5ème
Dimanche de Carême : 25 Mars 2012
Le
prophète Jérémie que
nous rencontrons est celui qui, par-delà l’effondrement
de Juda et l’épreuve de l’Exil, annonce
la Nouvelle Alliance. Plusieurs fois,
dans l’histoire d’Israël, il y a eu des
renouvellements d’Alliance ; bien des fois, l’infidélité
du peuple s’était manifestée. Pourtant le Dieu
d’Israël est le Dieu, fidèle par excellence, dont
la Parole ne saurait être double.
Cette
Alliance Nouvelle (Jr. 31, 31) et
Eternelle (Is.
55) signifie l’approfondissement de la Parole éternelle
et unique du Dieu d’amour. Elle interpelle et touche la
conscience d’un chacun « créé
à l’image de Dieu »
(Gn. 1, 26). Ainsi se fortifie la Révélation dans
l’annonce d’une connaissance de
Dieu où chaque liberté
personnelle est fécondée par l’Esprit de Dieu.
L’heure vient donc pour Israël de voir se réaliser,
en chaque liberté créée, une alliance
personnalisante capable de révéler
l’unicité de la personne et son inaliénable
liberté.
Ce
personnalisme biblique de la Nouvelle
Alliance est l’antidote de deux
tendances extrêmes, l’une individualiste, l’autre
collectiviste. Le principe de la Nouvelle Alliance est précisément
cette connaissance
dont l’Esprit-Saint, Sagesse suprême, est l’Enseignant.
Cette « intelligence du cœur »
qu’est la Foi au Dieu vivant dépasse
le savoir cérébral de notre petite raison. L’intuition
d’un Pascal nous le dit : « le
cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas ».
Nous
retrouvons Jésus à
Jérusalem : il y est
monté pour la Pâque.
Des juifs, venus de la diaspora grecque, sont conduits à Jésus
par Philippe et André. Gravement, Jésus déclare :
« L’Heure est venue pour le
Fils de l’homme d’être glorifié »
(Jn. 12, 23). Connaître Dieu, c’est vouloir que la vie
reçue de lui soit aussi donnée en retour pour le
service des autres. Jésus nous livre le
paradoxe de l’amour : garder
sa vie pour soi, c’est la perdre et la perdre pour les autres,
c’est la sauver pour l’éternité.
L’amour,
digne de ce nom, se joue à qui perd
gagne. Le détachement de ses
petits intérêts conduit le fidèle, poussé
par la grâce du Saint-Esprit, sur le chemin de la liberté.
La parabole du grain de blé qui meurt pour porter du fruit
nous fait comprendre que l’amour – Don
Total – ouvre les portes de l’avenir.
Mais la force d’une telle liberté vient d’en-haut
et suppose cette Connaissance qui
unit la créature à son Créateur.
Jésus
est venu nous entraîner dans le
mystère d’obéissance
qui l’unit au Père. Dans sa chair, il redoute
l’épreuve : « Père,
délivre-moi de cette Heure… cependant glorifie ton
Nom » (Jn. 12, 32). Tel est le
paradoxe de la Croix qui va sauver le monde. L’épître
aux Hébreux désigne déjà, en Jésus,
le Grand-Prêtre de notre foi : « Bien
qu’il soit Fils, il a appris l’obéissance par les
souffrances de sa passion. Ainsi conduit à la perfection, il
est devenu pour ceux qui lui obéissent la cause du salut
éternel » (Hb. 5, 8-9).
L’obéissance
filiale est, envers et contre tout, la
vertu des hommes libres
parce qu’elle constitue le paradoxe de l’amour. Dans la
foi judéo-chrétienne, connaître,
c’est aimer, c’est-à-dire
vivre en faisant passer l’intérêt de l’autre
avant le sien propre : cela fonde tant
le mariage que la vocation religieuse à la suite du Christ.
La Croix Rouge israélienne a traduit
ainsi le paradoxe : « Si tu
sauves une seule personne, tu as sauvé le monde entier ».
Jésus en a posé le principe : « Ce
que vous avez fait au plus petit de mes frères, c’est à
moi que vous l’avez fait » (Mt.
25, 34).
Un tel
esprit d’engagement traduit ce qu’est la connaissance
biblique : la conviction du Don
Total sans quoi le monde serait voué à la déchéance.
Heureusement connaître Dieu
nous rendra libres, comme l’avait perçu Dostoïevski :
« L’amour et la beauté
sauveront le monde ». Oui, amour
et beauté sont la révélation du mystère
même de Dieu vers lequel le Christ nous fait cheminer.
« si
le grain de blé tombé en terre meurt, il porte fruit. »