Parole de Vie..   
Commentaires du Père Claude Tassin

Nativité de Saint Jean Baptiste – messe du jour(24 juin 2018)




Isaïe 49, 1-6 (Le prophète bien-aimé du Seigneur)


La liturgie applique à Jean Baptiste le Deuxième des « quatre *chants du Serviteur » tirés du Livre d’Isaïe. Le Serviteur est ici désigné comme « Israël ». C’est le véritable Israël, c’est-à-dire le noyau fidèle à Dieu parmi les Exilés de Babylone. Il a été consacré dès le sein maternel, comme Jérémie (veille, 1ère lecture), mais aussi comme le peuple élu lui-même (Isaïe 44, 2). L’élu est choisi par Dieu comme une arme de choix pour réaliser ses projets. Ce groupe incite ses frères à s’en remettre au roi Cyrus et à sortir de leur déportation. Mais il n’est pas entendu et se décourage : « C’est en pure perte que j’ai usé mes forces. »

Alors Dieu renouvelle et amplifie la vocation de ce peuple prophète. Il ne s’agit plus seulement de rassembler tout Israël, mais d’apparaître comme « lumière des nations » et de rayonner « jusqu’aux extrémités de la terre ». En fait, la figure du Serviteur reste mystérieuse. Elle représente tous ceux que le Seigneur appelle au service difficile de sa parole et de son projet de salut pour tous. Elle inclut donc Jean Baptiste, mais aussi la mission du Christ, selon le cantique de Syméon (Luc 2, 32), et même celle des apôtres (Actes 13, 47).


* Les chants du Serviteur. Les trois autres chants sont appliqués par la liturgie au Christ : Isaïe 42, 1-7 (Baptême du Seigneur) ; 50, 4-7 (dimanche des Rameaux) ; 52, 13 – 53, 12 (vendedredi saint). Notons que, s’il est facile de déterminer le début de chacun de ces cantiques, il est moins aisé d’en fixer la fin. Ainsi, en 2 Corinthiens 6, 2, Paul applique à sa mission apostolique le verset suivant : « Au moment favorable, je t’ai exaucé ; au jour du salut, je t’ai secouru » (= Isaïe 49, 8). En l’occurrence, c’est sans doute à la figure du Serviteur qu’il songe.




Actes 13, 22-26 (Jean Baptiste a préparé la venue de Jésus)


Cet extrait de discours se situe au cœur du premier voyage missionnaire de Paul en compagnie de Barnabé, en Asie Mineure. Il s’adresse aux Juifs (race d’Abraham), mais aussi aux païens appelés, à la fin de notre passage, « adorateurs de Dieu » qui fréquentaient les synagogues en sympathisants. C’est vers eux que l’Apôtre se tournera bientôt plus nettement (Actes 13, 46-48), en reprenant un verset des chants du Serviteur (Actes 13, 47 = Isaïe 49, 6).

Le texte présente un raccourci de l’histoire biblique. Dieu « suscite » le roi David, comme il « [res]suscitera » Jésus d’entre les morts (c’est le même verbe en grec) pour l’introniser comme juge des vivants et des morts (Actes 10, 42). C’est, selon Luc, la venue de Jésus,* le Sauveur, que visait la descendance de David.

L’ultime préparation est la mission de Jean Baptiste. Pour Luc, ce dernier appartient encore à l’Ancien Testament (Luc 16, 16), et il a un double rôle : s’effacer pour manifester la nouveauté du Sauveur, et inviter le peuple à se préparer, par « un baptême de conversion », à accueillir celui qui baptise dans l’Esprit (Luc 3, 15-16).

Jean avait annoncé : « Toute chair verra le salut de Dieu » (Luc 3, 5). Le Précurseur n’aura pas vu l’accomplissement de sa propre prophétie, c’est-à-dire la mission chrétienne adressée par les apôtres à toutes les nations. Il s’est contenté d’en être l’humble initiateur.


* Le Sauveur. Contrairement à ce qu’on pense souvent, le Nouveau Testament applique rarement à Jésus le titre de « sauveur ». Le mot grec (sôtèr) était en effet ambigu. C’était un surnom souvent appliqué aux rois et aux empereurs, mais aussi à des dieux païens censés guérir les malades dans leurs temples. Luc, le premier a eu le courage de désigner par ce mot le Christ ressuscité (Luc 2, 11 – qui anonce la résurrection ; Ac 5, 31, 13, 23). La brèche était ouverte ! Voir Jean 4, 42 : « Il est vraiment le Sauveur du monde. » Les épîtres écrites plus tard par les disciples de Paul (1 & 2 Timothée, Tite) seront moins hésitants et appliqueront nettement le titre de Sauveur au Seigneur ressuscité.



Luc 1, 57-66.80 (La naissance de Jean Baptiste)


La naissance


L’annonce de l’ange à Zacharie s’accomplit (cf. veille, évangile). Dans la parenté, c’est aussi la joie qui était promise (Luc 1, 14). L’heureuse maternité d’Élisabeth rappelle celle de Rébecca dans l’Ancien Testament (Genèse 25, 24).


Le nom de l’enfant


Le texte mentionne le rite de la circoncision qui devait s’effectuer le huitième jour après la naissance. Ainsi, non seulement les parents, en « justes » qu’ils sont (Luc 1, 6) obéissent fidèlement au commandement de Dieu, et c’est par la circoncision, « signe de l’alliance » (Genèse 17, 11-12), que le futur Précurseur entre dans le Peuple élu auquel il se consacrera.

Gabriel avait donné cet ordre : « Tu l’appelleras Jean ». Il avait sanctionné l’incrédulité de Zacharie en le condamnant au mutisme jusqu’au moment où s’accomplirait la naissance décidée par le Seigneur (Luc 1, 20). Selon l’ambiguïté du vocabulaire grec, mutisme et surdité vont de pair. Ici, il faut aussi que Zacharie soit sourd, pour accentuer les traits providentiels du récit. D’où l’épisode de la tablette-écritoire.

Luc imagine des coutumes qui ne correspondent pas tout à fait à ce que nous savons. Ce n’est sans doute pas au jour de la circoncision que l’enfant reçoit son nom, mais dès sa naissance. Et ce nom n’est pas forcément celui du père ; dans les familles sacerdotales se pratiquait aussi la « papponymie » (le nom du grand-père). Assez librement, le narrateur accumule des détails propres à souligner l’intervention de Dieu dans les événements entourant cette naissance. Pour cela, il laisse supposer que Zacharie n’a rien pu communiquer de son Annonciation. C’est donc Dieu qui semble inspirer à Élisabeth le même nom de Jean (« Le Seigneur fait grâce »).


Le retentissement immédiat


« À l’instant même », Zacharie retrouve la parole, puisque maintenant s’est accompli tout ce que l’ange avait annoncé. Et s’il ouvre la bouche, c’est pour bénir Dieu, reconnaître son action. Sous l’inspiration de l’Esprit Saint, il proclame son cantique, le Benedictus (omis par la liturgie). Ainsi, il apprend déjà, aux proches qui s’étonnent, le grand dessein de Dieu sur ce nouveau-né.

C’est déjà le début d’une bonne nouvelle qui se répand dans la région. Les gens restent avec leur question : « Que sera donc cet enfant ? » Ils devinent que « la main du Seigneur est avec lui » pour le protéger et le garder en vue de sa mission.


Le temps de la croissance


Luc aime souligner le temps de la croissance, des maturations cachées et nourries par le projet de Dieu. Il appliquera à Jésus enfant un refrain semblable (Luc 2, 40.52). Plus tard, il parlera de la croissance de la Parole dans les communautés chrétiennes (Actes 12, 24). Pour l’heure, la croissance du Baptiste s’inscrit dans l’enfance de ses illustres devanciers, Samson (Juges 13, 24-25) et Samuel (1 Samuel 2, 26).

Jean a-t-il passé sa jeunesse chez les esséniens de Qoumrân, près de la mer Morte ? Cette hypothèse est invérifiable. En tout cas, c’est au désert que la parole de Dieu sera adressée à Jean pour qu’il commence sa mission de Précurseur du Messie. Du point de vue historique, Jean et ses disciples ne sont qu’un exemple des *mouvements baptistes qui fleurissaient alors dans le Proche Orient et dont, paradoxalement, est issu le mouvement de Jésus de Nazareth.


* Les mouvements baptistes. Les Pères de l’Église attestent la diversité de ces mouvements. En outre, les Sabéens (ou Mandéens) sont cités trois fois dans le Coran. Ils se réclament de Jean Baptiste. Mais cette paternité est sans doute une fiction. Les Sabéens la revendiquèrent quand l’islam gagna l’Irak et l’Iran où ils vivaient et vivent encore. Par cette revendication, les Sabéens appartenaient aux « gens du Livre », comme les Juifs et les chrétiens et, de ce fait, ils bénéficiaient de la protection de l’islam : « Il n’est pour eux de crainte à nourrir, et ils n’éprouveront nul regret » (Coran II, 62).



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