Nuit de
Noël : 24 Décembre 2011
Dans la
nuit des temps, on attendait la lumière. L’étable
de Bethléem
arrive comme la réponse au rêve
messianique d’Isaïe et au mythe de la Caverne de Platon.
Au temps d’Isaïe, les bruits des bottes assyriennes
inaugurent le triomphe totalitaire de la force, mais dans le cœur
de ceux qui ont misé sur Dieu naît un
souffle d’espérance :
« Le peuple qui marchait dans les
ténèbres a vu se lever une grande lumière…Un
enfant nous est né, un fils nous est donné, Prince de
la Paix » (Is. 9, 1-6). Pour
Platon, les hommes prisonniers de la caverne sont appelés à
s’exposer à la lumière du Bien Suprême qui
demande à les éclairer, à les faire passer de
l’opinion à l’intelligence spirituelle.
Or voici
qu’à la plénitude de l’empire romain, César
Auguste régnant en toute majesté, la semence du Verbe
divin prend secrètement chair d’une vierge à
Nazareth, obscure bourgade de Galilée. La
venue historique du Messie, Sauveur du
monde, s’opère dans le silence
comme un événement irréversible et
incontournable pour l’humanité. La première
phrase de la première encyclique du Bienheureux Jean-Paul II
l’annonce sans ambages : « Jésus-Christ,
le rédempteur des hommes, est le centre du cosmos et de
l’histoire.»
Bethléem
est le point de départ d’une onde de choc que rien au
monde ne saurait arrêter. La révélation du
Messie, fils de David,
trouve en Jésus qui s’est fait juif la réalisation
de la Promesse dont Israël a permis la merveille : « J’ai
fait de toi la lumière pour les nations »
(Is. 51, 1). Le Souffle de Dieu, dont Elie le prophète a
expérimenté la délicate douceur, inaugure dans
la nuit de Bethléem la victoire de l’amour dans notre
monde.
Le
combat de Jacob, d’où a pris
naissance le peuple d’Israël, s’étend à
une dimension universelle. Cela ouvre la révélation sur
de nouveaux combats : dans l’humanité, la chair et
l’esprit sont aux prises depuis la désobéissance
d’Adam. La Parole de Dieu suscitera dans la condition humaine
bien des résistances à sa libération. La
foi au Dieu unique et au Christ, vrai
Dieu et vrai homme, opère dans le monde la subversion
évangélique qui entraîne
l’alternative d’un choix pour ou contre Dieu :
« celui qui n’est pas avec
moi est contre moi ».
Deux mille
ans après la Nativité du
Christ, nous célébrons sa
venue comme le moment où l’histoire
du monde trouve son centre d’ordination.
Mais la trajectoire évangélique n’a pas fini son
parcours. Pendant deux millénaires, l’histoire de
l’Eglise s’est confondue avec celle du Moyen-Orient et de
l’Occident.
La
découverte du Nouveau Monde a
ouvert l’hégémonie de l’Europe sur la
planète. L’histoire coloniale et celle de la mission de
l’Eglise se sont déroulées de pair et non sans
heurts. Le XX° siècle a vu le centre de gravité de
l’Eglise se déplacer vers l’Amérique Latine
et l’Afrique. Les grandes civilisations de la Chine et de
l’Inde ont connu un heureux réveil. Et même le
marxisme, né en terre chrétienne, a contribué à
ce réveil en important des vérités chrétiennes
héritées de l’Occident.
On ne
s’étonnera pas que, dans
l’actuelle situation de mondialisation,
la vision biblique de l’homme ne parait nullement démodée,
mais s’avère capable d’un apport sérieux en
matière de bioéthique pour rappeler à l’homme
d’aujourd’hui que sa condition
humaine est irréductible à
la seule économie. Dans la crise de l’anthropologie
occidentale, où l’homme est plus souvent traité
en objet qu’en sujet, la dynamique de
l’évangile garde tout son
mordant pour annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ.
Noël
vient rompre le ronron « métro-boulot-dodo »
qui enferme l’homme dans le huis-clos du matériel.
L’irruption de Dieu dans l’histoire de l’homme
vient l’ouvrir à la dimension du spirituel et de sa
destinée éternelle. L’homme
est créé pour voir Dieu :
le Christ s’est incarné pour que notre chair soit
revêtue de la vie divine et qu’elle respire d’un
amour de charité. Comme nous le redisent les Pères de
l’Eglise : « Dieu
s’est fait homme pour que l’homme participe à la
vie divine » et retrouve dans
la foi au Fils de Dieu le secret de sa filiation originelle.
« la
V é r i t é vous rendra l i b r e s. »