4ème
Dimanche de Carême : 18 Mars 2012
Le
Peuple de Dieu, témoin de la
révélation, surgit au cœur
d l’histoire. Sa foi s’affronte
aux modernités successives qui se font jour. L’histoire
d’Israël fait nécessairement référence
aux grands empires que sont l’Egypte et l’Assyrie.
Balloté entre ces grandes puissances, Israël devra subir
leur influence. En 721, les Assyriens mettent fin au Royaume d’Israël
tandis que le Royaume de Juda sera ruiné par les Babyloniens
en 586. L’épreuve historique de l’Exil
à Babylone permet
aux Judéens un progrès considérable dans leur
foi.
Libérés
par Cyrus le Perse en 538, les exilés reviennent à
Jérusalem enrichis de la conviction
du monothéisme. Alors commence
pour Israël, cette période que l’on appelle le
Judaïsme. La personnalité
d’Israël aura désormais son manifeste dans la Torah
ou Loi de Moïse.
Celle-ci témoigne de la Présence
de Dieu au milieu de son Peuple : Le
Seigneur, créateur et maître
de l’histoire, est le Dieu Unique
qui appelle le monde entier à l’unité.
L’Eglise,
aujourd’hui, garde en mémoire les richesses de cette
Histoire Sainte. La Foi au Dieu vivant et vrai est bien l’héritage
qu’elle reçoit d’Israël par le Christ Jésus.
Comme Israël, l’Eglise a mission de rendre
Dieu présent au monde par
l’annonce de la Bonne Nouvelle aux hommes de toutes les
générations.
La
rencontre de Jésus avec Nicodème, « docteur
en Israël », nous dit la
continuité de la révélation
dont Israël et l’Eglise sont les deux témoins
privilégiés. Tels Adam et
Eve, ils sont unis par la même vérité :
« Dieu a tant aimé le monde
qu’il a donné son Fils unique ».
Israël, appelé à être « la
lumière des nations » (Is.
49), est le Peuple dont le Christ est issu « afin
que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle »
(Jn. 3, 16).
Israël
et l’Eglise, choisis de Dieu, restent un Peuple de pécheurs
que, seule, la miséricorde de Dieu peut conduire au salut.
Leur existence dans l’histoire tient du miracle. Ce Peuple de
Dieu, choisi pour annoncer le salut, continue sa mission dans le
monde.
Il y a un
mystère d’Israël :
pourquoi ce Peuple, privé de sa Terre, a-t-il résisté
pendant deux mille ans aux vicissitudes de l’histoire ? Le
drame de la Shoa a durement réveillé
notre conscience chrétienne pour nous rappeler que Dieu
n’abandonnerait jamais Israël,
son premier-né, aux forces de
l’enfer. La fidélité
d’Israël à la Torah le
rend invincible : Dieu garde son Emmanuel.
C’est
donc dans la lumière de la foi qu’Israël et
l’Eglise peuvent se reconnaître. Car aujourd‘hui le
monde entier doit recevoir leur témoignage. La Révélation
en fait les Deux Témoins inséparables du Dieu Unique et
de son absolue transcendance dont Isaïe a chanté
la merveille : « Saint,
Saint, Saint le Seigneur, Dieu de l’univers… »
(Is. 6, 3). Monter vers Jérusalem, c’est aussi aller à
la rencontre d’Israël pour témoigner du Dieu
caché (Is. 45) : « Dieu,
personne ne l’a jamais vu : le Fils unique, qui est dans
le sein du Père, c’est lui qui le fait connaître. »
(Jn. 1, 18).
St-Paul,
fils du Peuple d’Israël, a rappelé que le
choix d’Israël par Dieu est irréversible
(Ro. 9-11). Le Christ qu’il a rencontré sur le chemin de
Damas est bien de la race d’Israël. Il rappelle aux
Ephésiens la gratuité du
salut: « Cela
vient du don de Dieu… Il n’y a pas à en tirer
orgueil ». Les déchirures
dues aux péchés du Peuple de Dieu ne mettent pas en
cause sa miséricorde : elles appellent les croyants à
l’oecuménisme.
C’est
une attitude d’humilité et de
repentance que nous devons avoir
vis-à-vis de nos frères juifs et autres chrétiens
dans leur différence. La montée vers Jérusalem
suppose une volonté de
réconciliation et de reconnaissance fraternelle
à cause « de la richesse
infinie de la grâce » (Ep.
2, 7). Dieu reste le sommet unique vers lequel les fils d’Abraham
sont appelés à se rendre et où sont attendus
tous les hommes créés à son image.
« tu
nous as sauvés, Seigneur, nous te rendons grâce à
jamais. »