3ème
Dimanche de Carême : 11 Mars 2012
La liturgie
du Carême fait toujours le lien entre la montée de Jésus
vers Jérusalem et les grands événements de la
tradition d’Israël. Le rappel des Dix
Commandements converge vers le Christ,
nouveau Moïse, qui porte la Loi à son achèvement.
Notre foi chrétienne sera toujours enracinée dans
l’héritage d’Israël, peuple choisi et mis à
part pour que soit révélé aux nations le
Dieu vivant et vrai.
En tournant
résolument son visage vers Jérusalem, Jésus
suit la voie du Serviteur souffrant. Le
Christ ouvre la perspective de liberté, acquise par lui pour
le salut de l’humanité. A la suite de cette prophétie
d’Isaïe (49 & 53), le cri de Job souffrant préparait
le dernier mot avant la révélation du mystère de
la Croix du Christ. Cette folie,
soulignée par St-Paul, vient confirmer la force
de rédemption de la souffrance assumée par amour.
« En
chassant les vendeurs du Temple, Jésus signifie à la
fois « l’amour jaloux »
de son Père, l’intériorisation
du culte, une conception radicalement
nouvelle du lieu où l’on rencontre Dieu en la personne
du Ressuscité lui-même » (Brépols).
C’est le premier épisode de l’évangile de
Jean dont la ligne de force souligne le début
de l’opposition entre la foi
révélée et la religion rituelle établie.
« C’était
la fête de la Pâque »
et Jésus devait révéler aux Judéens sa
mission d’agneau pascal.
L’opposition qu’il soulève chez les responsables
du culte le conduira au sacrifice suprême et aux ténèbres
du Calvaire. La souffrance du juste persécuté, « rejeté
des hommes », aboutira sur la
lumière aveuglante de la
résurrection. Son corps glorieux
sera donc ce Nouveau Temple
dont la vision d’Ezéchiel nous parle dans sa Torah
(40-48).
Les
disciples de Jésus en seront les témoins et, par eux,
la Bonne Nouvelle sera annoncée au monde entier à
travers une route où les épreuves seront toujours au
rendez-vous. Dimanche après dimanche, ce carême nous
achemine vers Jérusalem. Ce chemin, nous devons le parcourir
avec Jésus à travers la lecture continue de l’évangile
de St-Jean où « l’Envoyé
du Père » affronte la
terrible opposition d’une religion qui esquive l’appel à
la conversion.
Dans ce
nouveau Temple qu’est l’Eglise, Corps
du Christ & Peuple de Dieu, beaucoup
de chrétiens ne savent pas comment se situer à cause de
cette plus grande crise de civilisation
que nous traversons depuis deux mille ans. Cette époque secoue
non seulement le christianisme, mais aussi l’Islam. En effet,
« le Printemps Arabe montre la
désagrégation d’un espace social qui avait été
cimenté par la loi religieuse… Car la volonté de
Dieu est que l’homme se libère de ses entraves, y
compris de celles posées au nom de Dieu » (J.
Moingt s.j. – Croire quand même – Ed. Temps
Présent). Ce fut le problème posé par St-Paul :
le salut ne vient pas de la Loi, mais de la
Foi.
Aujourd’hui,
l’Eglise n’a pas à se dérober face aux
questions posées par la modernité, car elles sont aussi
les siennes. Notre riche tradition nous permet de relativiser les
tensions actuelles au sein de l’Eglise. Nourris de l’évangile
et des sacrements, les chrétiens ont
à vivre leurs responsabilités humaines dans la société,
conscients d’être, là où ils sont, les
témoins du Christ Jésus, investis d’une mission
par l’Esprit de Dieu.
Dans
« notre mode occidental en passe de
rejeter Dieu », notre Eglise se
trouve obligée par l’Esprit d’inventer
les nouvelles formes de l’évangélisation.
Non, Jésus-Christ n’est pas dépassé. Il
reste plus vivant que jamais, capable de susciter de nouveaux apôtres
qui sentent les besoins de notre société. Ayons à
cœur d’être des témoins à l’écoute
des aspirations profondes du monde où nous avons à
vivre.
« Mon
vœu est que l’Eglise garde en elle cette fraîcheur
de la force créatrice de la Parole
de Dieu et aussi cette ardeur
à témoigner avec respect et
fidélité au Verbe fait chair, Jésus-Christ,
plénitude du dialogue du salut. »
(J.M. Aveline)
« Pour
nous, les hommes, et pour notre salut : Jésus-Christ »