Parole de Vie..   
Commentaires du Père Claude Tassin

7e dimanche ordinaire (19 février 2012)




Isaïe 43, 18-19.21-22.24c-25 (Dieu pardonne les péchés d’Israël)


L’auteur, appelé « le Second Isaïe », s’adresse aux Juifs déportés à Babylone, vers 539 avant notre ère, quand il devient clair, la politique de Cyrus aidant, que Dieu va les libérer. Le proçphète doit à la fois les encourager (1) et les éclairer sur les véritables motivations de Dieu (2).

1. « Ne vous souvenez plus d’autrefois. » Cet autrefois était l’épopée de l’Exode, quand Israël était passé de l’esclavage de l’Égypte à la liberté. Mais, à s’émerveiller du *bon vieux temps, on manque les rendez-vous du présent. Or Dieu va lancer un nouvel Exode et la véritable recréation d’un peuple qui « redira la louange » de son Dieu, au présent.

2. « Toi, Jacob, tu ne m’avais pas appelé… » Vous aimez le passé ? Pour moi, dit le Seigneur, le passé est l’époque où, à Jérusalem, vous ne vous fatiguiez guère pour moi, dans votre culte et votre vie morale. Vous m’avez fatigué plus qu’un homme ne fatiguerait son esclave. Si je tire un trait sur ce passé, si je pardonne, « c’est à cause de moi-même », de ma royale libéralité, non pour vos mérites.

Il est difficile de découvrir un Dieu toujours nouveau et, reconnaissant sa nouveauté dans les faits, de nous écrier : « Nous n’avons jamais rien vu de pareil » (évangile). Cette nouveauté se traduit dans son pardon accordé dès maintenant, au fil de l’histoire, par son Fils.


* Le bon vieux temps ? « Quand nous souffrons tels malheurs, savons-nous si (nos ancêtres) n’ont pas souffert les mêmes ? On rencontre pourtant des gens qui récriminent sur leur époque et pour qui celle de nos parents était le bon temps ! Si l’on pouvait les ramener à l’époque de leurs parents, est-ce qu’ils récrimineraient pas aussi ? Le passé, dont tu crois que c’était le bon temps, n’est bon que parce que ce n’est pas le tien » (saint Augustin).




2 Corinthiens, 1, 18-22 (Le « oui » du Christ commande notre loyauté)


La première lettre de Paul aux Corinthiens abordait les problèmes internes de cette Église. La seconde épître, composée d’ailleurs de plusieurs lettres, veut préciser comment Paul conçoit son apostolat, contre des missionnaires rivaux qui veulent se faire briller aux yeux des fidèles. En effet, entre son « nous » (Paul et ses collaborateurs) et le « vous » (les chrétiens de Corinthe), il y a un conflit. Paul avait prévu deux visites à Corinthe (2 Corinthiens 1, 15-16). Mais la première s’est mal passée : il s’est fait insulté en public. Ajournant la seconde visite, il a préféré envoyer une lettre. Les Corinthiens en concluent que Paul est inconstant, disant « oui » ou « non » au gré des vents. Jésus disait : « Que votre parole soit Oui ? Oui ! Non ? Non ! Ce qu’on dit de plus vient du Mauvais » (Matthieu 5, 37).

Paul déplace le problème : l’essentiel ne tient pas dans la fidélité des apôtres à leur agenda. Que plutôt, dans ces changements de programme dus à la délicatesse de Paul, qui refuse de sévir, les chrétiens sachent plutôt découvrir l’indéfectible fidélité de Dieu à leur égard. D’où cette étonnante présentation de l’Évangile.

Dieu est fidèle – c’est « le Dieu de l’Amen », dit Isaïe 65, 14, et son Fils Jésus, en toute sa destinée, fut le Oui donné au vouloir du Père et à sa mission auprès de ses frères. Réciproquement, toutes les promesses que Dieu a faites aux hommes ont leur confirmation dans la personne du Christ, lui que l’Apocalypse (3, 14) appellera « l’Amen, le témoin fidèle et véridique ». C’est lui que les Apôtres annoncent aux Corinthiens et, en l’annonçant, ils disent leur Oui à Dieu pour que rayonne sa présence (sa gloire).

Ainsi, la solidité des relations entre les apôtres et les chrétiens « pour le Christ » ne vient pas de tractations humaines C’est Dieu qui consacre ses envoyés par une onction, une « marque » (ou « sceau »), en leur donnant l’Esprit Saint qui inspire leur prédication et leurs actes. Bref, ils sont des prophètes (cf. Isaïe 61, 1-2), et ils doivent être reçus comme tels.

Entre ceux qui annoncent l’évangile et ceux qui l’accueillent doit s’établir une relation franche et délicate. Combattant toute arrière-pensée, notre foi voit en Dieu le Oui adressé aux espérances humaines. Et ce Oui requiert de notre part un Oui sans calcul.



Marc 2, 1-12 (Guérison d’un paralysé, signe du pardon des péchés)


Après la purification du lépreux, Jésus regagne Capharnaüm, point de départ de sa mission (cf. Marc 1, 21). Les épisodes à suivre révèlent l’autorité de Jésus. La page que nous lisons a l’allure d’un récit de guérison. Mais ce n’est qu’un prétexte pour affirmer l’autorité de Jésus sur le péché.


La guérison d’un paralysé


La cohue confirme la réputation grandissante de Jésus. L’exiguïté de la maison, peut-être celle de Simon Pierre, prépare l’entrée insolite du paralysé. Et, chez Marc, « la mai­son » est souvent le cadre d’un enseignement sur l’Église à venir. Ici, Jésus apparaît comme le missionnaire qui « annonce la Parole », parole qui guérit et pardonne. Dans l’audace des brancardiers décoiffant le chaume du toit, Jésus lit un signe de foi. À cause de cette foi, Jésus relève le malade.

Notons trois caractéristiques des miracles dans l’évangile de Marc : D’abord, le premier aspect du miracle tient en cela que la personne de Jésus suscite la confiance. Cette foi initiale du suppliant, victoire sur sa désespérance, permet à Jésus d’opérer la guérison (comparer Marc 5, 34 ; 6, 5 ; 8, 21-24). En deuxième lieu, le malade arrive dépendant, conduit, voire même porté par l’entourage (de même en 8, 22). Jésus rend à l’homme guéri son autonomie, sa place « dans sa maison » (cf. aussi 8, 26). Enfin, Jésus emploie le vocabulaire de la résurrection : « Lève-toi » (de même en 1, 31). Le sens des récits déborde celui d’une guérison. Le lecteur croyant est interpellé : c’est lui que Jésus relève aujourd’hui, par la puissance de sa résurrection.


Le pardon des péchés


Jésus ne dit pas : « Je te pardonne tes péchés », mais : « Tes péchés sont perdonnés » et, selon le langage biblique, on doit sous-entendre « par Dieu », comme complément d’agent. Mais les scribes malveillants veulent plutôt comprendre que Jésus s’arroge le droit de savoir que Dieu pardonne, ou, pire, de prendre la place de Dieu, un blasphème passible de châtiment.

Déjà l’évangéliste aiguise notre regard sur Jésus, puisqu’il nous le montre per­çant les débats intérieurs des scribes. Puis l’argument, fort subtil, implique deux niveaux. En surface, le pivot est le verbe « dire » : il est facile de dire : « tes péchés sont pardonnés », puisque le fait est invérifiable. Il est moins facile de dire : « marche », puisque, là, l’autorité prétendue est contrôlable.

Mais guérir un infirme ne prouve pas l’autorité sur le péché, un pouvoir qui est d’un autre ordre. En son fond, l’argument en appelle à la foi : à celui qui déjà a pouvoir de faire marcher un paralysé, ne peut-on pas aussi faire crédit d’un pouvoir sur le péché ? On le peut, si l’on croit qu’il est le Fils de l’homme. *Le Fils de l’homme est l’être céleste à qui, selon Daniel 7, 14 et d’autres traditions juives, Dieu a remis tout pouvoir. C’est, pour les premiers chrétiens, un titre saluant la royauté du Ressuscité.


Une situation d’Église


Dans cette scène, Marc a en vue l’Église pour laquelle il rédige son évangile.. C’est en elle que l’on dit, entre frères : « tes péchés sont pardonnés » par Jésus, parce qu’il est le Fils de l’homme souverain. C’est l’Église primitive que les scribes juifs critiquent pour un tel blasphème. « Sur la terre », nos Églises ont mission d’actualiser cette nouveauté : par le baptême et les autres sacrements, par le pardon quotidien, nous rendons visible le pouvoir du Christ sur le péché.


* Le Fils de l’homme. En fait, suivi par Matthieu et Luc, Marc confère à cette expression une étonnante subtilité. En effet, elle peut signifier simplement « l’être humain que je suis », comme lorsque Dieu interpelle le prophète Ézékiel comme « fils d’homme » (par exemple, Ézékiel 2, 1). En même temps, il s’agit bien du Fils de l’homme céleste, juge de l’univers, selon les apocalypses juives. Ainsi, dans notre page d’évangile, la déclaration peut et doit s’interpréter de deux manières : bien que fils de l’homme (simple être humain), Jésus a le pouvoir de remettre les péchés. Et parce qu’il est le Fils de l’homme (juge céleste mandaté par Dieu), il a autorité sur le péché.


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