Parole de Vie..   
Commentaires du Père Claude Tassin

Messe du soir de Pâques




Luc 24, 13-35 (Apparition aux disciples d’Emmaüs)


Avant le récit traditionnel de l’apparition de Jésus aux Onze, le soir de Pâques, Luc insère l’épisode, connu de lui seul, des deux disciples d’Emmaüs. « La vie ecclésiale, avec ses assemblées cultuelles où sont proposées l’explication des Écritures et la fraction du pain, est le lieu où le croyant peut reconnaître aujourd’hui la présence du Seigneur ressuscité » (H. Cousin). L’un des disciples s’appelle Cléophas, l’autre n’a pas de nom. Il représente tout chrétien invité par là à redécouvrir son propre cheminement de foi. En effet, l’abondance des verbes de mouvement (faire route, marcher, se rendre...) fait du récit un chemin en trois étapes.


Sur la route


Les disciples avaient suivi le Christ jusqu’à Jérusalem (Luc 9, 51 – 19, 45). Tournant le dos à ce voyage d’initiation pascale, les deux hommes désertent la communauté des Onze. « Le libérateur d’Israël » n’avait-il pas échoué ? Les chefs des prêtres et « les dirigeants » n’avaient-ils pas officialisé son échec ?

Jésus rejoint le chemin de leur déception. Ils le voient bien, mais ne le reconnaissent pas. Sa condition de Ressuscité n’est pas saisissable par les sens. « Leurs yeux étaient aveuglés ». C’est désormais au Seigneur d’ouvrir nos yeux et notre intelligence pour que nous reconnaissions sa présence multiforme. L’échange qui suit brille d’une tendre ironie : Jésus serait le seul à ignorer les événements ; or c’est lui qui les a vécus. Leur résumé de la destinée de « Jésus de Nazareth » remplacerait bien le discours de Pierre à la Pentecôte (Ac 2, 22-24)... s’ils n’oubliaient pas la Résurrection. Ils ont pourtant le témoignage du tombeau vide découvert par les femmes et d’autres compagnons. Rien n’y fait.

Jésus allume peu à peu leur foi en soufflant sur la braise des Écritures, résumées en ceci : « il fallait » que le Christ souffre la Passion pour entrer dans sa gloire de Messie. Chez Luc, l’expression « il faut » n’indique pas une fatalité, mais le mystère de la croix prévu par Dieu pour la réalisation de notre salut (voir Luc 9, 22 ; 17, 25). Jésus les invite à lire « toute l’Écriture » comme « le concernant ».


La halte de la table


Si les disciples retiennent l’Étranger, c’est – ils l’avoueront bientôt – parce qu’il a brûlé leur cœur en leur « ouvrant » les Écritures. C’est par leur acte d’hospitalité qu’ils le reconnaissent enfin. La scène concentre toute une richesse de signes : l’invité devient le président de la table, comme Jésus l’était parmi les disciples ; il refait les gestes de la multiplication des pains (Luc 9, 16) et de la Cène (22, 19) et les disciples diront l’avoir reconnu « à la fraction du pain », expression désignant l’eucharistie (cf. Actes 2, 42). « Alors leurs yeux furent ouverts [par Jésus, évidemment !], et ils le reconnurent. » Et telle est notre expérience depuis la leur : nous voyons le Christ, en de multiples signes, sans le reconnaître ; et quand nous le reconnaissons, il se rend invisible, jusqu’à une prochaine rencontre.


La remise en route


Les disciples repartent vers la communauté, elle-même désemparée, qu’ils avaient désertée. La foi pascale s’authentifie par le partage. Ce sont d’abord les Onze et les autres, autour de Simon-Pierre, qui confirment l’expérience des deux hommes. À leur tour, ceux-ci enrichissent à jamais notre foi en nous disant que le Seigneur nous rejoint sur nos chemins de tristesse et se donne à découvrir dans le partage de la Parole et du pain de l’eucharistie.


Page précédente           Sommaire Paroles pour prier           Accueil site