1er
Dimanche de Carême : 26 Février 2012
Voilà
le Carême et le Peuple de Dieu
prend le chemin de l’Exode. En cette année « B »,
l’évangile de Marc fait retentir l’appel
de Jésus, Fils de Dieu :
« Le Règne de Dieu est proche. Convertissez-vous et
croyez à la bonne nouvelle »
(Mc. 1, 15). Oui, le Christ nous emmène au désert,
comme Moïse avec les Fils d’Israël. Cela signifie que
l’Esprit nous rassemble pour faire route avec nous vers
la Terre Promise.
La vie du
baptisé sur la terre est un long pèlerinage. C’est
pourquoi l’Eglise nous rassemble autour
du Christ pour faire Corps avec Lui.
St-Augustin parlait du « Christ
total » et soulignait que le
Peuple de Dieu, ce Corps du Christ,
n’était pas séparable de sa
Tête. Aussi chaque baptisé
est-il instamment invité par l’Esprit à faire
Corps pour s’unir à la Tête.
L’acte
de conversion engage à la suite de Jésus.
A la sortie des eaux du Jourdain, l’Esprit pousse Jésus
au désert. Et nous sommes invités à suivre en
Eglise « l’Agneau de Dieu qui
porte les péchés du monde »
(Jn. 1, 29). Isaac de l’Etoile, mystique cistercien du XII°
siècle, insiste sur l’union du Christ et de son Eglise :
« Dieu seul peut remettre les
péchés…L’Eglise ne peut rien pardonner
sans le Christ et le Christ ne veut rien pardonner sans l’Eglise ».
Le baptisé,
appelé à se convertir, est l’enfant
de l’union indissoluble du Christ et de l’Eglise.
La
grâce du Carême est donc
d’une incroyable envergure. Nous sommes emportés dans le
courant d’une immense tradition. Avec Israël, nous
recevons la lumière de la Révélation
et nous traversons l’histoire comme les témoins
d’une Alliance irréversible.
« La lumière est venue dans
le monde et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée »
(Jn. 1, 4). Les empires s’écroulent parce qu’ils
sont terrestres : l’Eglise perdure parce que la royauté
du Christ est céleste et que l’Esprit de Dieu conduit
l’histoire.
Le
Mystère de l’Eglise, c’est
son histoire d’amour, ce Cantique
suprême où Dieu établit son Alliance avec
l’Humanité. Adam a-t-il
failli ? « Dieu est déjà
en quête de l’homme »,
comme nous le dit le rabbin Abraham Heschel. L’humanité
a-t-elle sombré dans la déluge de ses passions ?
L’Alliance avec Noé nous clame : l’amour
n’est jamais vaincu et l’arc-en-ciel annonce que Dieu ne
fait acception de personne. L’Alliance
est universelle.
Dans la
restructuration actuelle de la planète, au-delà des
déluges qui nous menacent encore et de l’angoisse de
l’avenir, voici que le Peuple de Dieu, répandu dans
toutes les nations, est présent, en dépit de sa
faiblesse, dans la pâte de l’histoire. Par la puissance
de l’Esprit et sa force de sollicitation à la liberté
humaine, une énergie insoupçonnable
empêche l’univers d’être détourné
de sa fin dernière à tout jamais. C’est
l’espérance au-delà de toute espérance.
St-Pierre
interpelle les baptisés de la première génération
et leur rappelle la grâce de leur
consécration baptismale. Le
baptême vécu dans la foi est une force
de transfiguration. La vocation de
l’Eglise, fécondée par l’Esprit de Dieu,
est d’enfanter pour le monde d’aujourd’hui des
hommes et des femmes libres dont la conscience n’est pas à
vendre : « être baptisé,
c’est s’engager envers Dieu avec une conscience droite et
participer ainsi à Jésus ressuscité ».
(1 P. 3, 20-22)
Suivre le
Christ, c’est se convertir en se plongeant dans sa mort pour
ressusciter avec lui, libérés de tout amour-propre,
capables d’aller à contre sens des opinions futiles,
contraires à la loyauté des Béatitudes.
L’Alliance nous configure au Christ
qui fait de nous « un peuple
choisi, un sacerdoce royal », une
race prophétique pour témoigner de l’amour
invincible du Dieu vivant et vrai.
Avec
Jésus, vivons encore la montée
vers Jérusalem, la Ville Sainte.
Que Marie, Fille de Sion et Mère de l’Eglise nous
accompagne. Que son humilité nous guide dans la recherche de
la volonté du Père.
« L’homme
ne se nourrit pas seulement de pain,
Mais
de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »