Parole de Vie..   
Commentaires du Père Claude Tassin

4e dimanche de Pâques B (22 avril 2018)




Actes 4, 8-12 (En dehors du Christ, il n’y a pas de salut)


« Par quel Nom avez-vous fait cela » (Actes 4, 7) ? Cette question des grands prêtres renvoie à la guérison d’un infirme opérée par Pierre au Temple (cf. Actes 3, 1-10). La question met en avant le thème du « *Nom », d’une autorité de référence. Pour notre auteur, la comparution des témoins du Christ, « remplis de l’Esprit Saint », devant les tribunaux est moins l’occasion de se défendre que de donner à l’Évangile toute la publicité qu’il mérite (cf. Luc 21, 12-15).

Ici, dans le message de Pierre, les mots « salut » et « sauver » sont la clé de lecture. Dieu avait, littéralement, « relevé » Jésus (verset 10). De même, Pierre a « relevé » l’infirme (Actes 3, 7), en invoquant la puissance de Jésus, son Nom. L’agir de Jésus en cet événement montre donc qu’il est vivant et qu’il sauve ceux que, par la maladie, la mort voudrait tenir en son pouvoir. Or, si le don de la vie est la prérogative de Dieu seul, c’est que, depuis Pâques, Dieu « a donné aux hommes » son Fils ressuscité pour qu’il les sauve de la mort.

Pierre en voit la prophétie dans l’image de la pierre qui, au Psaume 117(118), 22, évoque le Messie, pierre de rebut, par la Passion, devenu pierre d’angle de l’édifice des croyants, par la résurrection (comparer 1 Pierre 2, 7-8). Ce Messie, selon le sens du psaume dans l’Ancien Testament, a failli périr au combat. Mais, Dieu lui ayant donné la victoire, il devient source de fête et de joie pour son peuple libéré. Pour les premiers chrétiens, ce psaume trouve son vrai sens, son accomplissement, dans la résurrection de Jésus.


* Le Nom. En certaines cultures, le nom, c’est la personne elle-même. Nous disons nous-mêmes : « Untel, c’est un nom ! » Le nom que j’emploie (« mon général » ou « mon ami »...) précise ma juste relation avec quelqu’un. Jésus (Ieshoua) signifie « Dieu sauve ». En invoquant ce Nom, je m’adresse à celui par qui Dieu me sauve. Pour le judaïsme, on parle de Dieu en disant : « le Nom ». Pour le chrétien, Dieu se révèle dans le nom de Jésus, et il lui donne son propre nom, celui de « Seigneur ».




1 Jean 3, 1-2 (Dans son amour, Dieu fait de nous ses enfants)


Comment sauriez-vous que je ressemble à mon père si vous ne l’avez jamais rencontré ? Mais peut-être, en me voyant à côté de mon frère, découvrirez-vous que nous avons un air de famille. Dans la foi, le mystère est plus complexe encore. Je sais bien que, depuis mon baptême, le Christ me transforme à sa ressemblance, mais je ne l’ai pas encore vu face à face.

Les membres de la communauté de saint Jean se définissent comme « enfants de Dieu ». C’est le grand amour du Père qui, pour nous, a fait de cette dignité une vocation (« appelés ») et une réalité (« nous le sommes »), et c’est pour cette mission que Jésus est venu : « Ceux qui croient en son nom, il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu » (prologue de l’évanglile de Jean, 1, 12). Mais « *le monde » ne comprend pas nos choix dans la vie quotidienne, puisqu’il n’a pas découvert en Jésus le Dieu qui veut faire de nous ses enfants, à l’image du Christ (comparer Romains 8, 28-30). Il reste qu'en cherchant à agir selon notre vocation filiale, nous pouvons étonner le monde, l’étonner en bien. En outre, les vrais croyants ne saisissent pas eux-mêmes combien ils ressemblent au Fils de Dieu.

Notre vocation comporte donc une ultime étape, « lorsque paraîtra le Fils de Dieu ». Nous serons alors transfigurés en sorte de le connaître tel qu'il est et de découvrir notre vrai visage. Tel est le véritable aboutissement du temps pascal qu’est l’histoire des humains.


* « Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique » (Jean 3, 14). Nous partageons donc l’amour de Dieu pour tous les hommes. Cependant, chez Jean, le terme « monde » a souvent un sens négatif. Il représente ceux qui refusent le Fils de Dieu. Au départ, il s’agissait de ceux des Juifs qui refusent Jésus. Mais en 1 Jean, étape ultérieure de cette littérature johannique, « le monde » inclut même des chrétiens qui s'égarent. La foi ne fait pas l'unanimité, rappelle l’Apôtre, et nous devons être lucides sur nos complicités possibles avec l'incrédulité.




Jean 10, 11-18 (Le Bon Pasteur se donne pour son troupeau)


Dans la Bible, comme dans d’autres civilisations orientales, le berger est la figure du roi (ainsi en Ézékiel 34 ou Jr 23, 5) Dans ce chapitre 10 de Jean, Jésus a d’abord évoqué le rôle typique du berger (versets 1 à 6). À présent, il se présente comme ce vrai berger. Vrai berger parce que, sans poser de limites, il risque sa vie pour ses brebis. Déjà, par le prophète Ézékiel, Dieu annonçait la fonction pastorale du Messie à venir, un nouveau David : « Je (res-)susciterai pour le mettre à leur tête un pastaeur qui les fera paître, mon serviteur David (Ézékiel 34, 23). On aura noté, dans la Bible grecque, l’équivoque entre « susciter » et « ressusciter » ; c’est le même verbe.

En fonction du génie de l’évangéliste, nous pouvons lire le texte deux fois : La première fois, on verra ce que fut la mission terrestre de Jésus allant vers sa Passion par dévouement pour son troupeau. La seconde fois, on entendra le Christ ressuscité nous disant qui il est aujourd’hui pour nous, si nous le suivons. Au cœur du temps pascal, c’est sur ce second aspect que nous devons insister.


Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis


Littéralement, selon la culture grecque, Jésus est « le beau berger », c’est-à-dire l’idéal de ce qu’on attend d’un « vrai berger ». Ce vrai berger « expose » sa vie (mieux que la traduction « donne sa vie »). Pensons au jeune David, figure du Messie, qui exposait sa vie pour les brebis de son père (1 Samuel 17, 34-35). La traduction « mercenaire » du lection naire est excessive. Il s'agit plutôt de l’opposition entre le propriétaire du troupeau et le « salarié » qui n’a pas d’intérêt direct dans le cheptel. Mais la relation se complique. Celui qui connaît vraiment une personne, c’est celui qui aime cette personne. Jésus aime les brebis, non parce qu’il en est propriétaire, mais parce qu’il aime Dieu son Père et qu’il sait ce que ce Père attend de lui. « Et mes brebis me connaissent », ajoute l’évangéliste. C’est de fait l’expérience du gardien de troupeaux : ses « ouailles » (ce vieux mot signifie « brebis ») ne suivent que celui qui les nourrit et les soigne.

Que dire, en clair, quand Jean écrit son évangile, plus de cinquante ans après la Pâque ? Des « loups », pasteurs intéressés et cupides (cf. Matthieu 7, 15 ; Actes 20, 28-29), ne sont pas prêts à risquer leur vie pour défendre un visage du Christ qui suscite l’opposition des Juifs, qui provoque la risée des Grecs, et l’irritation de certaines Églises à la foi ambiguë. Ils préfèrent abandonner leur troupeau...


Un seul troupeau, un seul pasteur


Quelles sont ces « autres brebis qui ne sont pas encore de cette bergerie » ? Pour maints commentateurs, il s’agit des païens, par rapport aux Juifs auxquels s’était adressé Jésus durant sa mission terrestre. Mais cette interprétation oublie que l’Évangéliste écrit à la fin du 1er siècle. L’Église à laquelle il s’adresse est, depuis longtemps, composée de Juifs et de Grecs. En Jean 21, 15-23, appendice de l’évangile, deux groupes se font face : ceux qui se réclament du « Disciple que Jésus aimait », et qui a maintenant disparu, et la grande Église qui suit Pierre. Mais tous peuvent à présent former *un seul troupeau derrière Pierre, puisque celui-ci, par son martyre, aura prouvé son amour pour Jésus.


Le secret de la « pastorale »


Le commandement particulier que Jésus a reçu de Dieu, c’est de donner sa vie librement pour la reprendre ensuite, comme le Maître « déposait » et « reprenait » son vêtement pour laver les pieds des siens (cf. Jean 13, 4.12). En Jésus qui dépose sa vie et la reprend, Le Père montre son amour sans limites et le triomphe de cet amour qui donne la vie. Ce don de soi, que le Père aime, est le fondement même de la fonction pastorale sur laquelle nous méditons en ce dimanche de prière pour les vocations.


* Un seul troupeau, un seul pasteur. « S’il y a de bonnes brebis, il y a aussi de bons pasteurs, car c’est avec les bonnes brebis que l’on fait de bons pasteurs. Mais tous les bons pasteurs se retrouvent en un seul, ils ne font qu’un. Ils font paître les brebis, et c’est le Christ qui les fait paître (…) parce que c’est sa voix qui est en eux, c’est sa charité qui est en eux. Car Pierre lui-même, à qui il confiait ses brebis, comme à un autre lui-même, il voulait qu’il ne fasse qu’un avec lui ; il voulait lui confier ses brebis de telle sorte que lui-même resterait la tête, tandis que Pierre représentait le corps, c’est-à-dire l’Église ; de telle sorte que, comme l’époux et l’épouse, à eux deux, ils ne feraient plus qu’un » (saint Augustin, Sermon sur les Pasteurs).



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