2ème
Dimanche de Carême : 4 Mars 2012
Pour
les chrétiens, le Carême
constitue la longue marche qu’ils
entreprennent ensemble, en Eglise, à la suite de Jésus.
Comme ces disciples auxquels Jésus annonce sa montée
tragique vers Jérusalem, les baptisés découvrent
qu’ils ont un choix à opérer. La
conversion n’est jamais finie tant
que se poursuit notre pèlerinage terrestre.
Ce n’est
pas sans raison que « Jésus
prends avec lui Pierre, Jacques et Jean »
(Mt. 9, 2) pour se transfigurer devant eux. « Pour nous,
les hommes, et pour notre salut », le Verbe s’est
fait chair. En faisant du baptisé un
fils d’adoption, la grâce
opère, dans la foi, une transfiguration
de tout l’être. Dieu veut
ainsi nous rendre conforme à l’image de son Fils. (Ro.
8, 29). Cette vie divine éclate aujourd’hui comme une
révélation aux yeux des disciples.
La
transfiguration de Jésus annonce
la victoire de sa future résurrection.
Lui qui est la « porte des brebis »
nous entraîne dans le mystère de son obéissance.
Il s’agit pour Jésus d’aider ses disciples à
la traversée de l’épreuve de sa passion. Il faut
une longue action de la grâce pour parvenir à la
conviction que nous ne sommes rien sans la
force de l’Esprit-Saint. En livrant
son Fils, Dieu nous a tout donné : « en
lui, notre salut, notre gloire éternelle ».
(2 Tm. 2, 10)
La
conversion nous fait entrer dans le tunnel de la foi
à la suite de Jésus. La transfiguration de notre être
est un travail de longue haleine dans la fidélité
quotidienne : « Apprenez de
moi que je suis doux et humble de cœur »
(Mt. 11, 29). Entrevoir la transfiguration, telle est l’invitation
à se mettre à l’école de l’évangile
et entrer, par un don de Dieu, dans l’imitation
de Jésus-Christ. Le disciple
consent au dépouillement de lui-même pour que Dieu
vienne occuper tout l’espace de son cœur : « Ne
savez-vous pas que votre corps est le Temple du Saint-Esprit ? »
(1 Co. 6, 19).
Le
Baptême de Jésus et sa Transfiguration
sont des textes évangéliques d’une grande
importance. Par Jésus, Verbe incarné, nous est faite la
manifestation de la Sainte Trinité.
Le Fils transfiguré est nimbé de la nuée de
l’Esprit, tandis que la voix du Père désigne le
Fils bien-aimé. L’essentiel du Credo nous est donné
dans cette théophanie d’un
seul Dieu en trois Personnes, mystère
inépuisable livré à notre adoration.
La clé
de notre foi nous est ainsi donnée en Jésus,
vrai Dieu et vrai homme. En lui,
s’accomplit la plénitude de la révélation
puisqu’il achève la Loi de Moïse, le Prophétisme
d’Elie et la Sagesse de Salomon. Les apôtres, convertis
par l’événement pascal, seront les témoins
de cette révélation « jusqu’aux
extrémités de la terre »
(Ac. 1, 8).
Le Sauveur
d’Israël est annoncé par le récit du
sacrifice d’Isaac. Notre Père Abraham n’a pas été
épargné par l’épreuve : devra-t-il
sacrifier le fils de la promesse ? « Abraham
crût, dit St-Paul,
et cela lui fut compté comme justification puisqu’il
espéra contre toute espérance »
(Gal. 3, 6). Le Père
des croyants est devenu un modèle d’obéissance.
Mais par quelle dose de mortification n’est-il pas éprouvé :
« Celui qui aime son père et
sa mère plus que moi n’est pas digne de moi »,
dira Jésus à ceux qu’il appelle à la
suivre.
Aujourd’hui,
dans le monde pluraliste et sécularisé, nous avons à
témoigner de l’esprit de Jésus. Nous rencontrons
des gens en butte aux difficultés de la vie qui se posent de
questions sur le sens de l’existence et qui s’engagent
pour la justice et la paix. Ils nous voient agir et ne sont pas
indifférents à l’amitié que nous pouvons
leur offrir.
Tous ceux
que nous rencontrons sont aimés de Dieu et nous croyons que
l’Esprit-Saint les travaille incognito. Comme le disait
St-Augustin : il y a une Eglise invisible de ceux qui
appartiennent à Dieu par leur comportement. Eux aussi sont
affrontés aux misères du monde. Avec eux nous avons à
bâtir notre société et à prendre des
engagements pour que notre monde soit transfiguré.
« Je
ne te demande pas de les retirer du monde,
Mais
de les préserver du Mal. »