5ème
Dimanche ordinaire : 5 Février 2012
La
vie a-t-elle un sens ? A cette
question le livre de Job tombe comme un caillou dans la mare :
« Vraiment, le vie de l’homme
sur la terre est une corvée ».
Comme nier que la souffrance ne fasse partie de l’existence et
que la vie ne soit une épreuve ? Dans l’histoire,
la souffrance accompagne le développement humain et préside
à toutes les phases de l’existence. C’est dans
l’épreuve que l’homme se pose les questions qui
lui sont le plus essentielles.
Depuis le
siècle des Lumières, l’idée
de progrès a
voulu contribuer à combattre le mal et la souffrance. On a
prétendu que le développement des sciences réglerait
les choses comme si le savoir fournirait une clé au mystère
de l’existence. Or l’abondance des biens matériels
et l’augmentation du niveau de vie, malgré tout le
bien-être qui en découle, laissent
la personne devant la question du sens de la vie.
Encore
faut-il savoir jouir de la vie et orienter le désir en
trouvant la juste mesure des choses,
comme pourrait le suggérer l’Ecclésiaste :
« Ne passe pas la mesure sans pour
autant faire retour sur toi et garde en toi quelque prudence :
c’est là la sagesse ».
Jouir sans excès conduit à la
maîtrise de soi.
L’épreuve
de l’existence conduit normalement à un
équilibre adulte. Il y a un
ensemble de souffrances qui aide la personne à se décentrer
d’elle-même et à vivre
des relations tonifiantes par le don de soi.
C’est, aujourd’hui, la signification du miracle de
l’évangile. La guérison de la belle-mère
de Pierre devient aussi le signe d’une guérison plus
intérieure qui rend le cœur mieux disposé au
service et à l’écoute.
Il y a
toujours un lien entre la vie physique et la vie intérieure.
Les pathologies ne se réduisent pas à la seule
physio-psychologie, ce que St-Paul nomme « le
psychique ». Il y a une
psychologie des profondeurs
qui ouvre sur le « Je »
spirituel de la personne, « le
pneumatique », domaine de
l’esprit, du noyau métaphysique
de l’être humain.
L’apôtre
Paul, que sa conversion a libéré, nous dit :
« Oui, libre à l’égard
de tous, je me suis fait le serviteur de tous… à cause
de l’évangile ». Les
Actes des Apôtres nous ont fait connaître un Saul en
furie contre l’hérésie des Nazaréens,
adeptes de Jésus. Sur le chemin de Damas, ce Jésus l’a
séduit au point que, dans le coup de foudre de l’illumination,
Paul a saisi le lien indissoluble qui unit
le Christ à son Eglise.
Aujourd’hui
il rappelle aux chrétiens de Corinthe qu’ils sont, eux
aussi, partie prenante de la mission de l’Eglise : « Si
j’annonce l’évangile, je n’ai pas à
en tirer orgueil ». Il sait la
gratuité de l’appel qu’il a reçu et la
reconnaissance qu’il doit à jamais au Christ-Jésus :
« Malheur à moi,
s’écrie-t-il, si
je n’annonçais pas l’évangile ».
Le Concile
Vatican II a voulu redéfinir pour l’Eglise à
venir les deux axes inséparables de
l’évangélisation.
Paul VI les avaient admirablement présentés dans sa
première encyclique sur l’Eglise du Christ :
« Annonce
& Dialogue ». Annoncer
Jésus-Christ constitue un droit que Dieu accorde de recevoir à
tous les hommes en fonction même de la liberté qu’il
leur a conférée. Certes, la foi ne s’impose pas
par la force, car Dieu respecte infiniment la liberté de la
personne.
Dans
l’après-concile, une tendance a fortement insisté
sur le dialogue, a tel point que la foi semblait vouloir se réduire
au « socio-politique ». On se rappelle la crise
da l’Action Catholique autour des années « 70 ».
L’annonce du Christ était battue en brèche, comme
une violation des autres cultures. Cela provoqua, en 1975,
l’Exhortation de Paul VI sur l’Evangélisation
et, en 1990, l’encyclique de Jean-Paul II sur la
Mission et sa nécessité,
comme nous le dit l’épître de St-Paul.
Les deux
bras de la Croix sont absolument indissociables. L’annonce
en est le bras vertical qui renvoie à la
proclamation de Jésus-Christ, Seigneur ressuscité,
mort pour le salut de tous les hommes. Le
dialogue est le bras horizontal qui nous
rappelle que la conséquence socio-politique de la charité
divine conduit à la Fraternité
Universelle, intuition fondamentale du
monothéisme judéo-chrétien.
« Un
seul Dieu : tous frères »