7ème
Dimanche ordinaire : 19 Février 2012
Jésus
n’a pas encore commencé son ministère lorsque
Jean-Baptiste révèle sa mission de Messie :
« Voici l’Agneau de Dieu qui
enlève le péché du monde »
(Jn. 1, 36). Ce Jésus qui se dit l’envoyé
du Père vient donc s’affronter
au mal radical du péché, à cette désobéissance
qui réduit l’homme en esclavage.
La
rédemption est une oeuvre de
libération dont la sortie d’Egypte
reste un symbole primordial. Il ne servirait à rien qu’une
telle libération ne fût que sociale ou politique, si
elle n’opérait pas un renouveau dans le cœur de la
personne. Une telle libération dépasse les possibilités
humaines, car elle suppose la grâce de Dieu et l’action
du Saint-Esprit.
« Nouvelle
création, nouvel exode : deux
images favorites pour annoncer le pardon de Dieu à son peuple.
Quand Dieu pardonne, il le fait à cause de lui-même, de
sa propre initiative, par amour et non à cause d’éventuels
mérites des hommes » (Brépols) : « Ne
vous souvenez plus d’autrefois… Voici que je fais un
nouveau monde : il germe déjà »
(Is. 43, 18).
C’est
dans une telle perspective que s’inscrit la
guérison du paralytique. La
confiance des porteurs, qui découvrent le toit pour faire
descendre le malade devant Jésus, est étonnante :
« Mon fils, tes péchés
te sont pardonnés » (Mc. 2,
5). Telle est la mission que Jésus exerce au nom de son Père.
L’étonnement
des scribes qui entendent ces paroles de rémission
des péchés n’est donc
pas surprenant. Ce pardon est bien sorti de la bouche d’un
homme, Jésus de Nazareth. Son identité n’étant
pas encore connue, la réaction de notables de la religion
juive peut se comprendre. Il faut donc que Jésus
donne un signe de l’authenticité de sa mission
pour qu’ils sachent que « le
Fils de l’homme a le pouvoir de pardonner les péchés
sur la terre » (Mc. 2, 10) en
raison de son union au Père.
Là
encore, la guérison s’opère
en fonction de la foi de ceux qui
l’approchent : elle doit devenir le signe d’une
guérison qui opère une conversion. En repartant avec
son brancard, le miraculé devient le signe vivant d’une
action divine en lui. Cela interpelle aussi chacun de ceux qui ont vu
s’opérer la guérison puisqu’ils en
deviennent témoins.
La
présence de Dieu à son peuple
agit de sorte que « tous,
émerveillés, rendent gloire à Dieu ».
Cette parole entendue aujourd’hui est
pour nous : « Nous te rendons
grâce, Dieu notre Père : en ton Fils Jésus
venu pardonner nos péchés. Toutes les promesses ont
trouvé leur oui.
En lui et par lui, nous chantons Amen
à la louange de ta gloire ».
Cette
foi en Jésus, vrai Dieu et vrai homme,
est celle de l’Eglise et de toute la tradition. Elle est notre
foi et notre raison d’être aujourd’hui pour notre
pèlerinage terrestre. On comprend le témoignage
de St-Paul dans sa deuxième lettre
aux Corinthiens. Il vient de vivre un temps d’épuisement
qui l’a obligé à quitter Ephèse. Dans
cette nuit des sens,
sa foi au Christ s’est renouvelée et il a appris à
reconnaître sa faiblesse fondamentale pour s’en
remettre au seul Christ en qui nous a été
donné ce Oui de Dieu.
Dans
les épreuves que des églises vivent actuellement en
plusieurs pays du monde, c’est bien vers ce Christ et sa croix
que nous nous tournons : « non,
tu ne laisseras pas périr tes serviteurs ».
Nous savons que suivre le Christ expose à bien des dangers en
écho à cette parole : « Ne
vous étonnez pas si le monde a de la haine contre vous :
il m’a haï le premier »
(Jn. 15, 18).
Dieu a
confié son Eglise aux petits et aux pauvres. Par eux, le
miracle de sa présence se continue dans le monde et le sang
des martyrs est le plus fort des témoignages qui préparent
des moissons à venir. Soljénitsyne ne montrait-il pas
que le sang de « Matriona »,
broyée par le système, devait féconder la terre
russe ? Il y a des semences d’amour qui lézardent
les murailles les plus redoutables.
P
o u r une c i v i l i s a t i o n de l’ a m o u r .