Parole de Vie..   
Commentaires du Père Claude Tassin

4e dimanche de Pâques A (7 mai 2017)




Actes 2, 14a.36-41 (Pierre appelle à la conversion, et il baptise les premiers convertis)


Nous entendons aujourd’hui la fin du discours de la Pentecôte attribué à Pierre. Avant la mention conclusive du succès de cette prédication, on distingue cinq éléments :

1) Pierre achève son annonce de la Résurrection de Jésus. Il la présente comme une intronisation royale réparant l’injustice de la Passion. En élevant Jésus dans les cieux, Dieu fait de lui « le Seigneur », comme l’appelaient les premières Églises de langue grecque, et « le Christ », c’est-à-dire Messie, comme l’invoquaient les chrétiens d’origine juive.

2) Remués par le discours, les auditeurs posent la question qu’entendait Jean Baptiste autrefois, lorsqu’il prêchait le baptême : « Que devons-nous faire ? » (cf. Luc 3, 10). De fait, le baptême est évoqué au verset suivant.

3) En réponse, Pierre appelle à “ se convertir ” du refus que l’on a opposé au message de Jésus. Que l’on se fasse baptiser sous l’invocation, par le nom de « Jésus Christ ». Cette démarche amènera le pardon de Dieu et le don de l’Esprit. Pour Luc, en effet, tout baptême est un baptême dans l’Esprit Saint, visant la réception de l’Esprit qui, à la fois, recrée l’homme et fait de lui un prophète.

4) « La promesse », c’est-à-dire le don de l’Esprit, ne concerne pas seulement les Juifs témoins de la Pentecôte, mais aussi, en des cercles de plus en plus larges, « vos enfants », les Juifs dispersés par le monde, et « *ceux qui sont loin », les païens.

5) Pierre est le modèle du prophète chrétien qui « témoigne » (ou adjure) et « exhorte » à se séparer de la « génération égarée », celle qui, au désert, résistait aux appels de Dieu (cf. Deutéronome 32, 5). De cette génération, trois mille adorateurs du veau d’or avaient péri (Exode 32, 28). En regard et selon la mise en scène de Luc, trois mille personnes s’adjoignent à la communauté des sauvés en ce jour de Pentecôte.


* « Ceux qui sont loin ». L’expression vient d’Isaïe 57, 19 et y désigne soit les Juifs exilés, éloignés de Jérusalem, soit les pécheurs éloignés du Seigneur. Le Nouveau Testament a nettement choisi d’appliquer ce verset aux païens (voir Éphésiens 2, 13.17). Même en Marc 8, 3, lors de la deuxième multiplication des pains, « ceux qui sont venus de loin » annoncent la future mission universelle, comme le fait Pierre dans la conclusion de son discours de la Pentecôte.




1 Pierre 2, 20b-25 (Celui qui a souffert pour nous est devenu notre berger)


L’allusion finale au berger coïncide avec l’évangile du bon pasteur, chez Jean. Le contexte originel (1 Pierre 2, 18-25) est important. Dans cette instruction, l’auteur invite les esclaves domestiques chrétiens à la soumission, surtout envers les maîtres païens, parfois acariâtres et injustes. Il motive ce conseil en citant une hymne des premières Églises qui adapte au Christ de la Passion la figure du Serviteur souffrant (cf. Isaïe 53, 4-12) : « C’est pour vous que le Christ a souffert... »

Ces esclaves, même s’ils ne peuvent pas se libérer socialement, réaliseront leur vocation chrétienne en s’identifiant au Christ qui, injustement traité, s’en remettait à Dieu, « à Celui qui juge avec justice ». Jésus portait nos péchés. Par son apparence avilie, il s’est identifié à notre situation de pécheurs pour nous en guérir et nous dissuader de rester dans l’injustice. « C’est par ses blessures que vous avez été guéris », littéralement « par ses meurtrissures » ; ce mot d’Isaïe 53, 6 évoque les traces des coups de fouet, trop bien connus des esclaves. Mais, jadis égarés dans leur paganisme, ils ont maintenant trouvé le bon berger annoncé par les prophètes (Ézékiel 34, 5-6 ; Isaïe 53, 6).

Le chrétien engagé qui s’emploie aujourd’hui à changer les structures d’injustice s’étonne de ce discours apparemment conservateur. Mais l’Église chétive à qui s’adresse cette lettre de Pierre était bien incapable de changer quoi que ce soit dans la société. Il reste alors un moyen de relever l’homme ; c’est de lui révéler sa dignité : l’opprimé conscient de partager la destinée de son Seigneur n’aura plus jamais une âme d’esclave.



Jean 10, 1-10 (Jésus est le bon pasteur et la porte des brebis)


La lecture de Jean 10, sur le bon Pasteur, s’étale, au temps pascal, sur les trois années liturgiques, le 4e dimanche de Pâques. Nous lisons la première partie du discours, qui s’enchaîne avec l’épisode de l’Aveugle-né (Jean 9, 4e dimanche de Carême). Les auditeurs sont toujours ces pharisiens qui refusent de voir en Jésus la lumière et excluent ceux qui croient en lui. Le passage s’ouvre par une « parabole », une évocation de la fonction de berger, opposée aux voleurs. Puis, comme les pharisiens « ne comprennent pas ce qu’il voulait leur dire », un nouveau développement suit, introduit aussi par la formule « Amen, Amen », mais maintenant formulé à la 1ère personne, « Je suis la porte des brebis », et qui a valeur explicative de la première partie.


Parabole pastorale


Maintes pages bibliques évoquent la figure du berger, guide et souverain d’Israël. Ici, le ton polémique du tableau s’inspire des reproches que Dieu adressait aux mauvais pasteurs (ainsi Jérémie 23, 1-4 ou Ézékiel 34,7-10). L’évangéliste s’en prend à ceux qui, clandestinement et par effraction, voudraient supplanter le Berger attitré, le guide autorisé des brebis et que « le portier » (Dieu ?) laisse seul entrer et sortir, ce couple entrer/sortir désignant dans la culture juive l’ensemble des activités humaines.

Nous n’aimons pas nous identifier à la masse anonyme d’un troupeau de moutons. Or l’image biblique traditionnelle subit ici net déplacement, dans le sens d’une liberté et d’une intimité étroite entre le berger et chaque membre du troupeau. Jadis, Dieu appelait le Peuple exilé « par son nom », pour un nouvel Exode (Isaïe 43, 1-2). De même, le Berger connaît chaque brebis personnellement, « par son nom », et elles le reconnaissent à sa voix. Voilà pourquoi, quand il « les conduit dehors » et « marche à leur tête » pour le nouvel Exode (f. Isaïe 40,1-2.11) de la foi pascale, « elles le suivent ». Ce qu’elles ne feraient pas avec « un inconnu » dont, au contraire, elles se méfient, comme de tout mauvais pasteur.


« Je suis la porte »


Ce développement ultérieur se polarise sur un élément du tableau précédent : la porte. L’image de « la Porte de Brebis » était parlante pour les gens de Jérusalem, puisque c’était le nom du portique nord du Temple. Au sens premier, Jésus ne se définit pas comme la seule porte par laquelle les pasteurs devraient passer pour gouverner l’Église. Il est plutôt la porte par laquelle les brebis peuvent « aller et venir », en toute liberté, et « trouver un pâturage » (écho du Psaume 22[23], après la 1ère lecture). Bref, qui passe par lui, et lui seul, sera sauvé et obtiendra une vie surabondante.

« Les voleurs et les bandits » venus avant ou à la place de (les deux sens de la préposition en grec sont possibles) Jésus ne sont pas identifiés. L’évangéliste peut viser les dirigeants juifs qui, à la fin du 1er siècle, tentent de détourner les chrétiens de leur credo (comparer le dialogue entre l’Aveugle-né et les pharisiens en Jean 9, 35-39). Il peut s’agir aussi de certains cercles chrétiens rivaux de la communauté de Jean, cercles considérés comme proposant une foi édulcorée qui ne donne pas à la personne de Jésus sa pleine stature divine ou au moins son égalité avec Moïse, que Dieu avait choisi pour guider son peuple (Psaume 76[77], 21).

Mais ceux qui prétendent diriger les brebis à la place de Jésus ne sont que des voleurs, puisque, selon les prophéties sous-jacentes, le troupeau appartient à Dieu. En détournant les brebis de leur véritable nourricier, ces intrus ne peuvent que faire périr et sacrifier celles-ci par leur incompétence. Cependant le croyant restera confiant : sa foi est une communion personnelle avec Jésus ; elle ne se laisse pas aisément dénouer par des voix étrangères. Ces trois lectures éclairent *la journée des vocations.



* Journée des vocations. Chaque année, le 4e dimanche de Pâques, autour du chapitre évangélique sur le bon pasteur, se propose comme une journée de prière, voire de témoignages, concernant les vocations. Ces vocations ne se limitent pas à la « pastorale » des ministères instituées. La finale du discours de Pierre (1ère lecture) insiste sur la mission universelle des baptisés vers « ceux qui sont loin » et son épître (2e lecture) souligne, à l’exemple de ce qu’il écrit lui-même, un devoir de consolation, d’encouragement à l’égard de ceux qui souffrent injustement.




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