les premiers missionnaires chrétiens devaient, en effet, expliquer comment Jésus pouvait être « Fils de Dieu », alors qu’il avait fini dans la déchéance du Calvaire. Dans un monde corrompu, nul ne peut être un juste s’il ne souffre pas pour la justice dont il veut être le témoin.




1 Jean 2, 1-5a (Le Christ, victime offerte pour nos péchés)


La communauté à laquelle s’adresse cette lettre a ses dissidents. Ils prétendent connaître le Christ, ils discourent sur le Christ, mais leur vie morale laisse à désirer. Avec la tendresse d’un pasteur, l’Apôtre met en garde ses « petits enfants » contre ces mauvais exemples. Il situe d’abord le rôle présent de Jésus, puis il précise en quoi consiste la vraie connaissance du croyant.

Nul ne peut prétendre être sans péché. Mais Jésus a estimé qu’il valait la peine de mourir par amour pour les pécheurs que nous sommes. Sa mort est un sacrifice supérieur à celui qu’offraient les Juifs pour obtenir le pardon de Dieu (voir Exode 29, 36-37). C’est un thème que développera la lettre aux Hébreux 9 – 10. Il est notre *Défenseur, parce que Dieu ne peut rien refuser au Juste.

Connaître Dieu comme étant vraiment Dieu, c’est savoir et faire ce qu’il attend de nous, c’est-à-dire garder ses commandements. Et ceux-ci se résument dans le commandement de l’amour. Or Dieu s’est exprimé totalement dans la mission de Jésus : c’est en lui que Dieu nous dit son amour. Cet amour, nous devons le traduire dans nos relations mutuelles (lire 1 Jean 4, 19-20). Si le croyant sort de cette logique de l’amour, si sa connaissance du Christ n’est qu’intellectuelle, il vit dans le mensonge.


* Le Défenseur ou « paraclet » est l’avocat défendant un accusé. Dans l’Évangile de Jean, le Paraclet est le Saint Esprit (cf. Jean 14, 16.26 ; 15, 26 ; 16, 7). Le croyant est en procès avec un « monde » qui conteste la foi. L’Esprit le soutient dans ce combat, il lui révèle un Jésus qui n’est plus limité par sa condition terrestre. Mais l’Esprit ne remplace pas Jésus. Celui-ci est « un autre Paraclet » (Jean 14, 16) qui ne fait rien de lui-même. Le premier Paraclet est toujours Jésus. L’Esprit prolonge sa mission.




Luc 24, 35-48 (Le Christ ressuscité envoie les Apôtres en mission)


Chez Luc, l’Ascension du Seigneur se situe le soir de Pâques. Voici la dernière entrevue de Jésus avec les Apôtres que les disciples d’Emmaüs viennent de rejoindre. L’épisode se divise en quatre séquences.


La présence de Jésus


Le vocabulaire de l’expérience pascale est riche (Jésus se fait voir, se rend manifeste, les rencontre...). Ici, comme chez Jean, le texte dit simplement : « Il se tint debout ». Jésus souhaite *la paix aux siens. Cette paix est sérénité, pardon, réconciliation. C’était le message des anges de Noël (Luc 2, 14) et c’est ainsi que le même Luc résumera la mission de Jésus, dans le discours de Pierre chez Corneille : Dieu « a envoyé la Parole aux fils d’Israël, pour leur annoncer la paix par Jésus Christ » (Actes 10, 36) Mais, pour les lecteurs de Luc, c’était aussi, déjà, une formule de la liturgie (« la paix soit avec vous »). Les premiers chrétiens découvraient la présence du Ressuscité dans la paix qui caractérisait leurs célébrations.


La reconnaissance


Stupeur, crainte et bouleversement sont les réactions des humains devant le surgissement du surnaturel. Comme lors de la marche de Jésus sur les eaux, une annonce symbolique de la Résurrection (cf. Marc 6, 49-50), les disciples se croient en présence d’un fantôme. Dans la nouveauté de son être glorieux, Jésus doit se faire reconnaître. En montrant ses mains et ses pieds, il se révèle comme l’homme qui a été crucifié. Persiste le doute qu’avec courtoisie, Luc attribue à la joie des disciples (on n’ose pas y croire !). La manducation du poisson insiste sur le réalisme de la résurrection, en des termes que d’autres auteurs sacrés éviteraient (comparer Tobie 12, 19). Il s’agit de souligner que le Ressuscité appartient bien à la condition humaine, selon une perspective (pardon à saint Luc !) qui posera beaucoup de questions sur la résurrection du Seigneur aux générations chrétiennes ultérieures


L’éclairage de l’Écriture


Au vrai, la foi au Christ ressuscité ne se fonde pas seulement sur ses apparitions. Jésus avait invité les Douze à comprendre sa Passion comme l’accomplissement des prophéties (Luc 18, 31-34). Il insiste de nouveau : toute la Bible, l’Ancien Testament, en ses trois parties traditionnelles (la Loi, les Prophètes et les Psaumes), écrit par avance la destinée du Christ. Aujourd’hui, Jésus nous ouvre l’esprit « à l’intelligence des Écritures » pour que nous comprenions le projet de Dieu signifié par le verbe « il fallait ».


La mission


La mission est inséparable de la foi pascale qui fait de nous des témoins du Ressuscité. Ici, l’envoi des disciples par le Christ « mord » par avance sur le temps présent de la proclamation de l’Évangile. L’Écriture nous révèle la Passion, la résurrection le troisième jour. C’est une vie nouvelle qui s’offre à tous les humains, « à toutes les nations ». Nous ne pouvons pas garder pour nous ce message. Tous sont appelés à changer de vie et à se libérer du péché. En fait, l’Église découvre la présence du Christ vivant lorsque, à son appel, des gens découvrent le bonheur de croire et de tourner la page sur une vie jusque là stérile. C’est bien pourquoi l’évangéliste ne craint pas de mettre sur les lèvres du Ressuscité ce que prêcheront les apôtres (cf. 1ère lecture). C’est dans la mesure où nous sommes témoins que s’approfondit notre propre foi en un Christ vivant et agissant.


* La paix. Selon un philosophe disparu en 1985, la paix est comme l’eau : sans couleur, sans odeur et sans goût. Mais c’est quand elle vient à manquer que l’on s’aperçoit qu’elle existait. C’est une belle définition, mais une définition occidentale, négative. Dans certaines cultures traditionnelles, le mot « paix » recouvre à la fois la santé, la richesse, une harmonie avec les autres, une plénitude correspondant assez bien à l’idée biblique de paix (en hébreu : shalom ; en grec : éirènè). Le mot revient 13 fois dans l’évangile de Luc. C’est la paix proclamée par les anges de Noël (2, 14) en une formule que reprendront les disciples lors de l’entrée solennelle de Jésus à Jérusalem (19, 38). C’est la paix qu’apportent le pardon et le salut (7, 50 ; 8, 48), la paix offerte par l’annonce de la Bonne Nouvelle du Règne de Dieu, une paix que l’on peut accueillir ou refuser (10, 5.6 ; 19,42). En ce sens, Jésus peut provoquer la division plutôt que la paix, car chacun doit se prononcer face à son message.



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