Dossier 59

Edito

En conclusion du dernier éditorial, je vous suggérais de vous ouvrir, dans vos fraternités, à cette aventure spirituelle merveilleuse que Dieu nous propose et vers laquelle le Père Libermann peut nous conduire d’une manière très concrète.

Dans la perspective de cette aventure, je voudrais vous inviter à contempler, davantage avec le cœur qu’avec l’intelligence, les initiatives, les merveilleuses entreprises que Dieu a réalisées pour nous : son projet d’amour sur l’humanité, sur chacun d’entre nous.

C’est le thème proposé par le Pape Benoît XVI dans son encyclique " Deus caritas est ". À ce propos, je vous livre quelques réflexions suscitées par cette encyclique : - " Pour la première fois, une encyclique aborde le thème de l’amour chrétien " - " Pour la première fois, le noyau central de la foi sert de fil conducteur à un document dans lequel le nouveau vicaire du Christ dessine l’horizon et trace la route de la Barque de Pierre obéissant au commandement de Jésus-Christ " duc in altum, avance au large ". – " L’amour de Dieu et l’amour pour Dieu, mis en évidence tous deux dans l’amour du prochain, sont les axes essentiels de la vie de l’Église. "

Aussi il nous est utile de reprendre conscience du sens de notre destinée humaine et de l’enjeu de notre brève apparition sur la scène du monde..., de nous remettre de temps en temps face à cet éternel dessein d’amour de Dieu sur chacun d’entre nous. Nous ne sommes pas jetés dans l’existence, nous sommes projetés dans la vie. Et si tant d’hommes et de femmes, spécialement des jeunes autour de nous, dans notre monde, sont déboussolés, c’est qu’ils se croient " jetés " dans la vie, c’est qu’ils n’ont pas découvert ou ne croient plus à ce projet d’amour de Dieu… et alors leur espérance est morte.

En Occident nous vivons dans un monde qui s’est replié sur lui-même, un monde qui ne cherche de solution à ses problèmes qu’en lui-même, qui fait abstraction ou nie le projet de Dieu, qui ne fait plus aucune référence à la finalité ultime du monde et de l’humanité. Englué dans la course à l’argent et à tous les gadgets que la société de consommation lui offre à grand renfort de publicité alléchante, l’homme finit par oublier le sens de la vie et tourne en rond sur lui-même, cherchant en vain à étancher sa soif de bonheur dans la course aux plaisirs immédiats, qui n’engendrent en fin de compte que la tristesse. Autrefois, on avait des moyens faibles mais on avait une finalité, aujourd’hui nous avons des moyens puissants mais nous avons perdu la " boussole ", le sens de la vie.

Dieu est sorti de son silence, nous le savons et nous y croyons. Il nous a révélé en plénitude son dessein éternel par Jésus de Nazareth, son fils devenu l’un d’entre nous par Marie sa mère, la mère de Dieu. " Ce dessein de Dieu découle de l’amour dans sa source. " (Ad Gentes) Et Saint Jean nous le répète : " Dieu est amour ", amour totalement gratuit. Et cet amour ne peut s’adresser qu’à des êtres libres. Ce don souverainement libre et gratuit que Dieu veut faire à l’homme attend, requiert cependant une libre réponse de l’homme, un oui de l’homme qui répond à cette offre, qui accepte ce don et qui accepte et reconnaît en même temps sa dépendance totale à l’égard de son créateur et bienfaiteur. " Dieu c’est tout, l’homme n’est rien " murmure le Père Libermann dans son agonie.

Alors essayons, si possible, d’embrasser d’un seul regard, ce projet éternel d’amour que Dieu a rêvé pour chacun d’entre nous et pour toute l’humanité.
Jean-Pierre

RAPPEL D’UN ÉDITORIAL DE L’AN 2000

Il était signé par la Sœur Paulette Deschamps (cf. article dans " Histoire des spiritaines ") et nous parlait d’Eugénie Caps. Nous le reproduisons ici comme un testament de Sœur Paulette.)
Tous les ans, le 16 mars, nous fêtons le départ vers le Seigneur de Sœur Eugénie Caps, notre fondatrice. Nous aimons associer sa vie à la parole de Jésus : " Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul : mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits. " (Jean 12, 24)

En ces jours où nous nous préparons à revivre le mystère de la Mort et de la Résurrection du Christ, cette parole m’invite à la réflexion suivante : mourir pour vivre, n’est-ce pas là le mystère auquel chacun et chacune d’entre - nous, en tant que disciple du Christ, est continuellement confronté ? Mourir, comme la graine meurt à sa condition de graine, pour renaître transformée en vie, à la vie… Douloureux moments que ceux où il nous fait quitter nos acquis et nos certitudes pour nous laisser transformer. Dieu nous veut féconds, la vie en Dieu ne va pas sans croître et progresser. C’est aussi un chemin qui nous mène vers la pleine liberté, même si cette liberté n’est jamais vraiment acquise. S’engager sur ce chemin, c’est devenir signe d’espérance au cœur de notre monde.

En lisant le courrier qui nous vient de nos frères et sœurs qui oeuvrent au milieu de multiples difficultés et de souffrances, nous pouvons déceler de formidables signes d’espérance… C’est le grain tombé en terre qui déjà porte du fruit. " C’est l’homme qui, dans la pauvreté du quotidien et de la souffrance, se lève avec le Christ. " (frère Roger Nicolas, SB, lors du Synode du diocèse de St Denis).

Sœur Paulette Deschamps, spiritaine

" Le chemin conduisant au ciel,
c’est la croix, et sans la croix, il n’y pas de salut ".

(Sœur Eugénie Caps)

Une lettre

Lettre reçue du Père Bernard WIEDERKEHR (Spiritain à Stuttgart-Allemagne), chargé de la formation des MAZ (missionnaires pour un temps = jeunes qui désirent s’investir en mission avec les spiritains ou non durant un ou deux ans)

" le 3 janvier 2006,


Nous vous remercions de nous envoyer chaque mois la lettre de la Fraternité spiritaine, chaque fois, je la traduis en allemand…
J’ai vécu en Afrique du Sud pendant 38 années et j’ai oublié le français. Depuis 2003, j’ai aidé MAZ et les laïcs spiritain (e)s. en mars, je vais retourner en Afrique.
Mon successeur auprès des laïcs spiritains m’a dit qu’il ne peut pas traduire en français, c’est à dire qui ne faut plus nous envoyer votre " lettre de la Fraternité ". C’est dommage, parce que c’était une bonne nourriture pour nos laïcs spiritains.
Que Dieu bénisse votre travail et que le Saint Esprit touche tous les gens qui lisent " Esprit et Mission ".
Dans l’unité en lui.
Père Bernhard, Cssp

Acceptez 50 Euros pour les dépenses que vous avez eues en partageant avec nous " Esprit et Mission ".

de LILLE

Compte rendu de la rencontre du 7 décembre 2005

Nous étions 8 avec le Père Michel SELLAYE, notre nouvel accompagnateur. Thérèse et Ghislaine étaient absentes pour raison de santé.
Lors de notre première rencontre de l’année, nous avons eu la joie, dans l’Esprit, d’accueillir le Père Michel.
Il a lui même fait le compte rendu de cette réunion afin de connaître le mieux possible chacun et chacune d’entre nous ; ainsi que le fonctionnement des fraternités en général.

La couronne de l’Avent, allumée de 3 bougies nous éclairait. L’origine de cette couronne fût rappelée…

Le compte rendu a été approuvé, mais le thème, objet de la réflexion et dialogue n’a pas été retranscrit. Nous l’avons de nouveau développé : La souffrance.

Il s’agit bien de ne pas aimer la souffrance, mais de la combattre. La souffrance est un chemin de Rédemption. C’est la manière dont je l’accueille. Par elle l’Amour de Dieu fait grandir le monde.
La Rédemption ?
Le Rédempteur quelqu’un de la famille de Dieu
Le Rédempteur assure la descendance, assure l’avenir ;
Le Rédempteur paie les dettes, fait sortie de la misère
Le Rédempteur rachète l’Esclave pour le rendre libre.
La souffrance vécue, dans la foi, avec le Christ, me libère et elle peut me permettre de progresser.
C’est sûr, nous vivons la souffrance à contre courant dans la Foi… Cela trace un avenir, un chemin de vie !
La société ne peut pas éliminer la souffrance.
L’acte de la souffrance ultime est la mort…
Vivons le mieux possible l’expérience de la souffrance, laissons le Christ venir assumer, Il est là avec nous.

Le compte rendu rédigé chaque fois par l’équipe de préparation doit nous aider dans notre cheminement entre deux rencontres.
La vie en fraternité est un des moyens pour vivre le temps de rapprochement avec le Seigneur. Il semble opportun de réfléchir personnellement sur l’utilité :
Comment rencontrer le Seigneur suivant les circonstances ? Ce ne doit pas être un obstacle . Essayons de vivre une intériorité de la Relation à Dieu. Est-ce que je l’écoute Dieu ou je lui parle sans arrêt ?
Il y a différentes façons de prier : seul, avec quelqu’un, en couple, en fraternité, en communauté. Cela doit nous amener à trouver l’unité par le Seigneur.
Porter une attention toute particulière pour rentrer en relation avec le Seigneur. Notre étape de vie, nous y invite ainsi que ce temps liturgique.

Le partage de vie est libre. Il s’agit de partager ce qui dans le mois m’a réjouit, m’a fait progresser, m’a rendu actif, me pose question, me fait grandir dans la foi soit seul, en famille, en communauté ou en église...
Nous avons partagé sur la semaine missionnaire ;

La lettre de Décembre :
Qu’avons nous de plus par rapport à ceux qui font du bénévolat sans Jésus Christ ?
Dans chaque homme, il y a quelque chose de Divin. Nous avons la chance de connaître Dieu. Dans toute rencontre, nous pouvons le rencontrer dans l’ESPERANCE, l’espoir que chacun sera sauvé. La générosité est – elle pour moi un regard vers Dieu, une réponse à l’Amour de Dieu ?
C’est vrai la générosité n’est pas toujours pure ! ça me plaît, c’est un passe temps, ça me fait connaître !
On s’inscrit dans l’histoire du Salut.
Parole de Dieu
Difficile de dire oui ! nous ne savons pas toujours à quoi cela nous engage. C’est le oui dans la confiance du Seigneur. Avons-nous réellement confiance en nous ? Et passons-nous toujours par la confiance de Dieu ? Si je dis oui aujourd’hui c’est qu’il y a un acte vivant qui me fait dire oui. Dieu nous a sauvé une fois et il continue. Nous ne sommes jamais seuls dans la décision que nous prenons.
Père Libermann
Le regard que je porte vers Dieu doit m’aider à avancer et rayonner vers Lui .
Avons-nous encore la possibilité de voir notre cœur ravi en analysant ce qui se passe autour de moi ?
Savoir dire à Dieu nos états d’âme, lui exprimer nos difficultés, essayer de s’exprimer naturellement à Dieu.
( exercice auquel nous n’avons pas été habitué)
Eugénie Caps :
Elle dit sensiblement la même chose : vidons ce que l’on a sur le cœur et faisons confiance…
Benoît XVI
Il nous manque le langage du corps. Nous devons nous permettre d’avoir des sentiments. De savoir les dires au Seigneur. C’est le rocher sur le quel je m’accroche. Le Christ me rends libre. Dieu a beaucoup de patience, il me donne une force.
Questions :
Dieu est proche de nous, mais parfois nous sommes absents. Dieu descend pour nous aider à monter vers Lui. La relecture de notre vie est essentielle pour progresser.
Petit à petit Dieu nous pénètre et nous divine vers Lui. Essayons dans la prière de regarder Dieu plutôt que nous même.

Partage Eucharistique avec partage d’Évangile
On se quitte remplit d’Amour pour vivre NOËL de partage
Philippe et Marie Alix

de LA CROIX-VALMER

FraternitÉ " Esprit et Mission – Cana "
La Croix Valmer

Compte rendu de la réunion du lundi 23 janvier 2006

Partage d’Évangile -Marc 1 (21,28)

Ce passage de Marc nous interpelle à ce point que les commentaires éclairants tirés d’un livre et ceux du Père Pillot ne seront pas de trop !
Nous n’avons pas de réponse rationnelle satisfaisante face au combat existant sur la terre entre ténèbres et lumière.
Mais par le don de la foi, cette " signature de Jésus au fond de nos cœurs ", nous croyons que Dieu est Amour mais que les démons s’ils ont la foi n’ont pas l’amour et enfin que l’amour se propose à la liberté et Jésus voulait trop proposer son amour et non l’imposer.
Nous croyons aussi qu’en Jésus habite corporellement la pleine divinité d’où son pouvoir.
Enfin nous croyons que face au mal Jésus s’est " mis dedans " et là nous passons du domaine de la raison au domaine de la foi : la résurrection est bien plus forte que la mort et le mal.
Nous remarquerons aussi le pouvoir du nom de Marie face au démon même si le " malin " semble avoir encore des pouvoirs mystérieux.
Seul l’amour est la clé du mystère.

Oui, Jésus, si désemparés que nous soyons par ce texte et notre foi enfantine, nous t’offrons cette peur et notre amour.
Toi qui enseignes avec autorité, aide-nous à ne pas suivre les fausses doctrines, ni à te suivre non par peur mais par amour.
Béni sois-tu pour avoir déposé ce don merveilleux de la foi dès le berceau dans nos cœurs.
Béni sois-tu et aide-nous à aller sur ce chemin de la foi pour ne jamais l’imposer mais seulement t’imiter en nous faisant proches, en écoutant l’Esprit pour répondre et délivrer ceux qui viennent à nous.
Et toi Marie, toi l’Immaculée, intercède pour nous et fais de nous tes enfants dans la fidélité et la foi.

Prière universelle.
Notre Père, nous te supplions humblement :

Nouvelles ou infos.


Sœur Annick. La chère Sœur devrait être aidée davantage par toutes les Communautés, c’est en tout cas la recommandation parvenue par une lettre du Conseil Général des Spiritains.

Lettre mensuelle.

La relecture profonde et méditative ainsi que les témoignages nous aideront devant les difficultés de l’abandon cher au Père Libermann, car c’est bien une logique qui nous déroute surtout face à des responsabilités, mais l’abandon n’a rien à voir avec la paresse spirituelle…
Nous noterons aussi le corollaire de la phrase extraite de l’Encyclique " Pacem in terris " avec l’union à Dieu, fondement de la doctrine du Père Libermann.
" Manquer ce chemin ce serait manquer ce rendez-vous de Dieu." Nous emportons cette phrase forte pour en vivre.
Partage de vie.
En dehors des joies familiales de fin d’année, lecture du livre profond de R. Rémond, la découverte d’une statue du Piémont " ouvrante " sur la Trinité, statue très rare, de réunions de doyennés plus constructives et vivantes, plusieurs faits vécus nous amènent à y voir un appel précis de l’Esprit Saint pour engager notre Fraternité(et pourquoi pas toutes les autres, cette proposition sera faite par l’intermédiaire de Françoise, notre responsable régionale) à se sentir tout particulièrement concernée par le problème si crucial des vocations de Prêtres, leur manque, le devenir de ceux qui croulent sous la charge, leur vieillissement, etc.
Nous déciderons ensemble de nous engager à réciter fidèlement l’une des différentes prières de notre Saint Père Jean-Paul II mois par mois : celle de janvier accompagne ce compte rendu.
Bien fraternellement ! Michèle


Prière pour les vocations.

Seigneur Jésus, par ton Esprit, multiplie les appels à ton service : tu lis dans les cœurs et tu sais que beaucoup sont disposés à te suivre et à travailler pour toi. Donne à beaucoup de jeunes et de moins jeunes, la générosité nécessaire pour accueillir ton appel, la force pour accepter les renoncements qu’il exige.
Nous te prions, Seigneur Jésus, en même temps que ta très sainte Mère Marie qui a été si proche de toi ; par son intercession, nous te prions de faire que beaucoup d’entre nous, aujourd’hui encore, aient le courage et l’humilité, la fidélité et l’amour qu’il faut pour répondre " oui " comme elle a répondu lorsqu’elle fut appelée à collaborer avec toi dans ta mission de salut universel. Ainsi soit-il !

De DOUALA

FRATERNITÉ de DOUALA

2 février 2006

" Chers frères et sœurs,

La fraternité spiritaine " Esprit et Mission " vient par cette lettre pour vous présenter nos vœux pour la nouvelle année et vous fait part de nos nouvelles.
Nous vous disons merci pour tout ce que vous avez fait pour nous pour l’année écoulée surtout pour les lettres mensuelles qui nous donnent les nouvelles des autres fraternités ainsi que pour les extraits de la vie de nos fondateurs ; de quoi nourrir notre vie spirituelle.
Nos réunions mensuelles sont régulières, notre assistante pastorale : la Sœur Antonetta nous entretient. Chacune a son apostolat dans le quartier. Chez l’une de nos membres : il s’agit de Madame Marceline de lundi à vendredi, elle accueille les enfants handicapés mentaux avec qui elle fait un peu de couture, de l’alphabétisation, etc.
La carte que nous vous envoyons a été faite par ces enfants : avec eux il faut beaucoup de patience.
Tous les 3èmes dimanches du mois, avec les parents de ces enfants, nous tenons la réunion pour chercher comment vivre avec ces enfants qui ont un handicap et que la société rejette. Pour le moment, nous n’avons pas encore fait notre retraite annuelle. D’ici Pâques, nous vous enverrons le compte rendu.

Un fois de plus merci pour l’attention envers nous. Que le Seigneur nous accorde les grâces dont nous avons besoin pour cette nouvelle année.

Recevez nos salutations chaleureuses accompagnées de nos prières.

Bien à vous, Révérend Père et Sœur Lucienne Garrigue, et à tous les membres de la fraternité spiritaine " Esprit et Mission ".
Mme Kengne Thérèse.

SAINT JOSEPH D’ALLEX

10 décembre 2005

" Chers amis,

La fraternité spiritaine Saint-Joseph d’Allex (n° 2) fêtera son quatrième anniversaire en mars 2006 dans la simplicité, la confiance, la paix, l’espérance et la persévérance.
Ses membres sont heureux de côtoyer les Pères du Saint-Esprit de la Maison Saint-Joseph, lieu de ressourcement idéal, admirant la foi profonde du Père Libermann, son abandon, son humilité, son regard aimant vers Dieu et Marie.
Les réunions sont mensuelles mais nous ne manquons aucune des fêtes, célébrations ou pèlerinages organisés par la Maison Saint-Joseph !

Les laïcs sont impliqués au quotidien dans la vie de l’Église d’Allex et de la région mais tiennent à suivre une fois par an la retraite proposée, soit par la Fraternité du Sud, soit par les spiritains d’Allex : 2004 à Sufferchoix, 2005 à Allex avec le Père Arsène Aubert, sur " l’Évangile de saint Jean et le mystère pascal d’après le Père Libermann ". En 2006, ce sera à Allex, une nouvelle fois, sous la houlette du Père Yves Monot.
L’année dernière, nous avons été invités par le couple ardéchois à nous rendre de l’autre côté du Rhône.
Nous faisons appel régulièrement - et cela plait beaucoup - à des intervenants spiritains sur des sujets très variés : Justice et Paix, les aumôniers de prison, la mondialisation ou le témoignage d’un prêtre ayant passé soixante ans au Congo !
Nous soutenons également - modestement, certes - l’action des spiritains au Pakistan, notamment après le séisme d’octobre 2005.

Avec l’expression de ma déférente sympathie
Huguette Combes "

BUREAU NATIONAL

La lettre mensuelle sert de lien entre nos fraternités. Les remontées au Bureau national nous apprennent qu’elle est bien accueillie, qu’elle est un bon outil de travail pour nos réunions mensuelles.

En fait, par leurs membres et dans leur fonctionnement, les fraternités sont diverses. Certaines complètent leurs échanges par un partage sur l’évangile du dimanche, par une réflexion sur un thème d’actualité, par un enseignement sur nos fondateurs, etc.

Qu’on parte de la lettre même ou qu’on s’en affranchisse, nous sommes persuadés que nos réunions sont toujours riches d’approfondissement personnel et de réflexion commune.
Marta naît le 15 décembre 1928 au village de Casteloes, commune de Tondela, district de Viseu (Portugal). Elle grandit au sein d’une famille chrétienne très unie. Elle fréquente l’école primaire de son village et comme tous les enfants du milieu rural, elle est initiée aux travaux agricoles et aux labeurs domestiques.
Elle se développe et grandit aussi spirituellement. Son esprit apostolique se fortifie avec l’Action Catholique Rurale et la vente du journal de LIAM (Ligue pour intensifier l’action missionnaire) des Missionnaires du Saint-Esprit. Un évènement semble décisif dans l’orientation de sa vie : une retraite animée par un spiritain. Après ce " temps fort ", elle prend contact avec les Spiritaines, et rentre au postulat le 29 août 1952. Consécration religieuse le 30 juillet 1955.

Trois années passées ensuite au Portugal lui permettent de se préparer concrètement à la vie missionnaire : elle fait des études d’infirmière et, en 1957, elle exerce sa profession à Lisbonne, au dispensaire d’Alcantara… Une étape d’attente car, en octobre 1958, elle reçoit sa feuille de route pour l’Angola. Á L’hôpital de Huambo, elle met au service des malades tous les dons d’âme et de cœur que le Seigneur lui a accordés. C’est à Huambo qu’elle a la joie d’émettre ses vœux perpétuels le 5 août 1961. En 1965, les spiritains ouvrent une nouvelle communauté dans l’arrière-pays, à Cachingues, à 100 km environ au sud de la ville de Kuito. La sœur est tout indiquée pour prendre la responsabilité de cette maison et devenir l’infirmière du poste de secours de la mission. En 1971, nous la retrouvons à l’hôpital de Huambo… Mais bientôt les transformations politiques et les perturbations militaires ramènent sœur Maria-Joaquim au Portugal. (1)
Elle travaille à Braga durant trois ans et " actualise " en même temps son diplôme d’infirmière.

En 1978, elle retourne en Angola. La voici de nouveau à l’hôpital de Huambo où on lui confie le service de pédiatrie. Les conséquences de la guérilla se font terriblement sentir en cette ville : le nombre des enfants malades et dénutris augmente de jour en jour mais les moyens de les soigner deviennent de plus en plus réduits. Très sensible aux appels des pauvres, spécialement des enfants, la Sœur assure dans le service une présence permanente et s’ingénie à répondre aux besoins de chacun.

Pendant ses congés au Portugal, elle cherche à obtenir des moyens et des fonds pour secourir ses petits. Quelle n’est pas sa joie lorsqu’elle s’en retourne avec divers instruments médicaux dans sa valise et de l’argent dans sa poche : au moins, elle pourra acheter un peu de nourriture et autres choses nécessaire !

Mais elle n’est pas qu’infirmière : c’est en religieuse missionnaire qu’elle se situe. Une de ses compagnes témoigne :

" Je crois pourvoir la caractériser comme " femme fidèle ". En effet, elle possédait un caractère vrai, droit, qui la menait à prendre très au sérieux ses engagements. Fidélité à la prière : elle se levait très tôt pour faire sa prière personnelle avant de partir à l’hôpital ; fidélité à la vie communautaire : elle aimait tellement rendre service ; fidélité dans son travail : combien d’enfants lui doivent la vie ! "

En 1992, on décide de rouvrir la mission du Sendi (fermée à cause de la guerre) si les espoirs de paix se concrétisent et on demande à la Sœur d’y aller comme infirmière. Elle accueille son obédience de tout cœur… En attendant son départ, elle prend un temps de congé au Portugal… Mais en Angola, la guerre éclate à nouveau et avec une violence inouïe… Sœur Maria-Joaquim reçoit de sa Responsable l’ordre de revenir à Huambo. Ses amis l’interrogent : " Pourquoi repartir dans un tel contexte ? " Elle répond : " Nous sommes dans la main de Dieu. Lui seul peut nous défendre. Je n’ai pas peur… C’est maintenant que je suis nécessaire pour soigner tant de blessés ! Nous appartenons à Dieu et nous partons en son nom. C’est Lui qui prend soin de nous ! "

Le 30 novembre 1992, elle arrive donc en Angola et reprend son travail à l’hôpital de Huambo où elle ne pensait plus retourner. Pour mieux comprendre le déroulement des évènements qui ont suivi, nous relisons les notes écrites à la hâte par l’une des sœurs :

Samedi 9 janvier 1993 - 14 h 30, la guerre s’intensifie. Nous sommes toutes à la maison : impossible de sortir, impossible de rentrer, impossible de marcher dans les rues. Tout de suite, des personnes sont éliminées…
Dimanche 10 janvier 1993 - aucune des huit paroisses de la ville n’ouvre ses portes, aucune ne sonne les cloches… les " Mig " survolent notre cité, les vitres de notre maison se brisent côté rue… Nous sommes dans la zone de l’Unità ; au loin, face à nous, deux canons sont postés, paraît-il.
Lundi 11 janvier 1993 - une bombe détruit partiellement la maison de notre voisin. Tous les habitants, cinq personnes et un bébé, se refugient chez nous.
Mardi 12 janvier 1993 - se sentant très peu en sécurité, une dame nous confie sa petite fille de 5 ans et demi. Soudain, quatre jeunes gens de 16 à 18 ans, surgissent dans le jardin. Ils veulent échapper aux massacres, nous les gardons.
Mercredi 13 janvier 1993 - l’arsenal des munitions appartenant aux forces gouvernementales brûle. Détonations, fumée, feu… impressionnant ! La grand-mère de la petite fille a été tuée à bout portant dans sa maison.
Jeudi 14 janvier 1993 - 15 h, une bombe tombe sur l’annexe de notre maison. Sœur Marie-Joaquim prenait l’air dehors, assise sur un tronc d’arbre peu stable. Elle est aussitôt projetée en l’air et retombe violemment, sa tête heurtant avec force le sol bétonné. Le temps de gémir : " Aïe, aïe, meu Deus, meu Deus… " et elle entre dans son éternité… Au même moment, l’un de nos réfugiés est blessé au thorax et à l’abdomen par les nombreux éclats de vitres brisées, côté jardin, cette fois. Je prends la voiture et le conduis à l’hôpital.
Vendredi 15 janvier 1993 - Grâce aux quatre garçons, nous creusons la tombe de la Sœur dans le fond du jardin potager : à défaut de cercueil, elle est enroulée dans un plastique très fort. Nous prions en silence : dehors, les armes font du bruit. Puis chacune prend un peu de linge et nous quittons notre communauté de Kapongo pour nous rendre à pied, à Cacilhas, la communauté du noviciat, à 20 minutes d’ici. Le danger y sera peut-être moins grand !
1er février 1993 - La radio Caritas annonce à Luanda la mort de Sœur Maria-Joaquim sans autre précision. C’est par ce moyen que la Supérieure du district, résidant à Luanda, reçoit la première information (toute communication est coupée depuis le 9 janvier). Tout de suite, elle téléphone au Portugal qui avertit la Maison-Mère. Partout, l’émotion est grande en apprenant cette terrible nouvelle.
3 février 1993 - A notre tour, nous recevons deux obus… Il faut voir les dégâts ! Nous vivons et dormons dans un couloir… Les repas se passent à la cuisine. Une grosse marmite est posée sur la table… On mange debout.
Jeudi 11 février 1993 - Une grosse grenade perce le mur de notre salle de communauté. Tous les carreaux des fenêtres côté rue sont par terre.
Dimanche 14 février 1993 - On vient d’avoir une nuit d’enfer. On se demande s’ils se sont arrêtés une minute !
Jeudi 18 février 1993 - Les sœurs Servantes du St Esprit viennent d’arriver dans notre zone. Elles ont beaucoup, beaucoup souffert, passant trois jours et trois nuits sans manger ni bouger.
Samedi 27 février 1993 - A 21 h 30, une voiture de l’Unita nous amène une sœur de St Joseph de Cluny blessée par les bombes de " Mig ". Nous la gardons et la soignons.
Samedi 6 mars 1993 - Quatre bombes de " Mig " sur la place du marché : près de 100 morts et autant de blessés. "

Dimanche 7 mars 1993
- la radio annonce la prise de Huambo par les forces de l’Unità.
Les mois passent. Notre maison de Kapongo est inhabitable : le matériel pour effectuer les réparations demeure introuvable. Le jardin, lui a été entretenu par notre femme de ménage. Quand elle s’y rend, avant de commencer le travail, elle se recueille d’abord sur la tombe de celle qui fut sa grande amie.
" 26 octobre 1993 - L’heure est venue de donner une sépulture convenable à Sœur Maria-Joaquim. Nous sommes toutes présentes.
6 heures du matin : le personne des Pompes Funèbres creuse la terre où repose notre Sœur. Le sac de plastique apparaît, le corps est transporté à la surface et déposé sur un drap blanc… Le silence est profond… On découvre un visage intact, serein… Encore un temps de prière et le corps est mis dans le cercueil puis transporté au noviciat.
Trois spiritains concélèbrent la messe des funérailles. De nombreux séminaristes prient avec nous. La messe terminée, nous partons au cimetière où le Père Tony Neves donne une dernière bénédiction. Il rappelle ce que fut notre Sœur, son attachement aux petits, puis les derniers moments qu’elle passa en famille et sa réflexion ultime : " Oui, je repars, consciente du travail mais aussi du danger. "

Sœur Maria-Joaquim repose donc dans ce pays qu’elle a tant aimé où elle a passé 32 des 38 années de sa vie spiritaine.
Sœur Paul Girolet

ADIEU, SŒUR PAULETTE

La Sœur Lucienne Garrigue provinciale des spiritaines en France, nous communique quelques détails sur la mort de la sœur Paulette Deschamps qui suivit et encouragea nos fraternités " Esprit et Mission " avant de partir durant six ans au Sénégal.

Sœur Paulette Deschamps nous a tous surpris par son départ si rapide le 7 janvier 2006 pour la Maison du Père.
 
Voici le faire-part envoyé par nos Sœurs de Ouakam où elle était en mission au Sénégal :
 
" C'est comme un voleur que le samedi 7 janvier 2006, veille de l'Épiphanie du Seigneur, que nous préparions à célébrer avec joie, que la mort est venue visiter notre communauté de Ouakam au Sénégal.
Sœur Paulette était très fatiguée, elle se préparait avec joie à partir en congé cette année, mais rien ne laissait penser à une telle issue. Samedi matin, Paulette est allée à la messe à la paroisse, a pris le petit déjeuner avec nous, a retiré du réfrigérateur la dinde qu'elle voulait préparer selon une de ses recettes pour le repas du dimanche, puis est partie à ses activités.
C'est vers 11 h 30 que Sœur Antonia ne voyant pas Sœur Paulette est allée jusqu'à sa chambre et a frappé. N'ayant pas de réponse, elle a ouvert la porte et l'a trouvée allongée sur son lit. Elle paraissait se reposer, mais vu son aspect physique, après avoir tenté de prendre le pouls inexistant, la réalité s'impose. Le médecin, appelé aussitôt, constate le décès qui a pu se passer vers 10 h 30.
Le choc est grand pour nous. Sœur Paulette s'est donnée jusqu'au bout.
Merci Paulette pour ce que tu es pour nous."
 
Voici l'introduction faite à l'ouverture de la messe d'enterrement à Ouakam par sœur Anna Gottar, missionnaire au Sénégal dans une autre communauté :
 
" Sœur Paulette Deschamps est née le 31 Mai 1932 à Strasbourg.
Elle a fait sa première profession le 22 juillet 1959 et ses vœux perpétuels le 9 août 1965
Nous l'accueillons ici à Ouakam le 20 juin 2003.
Avec enthousiasme, joie, bonheur et générosité, Sr. Paulette a parcouru les routes du monde - en Centrafrique - pionnière d'Haïti - en Allemagne - un long temps de responsabilité au district de France - puis le généreux et infatigable service au Sénégal.
Paulette, tu as aimé les peuples auxquels tu étais envoyée surtout les petits, les plus petits. Tu les as entourés de tendresse, d'écoute, en toute vérité et humilité.
Rien, absolument rien n'était de trop pour toi quand il fallait rendre service.
Les difficultés n'ont pas manqué mais, en bonne battante, tu les as affrontées et dépassées.
De bon goût et de savoir faire, tu rendais à chaque personne et aux choses leur fraîcheur, leur beauté et leur attrait.
Où donc as-tu puisé ton élan missionnaire ?
Dans ta famille, déjà toute petite. En ce moment, elle est avec nous par la prière, la pensée et l'Eucharistie, tout particulièrement tes trois sœurs Monique, Thérèse et Jacqueline.
Où donc as-tu puisé encore ta force missionnaire ?
Sans nul doute dans ton terroir alsacien. Saverne, le Père Libermann, tu les as tant de fois visités. Ses écrits médités et approfondis t'ont donné ce dynamisme missionnaire.
Où donc as-tu trouvé la Source de ta vie ?
Dans l'Évangile qui nourrissait ta foi profonde et pratique.
Merci, Paulette, pour le repas de la Fête de l'Épiphanie, fête spiritaine que tu as commencé à apprêter samedi. Tu nous as laissé continuer sa préparation et par ton départ brutal, tu nous entrouvres la plus belle des fêtes : "Les noces de l'Agneau". Ton départ nous laisse le goût de la Fête, le goût de la Fête éternelle et maintenant le goût de la Fête Eucharistique."
 
Voici maintenant le témoignage donné par les catéchistes et les membres de la fraternité spiritaine :
 
"A peine trois années révolues parmi nous et vous voilà partie d'une manière si rapide, si inattendue, à nous couper le souffle. Vous voilà partie, non pas pour rejoindre votre pays, la France, auprès des vôtres, mais pour rejoindre la maison de Dieu, auprès de Jésus et de Marie, en union avec tous les saints. Continuez de prier pour nous !
Sœur Paulette, nous avons appris que vous avez longtemps servi en Centrafrique, à Haïti, en France, en Allemagne avant de venir au Sénégal, terre d'Afrique où le Père Libermann a envoyé ses tout premiers missionnaires en leur recommandant de se faire "nègres avec les nègres" au moment où l'esclavagisme et le racisme n'étaient pas totalement abolis.
Cette parole, vous l'avez méditée et mise en pratique dans les différentes rencontres de la Fraternité. Aussi voudrions-nous vous dire merci pour ce que vous avez œuvré parmi nous, pour toutes vos qualités, vos talents mis à notre service, au service de l'Église du Sénégal !

Sœur Paulette, merci tout simplement, tout humblement, d'avoir dit, comme Marie à l'Ange Gabriel : "OUI".
Oui, Seigneur, à la mission que vous me confiez, oui à l'envoi vers tous mes frères qui ne vous connaissent pas encore, où qu'ils puissent se trouver sur la terre.
Sœur Paulette, merci d'avoir accepté d'être "MISSIONNAIRE" de Jésus, Notre Sauveur !"

Je reprends aussi les dernières paroles de l'homélie du Père René Charrier, Spiritain, lors de la messe célébrée pour Paulette avec sa famille dans la chapelle de notre Maison-Mère :
 
"Nous voulons rendre grâce pour la vie de Paulette, pour sa vie aux différents horizons de la mission, en Europe, en Afrique et en Amérique, pour nous avoir accompagnés, entraînés, tirés, secoués peut-être, aidés certainement, pour avoir été femme d'esprit et de cœur, missionnaire à l'esprit ouvert et au cœur donné, spiritaine à fond à la suite des fondateurs, et surtout à la suite de Jésus, celui de son baptême et de sa profession.
Merci, Paulette et prie le Seigneur pour nous."

L’INVENTEUR DE LA CLÉMENTINE

Frère Marie-Clément Rodier

Il est le seul Frère spiritain à se trouver dans le dictionnaire Larousse, et pardonnez du peu, c’est dans les noms communs. " Clémentine : n.f. (du nom du Frère Clément, qui obtint le fruit en1902). Mandarine d’une variété à peau fine, fruit du clémentinier. " (Petit Larousse 1998, p. 225). Pour le même fruit hybride du bigaradier et du mandarinier, le Petit Robert, lui, renvoie à un " Père Clément ".
Quand nous nous délectons avec ce petit fruit sans pépins, qui nous vient désormais d’Espagne, d’Israël ou de Californie, nous sommes bien évidemment loin de penser à ce petit frère Marie-Clément qui inventa la savoureuse mandarine dans un coin d’Algérie (française) peu connu, appelé Miserghin.
Il s’appelait Vital Rodier. Il était né le 25 mai 1839, dans un coin reculé du Puy-de-Dôme appelé Malveille, dans ce coin du Livradois où se situe Saint-Germain-L’herm. Un Vital à Malveille, quelle ironie ! Ce n’est point là qu’il pouvait espérer grand avenir. Mais l’avenir qu’il décida de poursuivre ne fut point grand aux yeux de beaucoup. Il voulut d’abord se faire chartreux à Valbonne, non loin de Pont-Saint-Esprit, mais l’austère régime des moines le rebuta, et il s’en fut rejoindre un de ses oncles qui était Frère de l’Annonciation à Miserghin, en Algérie.
Cet institut de frères où il pénétrait était originaire de Montpellier, et avant été fondé par un abbé Montels qui se préoccupait, comme beaucoup d’autres alors, des orphelins. À la mort du fondateur, le jeune institut fut confié à un ancien vicaire de Saint-Chinian, professeur d’histoire ecclésiastique au grand séminaire. Il s’appelait Louis-Théodore Abram, avait 38 ans, et eut l’idée en ces années qui suivirent la conquête de l’Algérie de transporter ses orphelins sur une terre ouverte à toutes sortes d’initiatives. Á force de démarches tenaces, il obtint une concession de 30 hectares à Miserghin, village de colonisation à 21 km au sud-ouest d’Oran. Il s’y installa en 1849 avec ses orphelins et ses petits frères de l’Annonciation.

Deux ans plus tard, on lui accordait en plus les 12 hectares d’une pépinière étatique. La ténacité du Père Abram, jointe à l’immense bonne volonté de ses petits frères, transforma le domaine en une grande exploitation agricole, doublée d’ateliers où se formaient les orphelins, venus de France et d’Algérie. Relancée et développée, la pépinière de Miserghin devint célèbre grâce à l’imagination et au travail de plusieurs religieux aimant l’arboriculture et les activités en dérivant.

On planta beaucoup. Des vignes et des agrumes surtout. La pépinière eut vite de nombreux clients : on y pouvait acquérir toutes sortes d’arbres. C’est à cette pépinière que travaillait, notamment, le frère Marie-Clément Rodier. " On peut dire que rien n’a été planté sans lui dans les 20 hectares de la pépinière et les 35 hectares du vignoble. C’est lui qui a introduit dans le pays plusieurs centaines d’espèces d’arbres forestiers, fruitiers ou d’ornement, sans compter une merveilleuse collection de rosiers qui comprenaient près de 600 variétés des plus rares… Il obtint même et développa plusieurs variétés de plantes et de fruits, entre autres une espèce de mandarine, qui fit l’admiration des connaisseurs, et que les orphelins de l’établissement baptisèrent du nom de Clémentine. "
L’origine ou l’hérédité de ce fruit désormais populaire est assez mystérieuse. Les sociétés savantes et la tradition spiritaine hésitent en se contredisant ou en se complétant. Les botanistes l’on découvert sur le tard alors que le Frère Marie-Clément en faisait déjà exploitation. Son invention reste floue. Elle remonterait à une époque située entre 1892 et 1900. La pierre tombale du Frère la situait en 1894, mais des auteurs, tous sérieux, sont loin d’être d’accord sur cette date.

La modalité est non moins mystérieuse. La tradition, spiritaine ou non, en fournit deux, généralement retenues. " Il y avait sur le terrain, au bord de l’oued Miserghin, un arbre non cultivé qui avait poussé là parmi les épines ; ce n’était pas un mandarinier, ni un oranger ; ses fruits plus rouges que les mandarines étaient d’une saveur délicieuse et de plus n’avaient pas de pépins : c’est ce que devait apprendre au Frère Clément, un jeune arabe qui en avait dégusté : intéressé par ces fruits, notre arboriculteur prit sur lui la décision de faire des greffes avec des greffons de l’arbre miraculeux. L’opération réussit : on multiplia alors les greffes et au nouvel arbre on donna le nom de clémentinier. "

" Une autre version nous est donnée par le fils d’un employé qui vivait à la pépinière au temps du Frère Clément. Celui-ci aurait suivi le travail d’une abeille en train de butiner : l’abeille passe d’un bigaradier sur un mandarinier : que peut-il sortir d’in tel mélange de pollen ? Le Frère attache un ruban rouge à la fleur du mandarinier et surveille la production ; il prélève le fruit à maturité, fait un semis et obtient la clémentine… "

Peut importe en somme, si notre curiosité scientifique ne peut être satisfaite : la curiosité historique est unanime pour attribuer l’invention de la clémentine à Vital Rodier, devenu Frère Marie-Clément quand il entra chez les frères de l’Annonciation.

Pourquoi alors en parler ici, chez les spiritains ? Serait-ce de la récupération indue ? Pas totalement. Car après la mort du Père Abram en 1892, son institut connut de grandes difficulté d’ordre économique. Le diocèse d’Oran s’en émut et sur le conseil du Saint-Siège sollicita la Congrégation du Saint-Esprit pour examiner et soutenir l’institut chancelant. Mgr Le Roy, alors supérieur général des spiritains, proposa la réunion des petits frères avec les siens. Après des tractations à rebondissements, le projet fut entériné. Par un décret de 1901, Rome supprima l’Institut du Père Abram et autorisa ses membres à entrer dans la Congrégation du Saint-Esprit. Presque tous s’y décidèrent. Il refirent un noviciat, sur place, à Miserghin, et devinrent spiritains en février 1902.

L’inventeur de la clémentine devint donc spiritain, et spiritain il mourut en 1904.

Lors du départ des religieux, après l’indépendance algérienne et la nationalisation de l’orphelinat, les tombes de tous les spiritains décédés à Miserghin ont été nivelées et recouvertes d’un gazon sous lequel ont disparu leurs noms et avec eux, la brève évocation de leur présence et de leur dévouement. La sœur trinitaire qui m’a communiquée en 1993 cette information a précisé que les restes du Père Abram et ceux du Frère Marie-Clément avaient alors été placés dans l’ossuaire de leur couvent.

C’était là l’histoire douce-amère de la clémentine et de son inventeur, le Frère Marie-Clément, qui ne devint spiritain que sur le tard, après sa très féconde invention.

René Charrier
(d’après Les Frères Courage p. 62-69)

PAKISTAN

Sadiqabad, Punjab, Janvier 2006

Le Pakistan subit un hiver exception-nellement rigoureux trois mois après le séisme qui a privé 3,5 millions de personnes de leurs habitations. Dans les hauteurs, où survivraient encore 400 000 personnes, la température est tombée à -14 °C. Le froid oriente souvent mes pensées vers le Cachemire et vers ces gens que j'ai côtoyés pendant plusieurs semaines avec l'équipe de Médecins du Monde.

J'étais vraiment heureux d'être médecin, de parler ourdou et de connaître déjà ces régions au moment où tout ceci devenait manifestement utile. C'était comme si mes balades dans ces montagnes, si souvent répétées avec bonheur, trouvaient un nouveau sens ; comme si je pouvais payer l'hospitalité reçue alors.
Balakot a pour moi un visage : celui de ce vieil homme que nous avions trouvé occupé à remuer les décombres de sa maison. Il présentait une méchante plaie que nous avons désinfectée et bandée. Quelques instants plus tard, alors que chacun se consacrait à d'autres patients, un remue-ménage a attiré notre attention : le vieil homme était retourné à ses gravats, ruinant immédiatement nos soins. Nous avons essayé d'expliquer qu'il lui fallait abandonner son travail, sinon la blessure ne se refermerait jamais et risquait de dégénérer. "Comment pourrais-je laisser ces débris ? Le corps de mon fils est dessous. Je dois l'enterrer proprement." Il y a des plaies que les médecins ne peuvent pas soigner.

Le travail continue sur le terrain. L'urgence concerne maintenant davantage les infrastructures que les soins : il faut fournir un toit (tente suffisamment protégée ou abri en dur) à la fois à ceux qui sont descendus et à ceux qui ont décidé de rester sur les pentes malgré le froid pour protéger leurs terres ou ce qui reste de leur bétail (les prédateurs - humains surtout - fourmillent). Á cet effet, j'ai orienté intégralement les dons que l'on m'a confiés vers l'Alliance Française qui, à Islamabad et Lahore, s'occupe de faire fabriquer et distribuer des abris dans les zones sinistrées. J'ai entièrement confiance en ceux qui ont initié cette opération.

Reste à savoir si les expatriés pourront continuer leur travail sans risque, car on voit sur place de nombreux groupes "jihadis" reconvertis dans les services humanitaires. Ils étaient auparavant présents dans la région, rassemblés dans certains camps d'entraînement (dont certains ont été détruits par le séisme), et peu appréciés de la population. Se mettre au service de celle-ci quand elle ne peut faire la fine bouche est pour eux une occasion d'améliorer leur image de marque. Mais ceux que nous avons croisés nous ont parfois fait comprendre qu'ils n'appréciaient que modérément la présence des ONG occidentales.
Marc Tyrant

MAURITANIE

7 janvier 2006

Veni, vidi, vinci ", a dit Jules César après une bataille célèbre. Eux, ils sont venus, ils n’ont rien vu et ils sont repartis dans le même tourbillon de bruit et de poussière qui les avait amenés. Depuis 36 heures, Atar frémissait sous le vrombissement des mille moteurs du ‘Dakar’.
Y a-t-il seulement une personne dans ce long cortège qui s’est arrêtée pour se laisser surprendre un peu par de l’étonnement ? Quelqu’un sait-il que mon petit voisin, né l’an dernier, qui a les dents qui sortent cette semaine, s’appelle Djibril ? Ont-ils seulement remarqué que cette année la région est plus belle grâce aux pluies de l’été, qu’il reste un peu de verdure et même quelques jardins où poussent des haricots, du mil et des hdaj (espèce de courge) ? Enfin je crains qu’ils ne sachent même pas qu’il y a des damans (je les ai pris d’abord pour des marmottes) dans les rochers des vallées un peu reculées.

J’ai consacré une bonne partie de mon temps, en 2005, à faire mon trou à Atar, afin d’y avoir suffisamment d’amis et de contacts pour y être à l’aise, à chercher à redynamiser la bibliothèque et à travailler à la mise en place d’une formation pour le diocèse, destinée à permettre aux nouveaux arrivants d’être initiés aux réalités du pays (langue hassâniya, islam, cultures, histoire). Je me rends compte que c’est un très gros travail d’apprentissage, de recherche, de lecture et d’écriture.
Un coup d’État a renversé Maouya Ould Taya, aux commandes du pays depuis décembre 1984. C’est son plus proche collaborateur, le chef de la Sûreté, le colonel Ely Ould Mohamed Vall qui organisa l’affaire durant l’absence du président.
Après une période de grâce, le pays revient sur terre et peu à peu les Mauritaniens constatent que les rêves de lendemains enchantés ne sont pas pour tout de suite, le changement le plus attendu étant une amélioration du niveau de vie, qui passe par une augmentation des salaires, ce qui n’a pas eu lieu et pourrait même ne pas survenir durant toute la transition, car le budget de l’État est en redressement sévère, condition pour une éventuelle annulation de la dette du pays par les institutions bancaires internationales. L’argent espéré par l’exploi-tation du pétrole tarde aussi à venir. Plusieurs réformes sont en cours sous la transition, mais d’un avis assez partagé, il faut aussi un changement dans les pratiques quotidiennes et les mentalités pour parvenir à un réel changement. Sinon, les relations familiales, tribales, ethniques, subsisteront, comme avant, en tant que règle première de la vie sociale ; les inégalités et injustices aussi, de même que la corruption.
Marc Botzung

MADAGASCAR

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Noël 2005
Quel bilan pour Madagascar en cette fin d'année ? Au dernier sommet des Nations-Unies, Marc Ravalomanana annonçait une avancée significative de la lutte contre la pauvreté en proclamant : "Si en 2002, 80% des Malgaches vivaient dans la pauvreté, ils ne sont plus actuellement que 74%". Le président a profité de cette occasion pour faire part aux représentants des 170 pays venus à cette Assemblée Générale des efforts réalisés dans le développement du pays : "Le taux de scolarisation est passé de 67 à 82%. La mortalité infantile a baissé de 19 à 9% pour les enfants de moins de 5 ans". Selon lui, le pays avancerait donc vers le développement rapide et durable, promis pendant sa campagne de 2001.
Ce point de vue optimiste est loin d'être partagé par tout le monde et l'analyse des opposants au régime tient un tout autre langage : sous-alimentation croissante de la population, insécurité alimentaire, gaspillage de l'argent public, nombreux voyages présidentiels qui grèvent les caisses de l'état, diminution du pouvoir d'achat de la majorité de la population, mauvaises conditions sanitaires dans les villes, insécurité grandissante en ville comme en brousse, vols de bœufs…

Il est difficile de voir clair dans la situation réelle du pays. Les signes d'amélioration sont là, surtout au niveau du réseau routier, mais nous constatons une dégradation constante du pouvoir d'achat. La flambée des prix est réelle et presque tous les secteurs d'activités sont concernés : riz, ciment, essence, transports, fournitures scolaires, médicaments, électricité… L'évolution des salaires ne suit pas, sinon pour les hauts dirigeants qui ajustent régulièrement les leurs. L'économie du pays est frappée de plein fouet par la crise pétrolière mondiale actuelle.

C'est dans ce contexte difficile que, présents dans la région nord et dans la capitale, nous poursuivons notre mission d'évangélisation et de développement. La plupart du temps au service des plus pauvres, nous essayons de faire grandir les gens dans la dignité humaine en évitant de tomber dans l'assistanat. Mais cela n'est pas toujours évident quand, tous les jours, les malades ou les plus pauvres viennent vous demander un peu d'argent pour se soigner et nourrir leur famille…
Jean-Claude Jaquard

ALGÉRIE

Janvier 2006


Jusqu'en juin, je continue à desservir Tiaret, à 140 Km de Mascara. J'y retrouve un groupe attachant et fidèle d'une cinquantaine d'étudiants d'Afrique Noire. Passer des collines du Rwanda (ayant vécu le génocide !) ou des banlieues de Kinshasa ou Yaoundé : quel choc ! Climat, culture, ambiance. Là-bas les églises sont florissantes. Ici, on ne comprend pas pourquoi ils ne sont pas musulmans. Pour eux, il devient donc très important de se retrouver à la paroisse pour échanger, essayer de comprendre le pays qui les accueille, approfondir leur foi souvent contestée et prier ce Dieu d'Amour qui reste à leur côté.
Ils attendent plus de nous : une maison ouverte en permanence, des activités, etc. Ce sera pour bientôt. En effet, trois capucins français viendront s'installer en septembre. Je passerai alors le relais mais je regretterai les amis "Pieds Noirs" de Mélakou, Francis et Khadidja et leurs neuf enfants, Charly, Yvette et Rachid, Edwige, M. et Mme Robillard et les amis algériens de Tiaret que je visiterai moins souvent.
Le 3 janvier, j'ai fait un voyage éclair à Ain Sefra, 350 Km au sud, (diocèse du Sahara) pour conduire Sœur Danuta et tout un chargement. En effet, les Franciscaines fondent une nouvelle communauté, dans la maison du Père Comminardi, décédé durant l'année après avoir passé 35 ans, seul. II a fait des recherches sur la désertification, sur les gravures rupestres préhistoriques abondantes dans la région, sur Bou Hammama, grand résistant à la colonisation. Á la fin de sa vie, il passa son temps à visiter les malades à l'hôpital, surtout les nomades qui n'ont pas de famille en ville. Il fut impressionné par une petite Soumia, qui, à 17 ans, se mourait du cancer et dont il publia les poèmes dans lesquels elle exprimait sa foi, son abandon en Dieu. Tout un réseau s'est créé autour d'elle alors, et ça continue : des familles préparent chaque jour, à leur tour, thé, gâteaux, couscous, et des jeunes les portent aux malades.
Le 1er janvier, neuf hommes, une rose à la main, ont frappé à la porte des Sœurs arrivées depuis la veille de Noël, pour leur souhaiter bienvenue et bonne année. De quoi réchauffer le cœur, surtout que dehors, il y avait la gelée blanche et que le chauffage ne marchait pas encore. Eh oui, c'est ça l'Algérie ! Il n'y a pas de prêtre sur place. Il y a une communauté des Frères et Sœurs de Foucauld à 140 Km, sans prêtre. Il faudra trouver une formule car je suis le plus proche.
Raymond Gonnet

D’HAÏTI

Janvier 2006


Que peut-on encore faire pour ce petit pays ? Y a-t-il encore une chance de le sortir du drame dans lequel il ne cesse de se débattre depuis des décennies, voire des siècles ? Où est donc passé ce peuple fier d'avoir su se libérer des chaînes de l'esclavage en se débarrassant, dès 1804, de ses colonisateurs français ? Que reste-t-il donc de la perle des Antilles ? Qui va encore oser l'appeler "Haïti chérie" ? Á quoi bon encore investir dans ce pays ? II y en a tant d'autres dans le besoin qui donnent plus de satisfaction et d'encouragement…

En ce début d'année 2006, bien des questions continuent à se poser sur Haïti. Les nouvelles que l'on peut en recevoir ne sont pas très bonnes. Á Port-au-Prince, les gens vivent vraiment dans la peur. Á la campagne, la paysannerie a de plus en plus de difficultés à vivre du travail des champs. Les surplus alimentaires, importés sous forme d'aide, concurrencent les produits locaux. Les paysans se déplacent en ville pour quémander leur part du gâteau de l'aide internationale, négligeant leur travail dans les jardins. Les perspectives d'avenir ne sont pas bonnes. Il y a du pain sur la planche pour le prochain président d'Haïti.

Pourtant, suite au dernier cyclone, des travaux de grande envergure ont été entrepris dans l'Artibonite pour faciliter l'irrigation des terres. On prend de plus en plus conscience qu'il faut reboiser pour stabiliser les sols. Beaucoup de paysans se sont mobilisés pour réparer, améliorer les infrastructures. L'éducation scolaire reste prioritaire pour les parents. Ils font de grands sacrifices pour permettre aux enfants de poursuivre des études. A Pont Sondé, on est dans l'expectative comme partout dans le pays. La transition politique commence à peser. On a besoin de stabilité, d'orientation ferme, de projets solides pour le pays, pour la région. Chacun essaie de faire ce qu'il peut, et la solidarité entre les gens reste très importante.

Les gens ont été secoués par la mort du Père Max Dominique, en septembre dernier. Spiritain haïtien de 64 ans, il avait beaucoup travaillé dans l'Artibonite. J'avais passé moi-même quelques temps avec lui sur la paroisse. Il était combatif, ne supportait pas l'injustice, et avait réellement fait le choix des pauvres. C'était un intellectuel, dans le sens noble du terme. Il donnait des cours de littérature à l'École Normale Supérieure d'Haïti. Il avait écrit plusieurs ouvrages de critique littéraire et écrivait des articles dans des journaux. Il s'était beaucoup battu pour la démocratie réelle en Haïti. Avec le P. Antoine Adrien décédé en 2003, Haïti perd, en Max, un autre défenseur de la justice et de la paix. C'est en leur nom que je veux toujours et encore croire en un avenir meilleur pour Haïti, et continuer à m'y engager.
Communiqué par Franz Lichtlé


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