Parole de Vie..   
Commentaires du Père Claude Tassin

Baptême du Seigneur B (8 janvier 2018)



Is 55, 1-11 (Voici de l’eau, venez et vous vivrez)


Nous lisons ici l’épilogue du Livre de la Consolation (Isaïe 40 – 55). Le prophète a longuement annoncé la libération des Juifs déportés à Babylone. Il suffit maintenant d’y croire. D’où ces interpellations vibrantes :

1) « Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau ! » C’est le cri du porteur d’eau. Mais, sans argent, les assoiffés se fatiguent pour ne rien gagner. Tels sont les Exilés (cf. Isaïe 41, 17). Qu’ils aient soif de Dieu, *soif de la parole de Dieu, source de vie, et le bonheur viendra : vin, lait et viandes savoureuses. Qu’ils aient soif de sa Sagesse (comparer Proverbes 9, 1-5).

2) Dieu promet « une alliance éternelle ». Le peuple entier rayonnera de la grandeur qu’avait le roi David. Il convoquera les nations à son gré car Jérusalem deviendra le centre de l’univers, résidence du « Saint d’Israël ».

3) Ce Dieu si grand est proche, il se laisse trouver. Ceux qui, dans leur exil, s’étaient laissé aller à l’infidélité doivent se convertir. Nulle rancune possible en Dieu, tant ses pensées sont nobles et élevées.

4) C’est par sa Parole que le Créateur agit, lorsqu’il fait pleuvoir et neiger pour donner à l’homme sa subsistance. C’est la même Parole qui annonce la délivrance : elle dit ce que Dieu veut, elle fera ce que Dieu dit.

Sur l’eau du baptême de Jésus, la Parole retentit des cieux. Dans le mystère de Pâques, elle ne remontera vers le Père « sans avoir accompli sa mission ».


* Soif de la parole de Dieu. « Celui qui a soif se réjouit de boire, mais il ne s’attriste pas de son impuissance à épuiser la source. Mieux vaut que la source épuise ta soif plutôt que ta soif épuise la source. Si ta soif est étanchée sans que la source soit tarie, tu pourras y boire à nouveau, chaque fois que tu auras soif. Si, au contraire, en te rassasiant, tu épuisais la source, ta victoire deviendrait ton malheur. (…) N’aie l’impudence, ni de vouloir prendre d’un coup ce qui ne peut n’être pris en une fois, ni de t’écarter de ce que tu pouvais prendre peu à peu » (Saint Éphrem, 306-373).




1 Jean 5, 1-9 (L’Esprit, l’eau et le sang)


Contre des meneurs qui dénaturaient la foi et menaçaient l’unité de l’Église, le texte se déploie en deux vagues :

1) « Tout homme qui croit... » Croire, c’est voir en Jésus l’envoyé de Dieu, « le Christ ». Alors, on naît de Dieu (cf. Jean 1, 12). Croire, c’est se lier, donc aimer Dieu et ceux qui sont nés de lui. La charité fraternelle relève non du sentiment, mais de la foi qui voit dans les autres des « enfants de Dieu ». Aimer Dieu, c’est vouloir lui plaire, donc accomplir ses commandements qui demandent la foi et l’amou : « Voici son commandement : avoir foi en son Fils Jésus Christ et nous aimer les uns les autres comme il nous l’a commandé » (1 Jean 3, 23). Ainsi sommes-nous vainqueurs « du monde », c’est-à-dire des ténèbres de la non-foi où prospèrent les faux prophètes (cf. 4, 1-6).

2) Un triple témoignage. Jésus est « venu par l’eau », car son baptême par Jean annonçait le don de l’Esprit Saint (Jean 1, 32-34). Mais l’eau ne suffit pas ; il y a « l’eau et le sang » jaillis du côté ouvert (Jean 19, 34), témoignage d’un amour sans limites. Ces deux signes s’unissent dans le témoignage de l’Esprit qui est Vérité. Fruit du baptême et de l’eucharistie, il rend vrai en nous ce que Jésus a fait pour nous. Nous croyons, nous aimons, et notre vie se transforme : c’est en nous-mêmes que Dieu rend témoignage à son Fils. Même sans * « l’incise johannique », c’est l’œuvre de la Trinité qui est mise en valeur.


* « L’incise johannique ». À partir du 4e siècle, quelques manuscrits latins su Nouveau Testament rendent le verset 8 ainsi : « Il y en a trois qui témoignent [dans le ciel : le Père, le Verbe et l’Esprit Saint, et ces trois sont un ; et il y en a trois qui témoignent sur terre] : l’Esprit, l’eau et le sang, et ces trois sont eux. » C’est une glose que les bibles modernes ne retiennent plus. Le Nouveau Testament ne « définissait » pas la Trinité. Il montrait comment Dieu s’est révélé dans l’histoire, dès le Baptême de Jésus, comme Père, Fils et Esprit.



Marc 1, 7-11 (Le baptême de Jésus)



À la différence des autres évangélistes, Marc introduit Jésus de manière abrupte dans la scène du baptême, non sans un prélable sur le rapport entre Jean Baptiste et Jésus.


Jean, le Précurseur


Marc suit la tradition évangélique qui définit la mission du Baptiste. à peine ajoute-t-il le verbe « se courber » accentuant l’humilité du personnage. L’expression « celui qui vient derrière moi » désignait un disciple. De fait, Jésus commença sa mission comme disciple du Baptiste (cf. Jean 3, 26). Jean s’incline. Il reconnaît la supériorité du baptême de Jésus. Dieu l’avait promis : « Je verserai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés... Je mettrai en vous mon Esprit » (ézékiel 36, 25-27). C’est par Jésus qu’adviendra cet événement décisif.


Le baptême de Jésus


Peut-on imaginer mention plus sobre de l’événement ? Nazaréen, « provincial » de Galilée, ce Jésus se fait baptiser, solidaire de ceux qui optaient pour la voie du repentir (Marc 1, 3). Le lieu est lourd de signification : c’est « le Jourdain qui retourna en arrière » (Psaume 113, 1 ; cf. Josué 3, 14-17), ouvrant l’accès en Terre promise. Avec Jésus, un nouvel Exode commence, celui de la conversion. Ce baptême semblait inféoder Jésus au Baptiste et, après l’Ascension, la rivalité persista entre baptistes et chrétiens (cf. les échos en Luc 3, 15 ; Actes 19, 1-6 ; Jean 4, 1-2). Les évangiles préfèrent donc mettre l’accent sur la scène de révélation qui suit.


La révélation de la mission de Jésus


1) « Jésus vit le ciel se déchirer. » En ce temps-là et depuis longetemps, il n’y avait plus de prophètes. On disait que le ciel était fermé. « Ah ! Si tu déchirais les cieux », implorait la liturgie juive en Isaïe 63, 19. Avec Jésus, Dieu parle à nouveau ; la prophétie revient, qui avait été inaugurée par Moïse.

2) « L’Esprit... comme une colombe. » Des siècles de commentaires n’ont pas vraiment réussi à élucider le rapport symbolique entre l’Esprit et la colombe. Sans doute ce rapport est-il multiforme et doit inclure l’allusion à l’Esprit qui planait sur les eaux (Genèse 1, 2). Ainsi Jésus inaugure une nouvelle humanité qui vaincra la tentation (cf. Marc 1, 12 s.). Il faut rappeler aussi Isaïe 63, 13-14, passage où, selon la Bible grecque, l’Esprit Saint descend sur le peuple et le mène en exode par le désert, sous la conduite de Moïse. De nouveau, Jésus apparaît comme le nouveau Moïse, chef du nouvel Exode des croyants.

3) La voix du Père dessine une somptueuse icône de son Christ. « C’est toi mon Fils », comme le roi Messie prophétisé par le Psaume 2, 7 : voilà l’annonce de la résurrection. « Bien-aimé », comme Isaac, lors de son sacrifice (Genèse 22, 2, 12, 16) : voilà l’annonce de la Passion. « En toi j’ai mis tout mon amour », comme le Serviteur de Dieu (Isaïe 42, 1) qui apporte la lumière aux nations : voilà l’annonce de sa mission prophétique.


En fait, les évangélistes glissent, autant qu’ils le peuvent, sur ce baptême. Ils insistent sur la révélation qui l’interprète. Jésus nous introduit à *notre baptême : il nous donne son Esprit et nous conduit vers son Père en un nouvel exode qui commence par le repentir.



* Notre baptême. Jésus de Nazareth a commencé sa mission dans l’ombre de Jean Baptiste et fut d’abord lui-même un baptiste (cf. Jean 3, 22-26) avant d’assumer sa propre mission. Les rites se transmettent fidèlement, mais leur sens doit s’adapter. Ainsi, les chrétiens reçurent de Jean le rite baptismal comme signe d’identité, mais il fallut en christianier la signification. Pour saint Luc, le baptême conduit au don de l’Esprit Saint (Actes 2, 38). Pour Paul, c’est un plongeon, une noyade du vieil homme dans la mort du Christ (Romains 6, 3-6). Pour Matthieu, c’est le signe de l’appartenance du chrétien au Dieu Père, Fils et Esprit (Matthieu 28, 19). La vie baptismale est d’une telle richesse qu’elle ne se satisfait pas d’une seule théologie.



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