Parole de Vie..   
Commentaires du Père Claude Tassin

Messe du jour (25 décembre 2017)



Isaïe 52, 7-10 (La bonne nouvelle)


Les lectures de cette nuit nous guidaient vers l’Enfant, celles du jour nous tournent vers « Dieu qui s’est rendu visible à nos yeux » (Préface I de Noël). Notre première lecture appartient au Livre de la Consolation d’Israël, c’est-à-dire aux pages écrites par un prophète du 6e siècle (le « Deuxième Isaïe ») et incorporées au livre d’Isaïe.

Le peuple d’Israël et son roi sont en exil et Jérusalem est en ruines. Mais voici un « porteur d’évangiles », dont on salue *la course. Ainsi appelait-on le messager qui courait annoncer une victoire dans la bataille ou l’avènement d’un roi et qui recevait pour cela une gratification (lire 2 Samuel 18, 19-23). Ici, le messager imaginaire annonce ceci : Dieu revient à Jérusalem, avec les Exilés. Il va s’y établir en roi de paix, et toutes les nations naguère ennemies seront témoins de la revanche de Dieu, du salut de son peuple.

Quand Jésus prendra la parole pour la première fois, il s’inspirera de ce passage d’Isaïe et s’identifiera au Messager promis : « Le règne de Dieu est tout proche », dira-t-il ; « convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle » (Marc 1, 14-15). Par le Christ, les non Juifs verront le salut de Dieu, non plus en témoins extérieurs de la résurrection des Israélites exilés, mais en bénéficiaires d’un Évangile de salut destiné à toutes les nations.


*La course de l’Évangile. Littéralement, l’ouverture de cette 1ère lecture se traduit ainsi : « Qu’ils sont beaux, sur les montagnes, les pieds de celui qui annonce la bonne nouvelle » Ce verset, à partir du 19e siécle, a inspiré un rite. Les fidèles venaient déposer un baiser sur les souliers des jeunes missionnaires partant en Asie ou en Afrique, souvent pour ne plus revenir dans leur patrie d’origine.




Hébreux 1, 1-6 (Le Fils, révélation définitive de Dieu)


Long sermon anonyme, la Lettre aux Hébreux s’ouvre par un prologue étonnant que nous lisons en ce jour de Noël :

1) Le Christ est le dernier mot, la parole ultime que Dieu adresse au monde. Dieu s’exprime en lui, comme un père se reflète en un fils.

2) Par ce Fils, Dieu « a créé les mondes », les réalités visibles et invisibles, et par lui, l’univers garde sa cohésion. L’humanité a toujours voulu comprendre comment Dieu se communique aux hommes sans trahir sa nature inaccessible. Les philosophes grecs stoïciens disaient que c’est par la Raison (en grec, le Logos) que Dieu crée et anime le monde. Les penseurs juifs, eux, évoquaient la Sagesse éternelle : « Elle est un reflet de la lumière éternelle, un miroir sans tache de l’activité de Dieu, une image de sa bonté » (Sagesse 7, 26). Pour l’auteur de la lettre aux Hébreux, le Christ seul incarne cette sagesse et nous met en relation avec Dieu.

3) Toute autre médiation est exclue, même celle des anges. Car, par l’Ascension, Dieu a dit au Christ : « Tu es mon Fils » (Psaume 2, 7), c’est-à-dire qu’il a fait de lui le roi de l’univers et « du monde à venir ».

Ce prologue déconcertant, parallèle au *Prologue de Jean (évangile), embrasse le mystère d’un Christ présent depuis la création et seul garant de l’avenir du monde. Chercher en dehors de lui le sens de la vie serait une erreur néfaste.


*Prologue. Les premiers chrétiens ont fondé leur foi sur la Résurrection du Crucifié, résurrection établissant le Christ comme Fils de Dieu royal, siégeant à la droite du Père. Puis, les auteurs du Nouveau Testament ont approfondi leur foi en Jésus, Fils de Dieu. Par leurs évangiles de l’enfance, Matthieu (1 – 2) et Luc (1 – 2) montrent que Jésus apparaît comme Fils de Dieu dès sa conception miraculeuse en Marie. Jean remonte « au commencement » : Jésus est Fils de Dieu dès avant la création. L’ouverture de la lettre aux Hébreux (2e lecture) adopte la même perspective.



Jean 1, 1-18 (Le Verbe s’est fait chair)


Peut-être l’Évangile de Jean s’ouvrait-il primitivement par des comparaisons entre Jésus et Jean Baptiste. Ces comparaisons sont devenues à présent des parenthèses (cf. lecture brève l’évangile). Car l’évangéliste a voulu préfacer son œuvre par un Hymne au Verbe de Dieu, un poème liturgique peut-être alors en vogue dans sa communauté. Le sens du texte est proche de celui du prologue de la Lettre aux Hébreux (2e lecture).


« Au commencement »


Ces premiers mots de Jean sont les premiers mots de la Bible, quand Dieu crée le monde par sa parole (Genèse 1, 1). Ce mot « au commencement » était si sacré que les scribes juifs anciens n’avaient pas le droit d’ouvrir leurs écrits par cette expression. Jean enfreint consciemment la règle et, pour lui, cette Parole, ce Verbe, est une présence personnelle de Dieu en notre monde, en Jésus. Cette présence est la Sagesse, artisane de la création (Proverbes 8, 22-31 ; Sagesse 8, 6). Il y a pourtant une différence : dans le livre des Proverbes, la Sagesse a été créée avant tout, alors que, pour Jean, le Verbe était éternellement en Dieu, non créé.


Le Verbe, vraie lumière


Quand Dieu disait « Que la lumière soit » (Genèse 1, 3), il parlait non de Jean Baptiste, mais de son Verbe qu’il enverrait pour éclairer le monde. Telle est l’idée de l’évangéliste Jean. Selon Ben Sirac 24, 10-12, la Sagesse divine a pris Jérusalem pour résidence. *Le Verbe, « vraie lumière », lui aussi, a « planté sa tente » (il a « habité ») en Israël, mais en se faisant chair, en se faisant parole humaine fragile et contestée. Il s’affronte aux « ténèbres », à ceux qui n’aiment pas la lumière, parce que celle-ci débusque leur vie faussée. Mais, pour ceux qui accueillent sa lumière, c’est une nouvelle création, la naissance à une vie nouvelle qui n’a rien à voir avec l’engendrement par « la chair et le sang » : ils deviennent « enfants de Dieu ».


Révélateur de Dieu


Au Fils qui nous fait enfants de Dieu, Jean Baptiste rendait témoignage. Contre les Baptistes non chrétiens de son temps, l’évangéliste insiste sur cette hiérarchie, la soumission du Baptiste à Jésus. Vient l’audacieuse conclusion : la personne humaine de Jésus est le seul visage par lequel nous puissions voir Dieu. Jésus dira à Philippe : « Celui qui m’a vu a vu le Père » (Jean 14, 9).

Le sens de Noël ne s’arrête pas à la contemplation de la crèche. Cette fête met au grand jour le mystère de la Parole : avant même la création, Dieu était Parole. Il projetait de communiquer, de Se communiquer, pour mettre de la vie et de la lumière là où il n’y avait rien. Cette communication est cet homme qui, dans les évangiles, parle et agit, vit et meurt. Nous comprenons ce mystère quand nous réfléchissons sur la force et la faiblesse de notre propre parole : on peut dire de quelqu’un, avec ironie, qu’il est « verbeux » ; mais « le verbe », la parole, au sens grammatical, est bien la colonne vertébrale de toute communication, la première manière de nous engager envers les autres.


*Le Verbe. Ce mot correspond, dans les anciennes synagogues, au terme memra (« parole », en araméen). Pour elles, ce Memra du Seigneur était Dieu lui-même quand il agit en faveur des hommes, pour les créer et les racheter. Elles traduisaient ainsi le début de la Bible : « Dès le commencement, le Memra du Seigneur, avec sagesse, créa et acheva le ciel et la terre. » Et dans cette sagesse créatrice, les chrétiens d’origine juive voyaient le Christ, Sagesse de Dieu. Les synagogues avaient trois titres principaux pour éviter de nommer Dieu : la Parole, la Gloire, la Demeure (ou présence). Le Prologue de Jean attribue à Jésus ces titres divins : « La Parole s’est faite chair; elle a Demeuré parmi nous et nous avons vu sa Gloire. » Là encore, les synagogues ont été une matrice pour l’expression de notre foi chrétienne.



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