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p i p h a n i e : 8 Janvier 2012
“Dans
cette fête qui couronne Noël,
tout est obscure et pourtant nimbé
de lumière. Celle-ci rayonne d’un
frêle Enfant, Fils du Père éternel, Messie des
Juifs, Dieu pour les païens et, face à Hérode, Roi
des nations » (Brépols). A travers les
mages venus d’Orient, guidés
par l’étoile de Jacob, c’est la vocation
d’Israël à l’universalité de la foi
qui se manifeste par Jésus à toutes les nations de la
terre. Israël est d’ailleurs en attente fébrile
d’un Messie libérateur.
Mais cette
épiphanie de Dieu
s’éclaire d’abord par la promesse faite à
Abraham : « En toi seront
bénies toutes les familles de la terre »
(Gn. 12). Il faudra treize siècles
pour qu’Israël en découvre la réalité,
lors de l’Exil à Babylone, quand lui sera accordée
la conviction du monothéisme. Ce
Dieu unique n’est-il pas, en effet, le Père de tous les
hommes ? Israël n’est-il pas ce peuple révélateur
de la fraternité universelle qui en découle ? De
cela, l’Enfant de la crèche en est le garant et le
réalisateur.
La venue de
Jésus, si secrète qu’elle soit, provoque un
bouleversement historique en mettant la
révélation au cœur de l’histoire du monde.
Ce tremblement de terre n’est pas, à proprement parler,
une destruction, mais plutôt une
restructuration de la création.
Si, au commencement du monde, « l’Esprit
de Dieu planait sur les eaux »
(Gn.1, 1), le Verbe fait chair opère
un recommencement. L’événement
est irréversible, acquis dans son commencement et inachevé
dans son développement symphonique.
Cela
explique l’inquiétude dont est pris le roi Hérode
et tout Jérusalem avec lui. L’annonce d’un chef,
Berger d’Israël issu de Bethléem, apparaît en
quiproquo face à l’attente d’un Messie politique.
Le spirituel et le temporel ne se
rejoignent pas nécessairement, si
les vues de Dieu ne sont pas celles de l’homme. D’où
le désarroi d’Hérode et sa crainte injustifiée
d’une concurrence qui l’inquiète et lui inspirera
le massacre d’innocents.
St-Paul
nous éclaire sur la portée du mystère.
L’histoire des hommes ne se réduit pas à la seule
réalisation d’une réussite terrestre. La
sagesse hébraïque l’a
depuis longtemps compris. Israël a acquis, à travers la
conviction de la résurrection, le
sens de la destinée humaine par-delà
la nature et l’histoire. Cette destinée dont Israël
est le témoin privilégié, est ouverte à
tous les hommes dans le Christ.
Jésus
vient faire naître l’Eglise
comme celle qui, au côté du Nouvel Adam, doit ouvrir aux
païens l’accés au Nouveau Temple (Ez. 40-48). Oui,
les sanctifiés du monde entier pourront chanter la gloire du
Dieu unique, révélé par le Fils dans l’Esprit
d’amour répandu sur tout l’univers.
Les mages
de l’Epiphanie découvrent donc ce mystère de
la nouvelle unité du monde.
Certes, les rois de la terre n’ont pas fini de régner :
ils sont appelés à exercer ce pouvoir qui leur vient de
Dieu pour le bien du peuple. En adorant ce Dieu d’amour, ils
n’ont rien à craindre, mais tout à y gagner.
Aujourd’hui,
malgré le scepticisme des idées ou le relativisme
moral, la foi agit comme une sollicitation
des consciences par l’Esprit de Jésus.
Dieu vient à nous dans la faiblesse de notre chair pour que
nous n’oubliions pas la dignité dont il nous a revêtu
par notre naissance et qu’il a voulu amplifier par la grâce
de notre baptême.
Nous, les
renés de la grâce,
n’oublions pas cette chance inouïe dont nous sommes
porteurs et que nous pouvons partager avec des frères. Nous
sommes entourés de gens qui sont en recherche, qui ont soif de
vérité et qui espèrent découvrir le sens
de leur existence. Nous pouvons cheminer avec eux sur la route de la
fraternité, comme le moyen le plus sûr de la vérité
et de la charité.
De même
que Jésus vient à nous dans
l’humilité du serviteur, de
même pouvons-nous cheminer fraternellement avec ceux qui nous
entourent. Partout où l’on crée de la justice et
de la tendresse, là aussi surgit la lumière. Là
se fait la manifestation de l’amour, l’épiphanie
de Dieu.
Voici
l’étoile du matin qui se lève dans nos cœurs.