Parole de Vie..   
Commentaires du Père Claude Tassin

4e dimanche de l’Avent B (24 décembre 2017)




2 Samuel 7, 1-5.8b-12.14a.16 (Promesse du Messie, fils de David)


Les livres de Samuel et des Rois présentent l’ascension de David et sa succession. Ils dessinent, avec un sens religieux assuré, les ombres et les lumières de ce grand règne. Ici, l’épisode joue sur un mot : David veut bâtir une « maison » pour Dieu, un temple ; mais c’est Dieu qui bâtira la « maison de David », c’est-à-dire sa dynastie, sa descendance.

1) David a fait de Jérusalem sa capitale politique. Il veut aussi en faire un centre religieux. Pour cela, il a transféré l’Arche d’alliance dans sa cité (cf. 2 Samuel 6, 17). Il a maintenant l’intention d’ériger un Temple digne du Seigneur. Le projet a quelque chose d’ambigu. En effet, ce Sanctuaire sera en quelque sorte une « chapelle royale » rehaussant l’éclat du souverain (ce fut de fait le cas, sous Salomon qui bâtira le Temple). En même temps, dans la logique du récit, David semble sincère : il n’est pas convenable pour lui, après la sédentarisation d’Israël, de demeurer dans un palais de bois précieux (le cèdre) tandis que l’arche, lieu symbolique de la présence divine (Exode 26, 33 ; 40, 21), bien que transférée à Jérusalem (2 Samuel 6), reste sous une tente, comme au temps du nomadisme de l’exode au désert (Exode 26, 14). C’est bel et bien un conflit concernant le mode de présence du Seigneur au milieu de son peuple.

Nathan, conseiller royal et prophète, accepte d’abord le projet de David. Puis, la nuit portant conseil, il défend la position de ceux qui craignent une monarchie trop centralisée. Le roi ne doit pas inverser les rôles : c’est Dieu qui a choisi David comme pasteur, roi d’Israël (cf. Psaume 77 [78], 70) ; c’est lui qui l’a débarrassé de ses rivaux et qui lui donnera renom, paix, stabilité. Qu’il suffise à David d’être l’instrument de Dieu pour le bonheur de son peuple !

2) En revanche, une descendance est promise au roi, un successeur pour qui Dieu sera un Père. « Je serai pour lui un père, il sera pour moi un fils. » Cette formule d’appartenance mutuelle vient des rituels orientaux d’intronisation royale. Dieu fait alliance avec le roi qu’il choisit ; il l’adopte pour son fils. Ces formules, le Nouveau Testament les appliquera au jour où Jésus est intronisé par son Père dans la gloire du ciel (ainsi en Actes 13, 33). L’auteur de 2 Samuel voit peut-être Salomon dans ce successeur de David. Il sera déçu. D’autres prophètes essuieront d’autres déceptions, jusqu’à ce que s’éteigne finalement la dynastie de David après l’Exil à Babylone. C’est de manière paradoxale que Dieu, en Jésus, tient sa promesse envers David. Jésus, par sa résurrection et son ascension, recevra de Dieu « le trône de David son père » (évangile ; cf. Actes 2, 25-35).




Romains 16, 25-27 (Le mystère de Dieu révélé en Jésus Christ)


Les copistes des manuscrits anciens ont du mal à placer ces trois versets conclusifs dans la Lettre aux Romains. Est-ce une composition liturgique, postérieure à Paul et destinée à conclure solennellement la lecture publique de l’épître ? Cette doxologie (du grec « doxa » = gloire) glorifie la sagesse de Dieu, manifestée dans l’Évangile. Elle permet de déplier la richesse du mot « Évangile ».

1) Il est « le mystère de Dieu », le plan secret d’un Dieu qui veut sauver ceux qu’il a créés.

2) Il y eut l’ère du secret, du « silence » dont l’Ancien Testament n’émerge qu’à peine : à lire l’oracle de Nathan (1ère lecture), qui pouvait deviner que la promesse de Dieu concernait Jésus le Christ ? Mais cette déclaration correspond à la définition initiale de l’épître, évoquant « la Bonne Nouvelle que Dieu avait promise par ses prophètes » (Romains 1, 2).

3) Mais – voilà l’essentiel – ce mystère « est maintenant révélé » par l’Évangile qui proclame le nom de Jésus Christ « à toutes les nations ». Cet Évangile est la clé de l’histoire du monde et de la destinée de chaque être humain. C’est de nouveau un écho du début de l’épître où Paul déclare ceci : « Nous avons reçu [par Jésus Christ, notre Seigneur] grâce et mission d’Apôtre afin d’amener à l’obéissance de la foi toutes les nations » (Romains 1, 5).

4) Nous devons cette révélation à Paul et aux autres missionnaires qui, décodant « les écrits des prophètes » ont situé Jésus dans l’histoire de l’univers. Il nous reste à accéder à « l’obéissance de la foi », l’obéissance qu’est la foi (Romains 1, 5) quand nous nous soumettons à Jésus comme au Seigneur de nos vies.

Ne regrettons pas de n’avoir pas rencontré Jésus à Nazareth. Nous n’aurions rien compris de lui. Bien plus riche est notre rencontre avec l’Évangile qui nous le révèle, grâce aux apôtres.



Luc 1, 26-38 (Le Messie sera fils de Marie)


Pour présenter le Messie à ses lecteurs, Luc, dans son évangile de l’enfance de Jésus (Lc 1 – 2), établit un parallèle asymétrique, décalé, entre les origines de Jean Baptiste et celles de Jésus, en sorte de souligner la supériorité de Jésus par rapport au Baptiste. Pour ce faire, il utilise notamment, dans les deux cas (cf. Luc 1, 5-22), un même schéma connu de l’Ancien Testament : le récit d’Annonciation. On en repère aisément ici les éléments principaux, que nous suivons ici.


La manifestation du messager de Dieu


L’ange Gabriel s’est présenté à Zacharie dans le Temple illustre de Jérusalem (1, 19) pour annoncer la naissance du Baptiste. La seconde Annonciation a lieu en un coin obscur de Galilée, Nazareth. Jésus sera le Messie des humbles, des provinciaux. Luc présente Marie, une vierge, comme mariée à « un homme de la maison de David », famille dont doit naître le Messie, d’après une relecture chrétienne de la prophétie de Nathan (1ère lecture). Selon la coutume, un temps notable s’écoulait entre la conclusion du mariage et l’installation de l’épouse, en l’occurrence Marie, chez son époux.

L’ange salue Marie en lui donnant pour nom « Comblée-de grâce », un titre que la suite éclairera. « Le Seigneur est avec toi », ajoute Gabriel. Cette formule, dans maints récits de vocation, d’annonciation (Moïse : Exode 3, 12 ; Gédéon : Juges 6, 12), signifie que Dieu confie une mission à quelqu’un et lui apporte son soutien.


La réaction de Marie

Zacharie était saisi de crainte (Luc 1, 12) et il (Luc 1, 20) douta. Le bouleversement de Marie tient simplement à une interrogation sur ce que Dieu attend d’elle. Avec son lyrisme bien connu, saint Bernard (1090-1153) s’adresse à Marie en ces termes : « Ne tarde plus, Vierge Marie. (…) Vite, réponds à l’ange, ou plutôt, par l’ange réponds au Seigneur. Réponds une parole et accueille la Parole ; prononce la tienne et conçois celle de Dieu ; profère une parole passagère et étreins la Parole éternelle. »


Le message de l’ange


Voici en quoi Marie est « comblée de grâce » : Dieu la charge d’enfanter le Messie. Car l’ange (c’est-à-dire l’évangéliste, en fait !) assemble une mosaïque d’expressions qui renvoient à la promesse de Nathan (1ère lecture) et à la prophétie de l’Emmanuel : « Voici que la vierge enfantera et concevra un fils » (Isaïe 7, 14, selon la Bible grecque ; voir aussi Isaïe 9, 6). Le messager s’exprime selon les clichés de l’Ancien Testament, même si, en profondeur, « le règne qui n’aura pas de fin » évoque déjà le règne du Christ ressuscité et monté aux cieux (Actes 2, 29-36).


Objection, réponse et don d’un signe


Si Marie se souvient des merveilleuses naissances de l’Ancien Testament, si elle sait que sa mission s’impose pour maintenant, son actuelle virginité n’est-elle pas un obstacle insurmontable ? L’objection permet à l’ange d’approfondir le mystère du Messie : telle une nouvelle Ève, Marie enfantera le Vivant, le Ressuscité (Luc 24, 5), et cela par un acte créateur de l’Esprit qui présidait à la première création (cf. Genèse 1, 2). La puissance de Dieu investira Marie, telle la nuée du désert « prenant sous son ombre » la Demeure de Dieu (cf. Exode 40, 35). Et puisque l’Esprit créateur est « saint », l’enfant sera « Saint », consacré. Cet adjectif, chez les chrétiens, fut un des titres les plus anciens du Messie ressuscité (cf. Luc 4, 34 ; Actes 3, 14).

Déjà – tel est le signe –, Dieu a réalisé pour Élisabeth, stérile et âgée, ce qu’il avait accompli pour Sara (cf. Genèse 18, 14). Marie croit-elle que Dieu peut faire plus encore, et introduire son Fils, grâce à elle, par une création qui enracine Jésus en « Adam, fils de Dieu » (Luc 3, 38) ?

Oui, elle le croit ! Elle est la figure de l’Église chargée d’enfanter son Sauveur au monde d’aujourd’hui. Elle est le modèle de tout croyant qui se fait serviteur de la parole du Seigneur, qui sait que « rien n’est impossible à Dieu ». David voulait bâtir une demeure pour l’arche sainte. En Marie, portant en elle le Sauveur, la piété chrétienne populaire, dans les litanies de la Vierge, saluera, avec une réelle finesse exégétique, « l’Arche de l’Alliance ».


Page précédente           Sommaire Paroles pour prier           Accueil site