Parole de Vie..   
Commentaires du Père Claude Tassin

Épiphanie du Seigneur (7 janvier 2018)




Isaïe 60, 1-6 (Les nations païennes marchent vers la lumière de Jérusalem)


Le poète a peut-être gravi très tôt le mont des Oliviers pour saisir les premiers rayons du soleil happant la hauteur du Temple, tandis que dans la vallée encore noyée d’ombre se devine le mouvement des caravanes arrivant pour le marché. Mais quand le poète se double d’un prophète, une telle scène subit une certaine transfiguration. C’est le cas ici, avec celui qu’on appelle le Troisième Isaïe. En son temps, vers 520 avant notre ère, le retour des exilés de Babylone n’a pas eu l’ampleur espérée et Jérusalem n’a retrouvé ni sa splendeur, ni sa place dans le concert des nations.

Selon la tradition biblique, un jour tous les peuples convergeraient en pèlerinage à Jérusalem. Pour le prophète, ce n’est pas le soleil qui se lève, mais la présence du Seigneur. Alors tout bouge, de partout, d’au-delà des mers et du désert. Les nations qui avaient traîné en captivité les fils et les filles de Jérusalem vers leur exil à Babylone, les ramènent dans leurs bras ; elles avaient pillé la Ville, voilà qu’elles apportent leurs propres richesses pour orner le Temple, attirées par l’éclat du Seigneur.

Pour plus de clarté, le lectionnaire ouvre ce chapitre par cette expression « Debout, Jérusalem ». En fait, ménageant un suspense, le poète n’évoquera que plus loin « Jérusalem », dans les termes suivants : « Ville du Seigneur, Sion du Saint d’Israël » (Isaïe 60, 14). Toutefois, pour Matthieu, c’est non vers Jérusalem, mais vers l’humble Bethléem que se dirigeront les mages, représentants des nations et « apporteront des présents » (Psaume 72 [71]) ; et s’il y a une ville-lumière attirante, ce doit être la personne du Christ (cf. Matthieu 4, 12-16) et la communauté de ses disciples (cf. Matthieu 5, 14-16).




Éphésiens 3, 2-3a.5-6 (L’appel au salut est universel)


Le Mystère, le plan de Dieu sur l’histoire du monde, c’est qu’il n’y a plus de mystère, de secret redoutable, comme l’explique l’auteur de cette épître. Son rôle d’apôtre, consiste à dévoiler aux chrétiens le Mystère qu’ils expérimentent sans peu-être le savoir.

1) Ce Mystère, conçu par Dieu depuis toujours, est un projet resté caché aux peuples païens aussi bien qu’à Israël. Mais il est maintenant dévoilé dans une Église bâtie sur le travail des apôtres et des prophètes (lire Éphésiens 2, 11-22).

3) Le Mystère se révèle en ceci : jusque maintenant, le choix d’Israël par Dieu avait comme barré la route aux autres nations qui ignoraient à la fois le vrai Dieu et l’espérance du Messie. Or il existe à présent une Église qui unit les contraires en son sein : les Juifs et les païens à égalité, sans discrimination.

Voilà le Mystère dévoilé : malgré ses insuffisances, l’Église est capable d’unir sous une seule Tête, le Christ, les ennemis d’hier. Construire cette unité est sa mission même. Elle annonce au monde que l’unité est possible.

*L’Épiphanie de Dieu se profilait dans le pèlerinage final des peuples à Jérusalem (1ère lecture) ; mais, pour l’évangile de la visite des mages, c’est vers le Christ lui-même que viennent les nations. Et désormais, c'est l’Église universelle qui est l’Épiphanie du Christ (2e lecture).


*L’Épiphanie. Dans les épopées de l’Antiquité, le mot « épiphanie » désignait tantôt l’apparition soudaine de l’armée ennemie, tantôt l’intervention miraculeuse d’un dieu donnant à ses protégés le salut et la victoire dans les batailles. Au sens religieux, l’épiphanie était l’incursion et la présence bénéfiques des êtres divins dans l’histoire. Le roi Antiochus IV de Syrie portait le titre d’« Épiphane », « (dieu) manifesté ». Mais, selon notre foi, c’est dans l’humilité de l’Enfant de Bethléem que surgit l’épiphanie décisive de Dieu en notre monde.



Matthieu 2, 1-12 (Les mages païens viennent se prosterner devant Jésus)


Sous le vernis d’une belle histoire, la visite des *mages, Matthieu embrasse dans cet épisode toute la destinée de Jésus. C’est un résumé de l’Évangile. Déjà Jérusalem rejette son Messie ; déjà les païens viennent adorer celui qui dira un jour à ses disciples : « De toutes les nations faites des disciples » (Matthieu 28, 19) À partir du rôle de *l’Étoile, l’épisode se divise en deux parties.


Le drame se noue.


Dans la Bible, les mages, mi-savants, mi-astrologues, sont des personnages équivoques (cf. Actes 13, 6 ss.). Ici, les mages ont vu se lever l’Étoile annonciatrice de l’avènement du « roi des Juifs ». Ce titre reviendra lors de la Passion en Matthieu 27, 11, dans la bouche de Pilate, un païen lui aussi. Selon le livre des Nombres 24, 17, se lèverait un jour « l’Étoile de Jacob » ; et les Juifs comprenaient que, sous ce symbole, il s’agissait du Messie. Le texte ne dit pas que l’astre a guidé la route des mages. Ils l’ont vu « à son lever », à son apparition. Simplement, ils viennent se renseigner tout naturellement à Jérusalem, centre du monde juif : où trouver ce roi, demandent-ils ?

D’emblée, Hérode, selon une réputation bien établie par les historiens, craint un rival. Voici réunis « les grands prêtres et les scribes » qui plus tard condamneront Jésus. Ces experts de l’Écriture Sainte citent spontanément la prophétie de Michée 5, 1 situant la naissance du Messie à Bethléem. Plus que l’Étoile, la Parole de Dieu est donc le guide déterminant des mages. Les autorités juives interprètent correctement l’Écriture, mais ne bougent pas. Pire, d’après la suite du récit, Hérode cherche bien le Messie, mais pour le supprimer. Il incarne par là le mauvais pharaon qui fit périr les enfants des Hébreux – parce que, disait une légende juive, il voulait supprimer le Sauveur hébreu (Moïse) qu’il avait vu en songe. Dès sa naissance, Jésus apparaît comme le nouveau Moïse persécuté.


Le drame se dénoue.


« Ils partirent. » Réorientés par l’Écriture entendue à Jérusalem, les mages retrouvent l’Étoile qui, cette fois, les conduit jusqu’au Messie. Deux autres fois, Matthieu évoquera la joie, celle de l’homme qui découvre le trésor du royaume des Cieux (Matthieu 13, 44) et la « grande joie » des femmes apprenant de l’Ange la résurrection de Jésus.

En vrais disciples, les mages « se prosternent ». Leurs **dons symbolisent les offrandes qui, dans l’Ancien Testament, sont apportées par les nations et les rois au Temple ou au Messie (cf. 1ère lecture et Psaume 71). Puis le projet homicide d’Hérode échoue, grâce à l’intervention divine. Les mages s’en retournent « par une autre voie », par une nouvelle manière de vivre peut-être.

Chez Matthieu, qui n’a pas de récit de la Nativité, la première manifestation du Christ est pour les païens, mais des païens qui le reconnaissent comme « le roi des Juifs ». Pour Matthieu, nul n’accède au Christ s’il ne reconnaît pas que Jésus fut d’abord et reste le Messie de cet Israël auquel il a consacré tout son ministère terrestre (cf. Matthieu 15, 24). Au seuil de l’évangile, voici donc l’avant-garde de païens qui découvrent le Christ par leur science équivoque, plus ou moins magique, mais dans l’obéissance aux Saintes Écritures : c’est la première leçon missionnaire de l’évangéliste.


*Les mages et l’étoile. Matthieu s’étonnerait des hypothèses astronomiques qui courent sur son étoile. Celle-ci n’est pas sur la voûte céleste, mais dans la Bible : selon Nombres 24, 17, se lèverait un jour « l’Étoile de Jacob » ; et les Juifs comprenaient qu’il s’agissait du Messie. Le symbole convient bien à l’histoire des mages, puisque la prophétie de l’Étoile avait été faite par Balaam, un païen que la tradition juive considérait comme un « mage ».


**Les dons des mages. « Aujourd’hui, les mages considèrent avec une profonde stupeur ce qu’ils voient ici : le ciel sur la terre, la terre dans le ciel ; l’homme en Dieu, Dieu dans l’homme ; et celui que le monde entier ne peut contenir, enfermé dans le corps d’un tout-petit. (…) Et dès qu’ils voient, ils proclament qu’ils croient sans discuter, en offrant leurs dons symboliques : par l’encens, ils confessent Dieu ; par l’or, le roi ; par la myrrhe, sa mort future » (St. Pierre Chrysologue [vers 380-450], Homélie pour l’Épiphanie).



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