" Les familles spirituelles :Un nouveau visage d’Église ?
Vous serez mes témoins ".
Rassemblement religieux- laïcs 19 au 21 octobre 2007 à Lourdes
Des chrétiens de plus en plus nombreux cheminent avec des instituts ou monastères sur les pas des fondateurs et fondatrices et désirent se nourrir de leur charisme. Religieux, religieuses et laïcs, peu à peu, constituent ensemble une famille spirituelle
*. Nous sommes en présence d’un développement surprenant, fruit de l’Esprit.
Religieux, religieuses et laïcs de plus de 200 instituts de vie consacrée se sont rassemblés à Lourdes pour partager, approfondir et célébrer :
- Partager ces alliances, ce pluralisme, ces cheminements en Église.
- Approfondir au niveau personnel et collectif cette réalité et en saisir les enjeux ecclésiaux.
- Célébrer ces dons de l’Esprit, ces nouvelles manières de faire Église, en vue d’un plus grand dynamisme.
Dans sa conférence : "Voici, je me tiens à la porte et je frappe " Marie-Jo Thiel, théologienne, parle des " nouvelles pousses venues régénérer les instituts religieux au bénéfice de toute l’Église ". Les communautés nouvelles, souvent fondées par des laïcs, n’ont pas toujours été accueillies à bras ouverts. Qu’en sera-t-il de ces nouvelles familles ? s’interroge Marie-Jo Thiel. Ces nouvelles pousses peuvent créer du désordre, bousculer, voire déranger. Se pose alors la question du pouvoir. Nicolas Joanne, laïc, membre du mouvement ignacien CVX, met en garde contre un danger d’instrumentaliser les laïcs " pour faire vivre les œuvres en conservant le pouvoir. " Et il ajoute : " La question du pouvoir est en effet le point majeur de la conversion à laquelle nous sommes appelés ". Sœur Marie-Hélène Martin, supérieure générale des Ursulines, a rappelé que " la sainteté, c’est d’engendrer la communion ". Sœur Michelle Jeunet de Notre Dame du Cénacle utilisait la belle image de la marguerite : le beau cœur jaune, c’est le Christ et chacun(e) de nous un pétale qui a son importance, son utilité et son rôle spécifique à jouer. Il faut, dit-elle, " quitter l’ecclésiologie qui compartimente et hiérarchise et entrer dans une ecclésiologie qui redonne au baptême toute sa signification ". Chaque baptisé(e) est appelé(e) à vivre l’Évangile de la manière la plus radicale qui soit, enraciné(e) dans une vie spirituelle forte. Ce faisant, laïcs, religieuses et religieux d’une famille spirituelle seront à même de garantir l’authenticité, la fécondité de ce charisme qu’ils ont en commun. Jeff Tremblay et son épouse Marie-Ange, membres de la famille assomptionniste, se réjouissent de vivre à Lourdes " un événement historique ". Ce rassemblement, joyeux et coloré de 1500 religieux, religieuses et laïcs, mais aussi riche de sa diversité d’âge, de charisme, de culture, a été marqué par la volonté collective d’être responsable ensemble de la vie de l’Église et de témoigner de l’Évangile.
Newmann écrivait : " Personne n’a accompli jusqu’au bout sa tâche. L’œuvre de la grâce se complète petit à petit ". Les pousses nouvelles sont fruits mais aussi levain, signes de l’appel d’aujourd’hui. Nous sommes les témoins et acteurs de quelque chose de nouveau, de grand et de stimulant. Le Cardinal Ricard qui présidait la messe dominicale parle "d’un grand mouvement pour l’Église " à propos de ce premier rassemblement de laïcs, religieuses et religieux, partageant la même spiritualité. Il conclut : " Chacun doit être signe de l’amour du Christ là où vivent les hommes. "
Marie-Claire Schouver
* Qu’est-ce qu’ " une famille spirituelle " ?
Depuis les origines de la vie religieuse, et de manière renouvelée et plus importante aujourd’hui, des baptisés cheminent avec des instituts ou des monastères sur les pas de fondateurs, de fondatrices : associés, membres de fraternités, oblats, amis, coopérateurs, affiliés, membres de réseaux de tutelle d’établissements d’éducation ou de santé, volontaires…
Dans leur engagement personnel ou professionnel, ces chrétiens, le plus souvent laïcs, mais parfois diacres ou prêtres : - sont séduits par l’intuition évangélique des fondateurs. –boivent à sa source ; - veulent vivre leur baptême et faire Église, éclairés par cette lumière.
La plupart d’entre eux constituent des groupes aux projets typés. Avec des religieux, ils forment une " Famille ". Certains l’appellent " Famille ", d’autres " Famille spirituelle ", d’autres " Famille évangélique ", ou encore " Ordre ", " Maison ", " Réseau ", " Association ", " Institut ", etc.
Plusieurs manières d'être spiritain? Oui. Les
religieux, engagés à vie comme frères ou prêtres, et, depuis quelques
années, pointe une nouvelle appartenance à la famille spiritaine : les
associés.
TÉMOIGNAGE DE SYLVESTRE WOZNIAK, SPIRITAIN ASSOCIÉ (2008)
Le 6 janvier, dans la chapelle Sainte Thérèse de la Fondation d’Auteuil, j’ai prononcé un engagement de trois ans dans la Congrégation du Saint Esprit. Comment peut-on en arriver là ?
Dans une histoire humaine, ce sont les rencontres qui sont déterminantes. Sur le chemin de l’existence, je n’ai pas rencontré que des spiritains mais s’il fallait faire une liste de toutes les personnes dont les paroles ou la vie m’ont marqué durablement, la Congrégation serait bien représentée, ne serait-ce qu’avec les années passées au petit séminaire d’Allex. La première fois que j’ai entendu parler des associés remonte à une douzaine d’années. Nous étions venus en famille à Chevilly-Larue pour une rencontre avec les participants d’un camp d’été. François Nicolas nous a invités à une réunion où étaient présents quelques-uns des pionniers de l’aventure comme Daniel Fasquelle et Pierre Sornay. Mais nous ne sommes pas allés plus loin, pour des raisons pratiques : nous habitions vers Montpellier, sans communauté spiritaine proche et nous étions engagés dans un discernement en vue du diaconat. Dix ans plus tard, toujours laïc et après quelques relances de François Nicolas, je l’ai rejoint dans le service de la pastorale de la Fondation d'Auteuil.
La Congrégation du Saint-Esprit a donc tenu une place importante dans ma formation humaine et spirituelle, on peut même dire que nous sommes liés affectivement par mon frère Jean-Etienne, tué en Angola. Je travaille dans une œuvre dont les spiritains assurent la tutelle, en famille nous recevons des spiritains de passage et nous sommes volontiers accueillis par les communautés proches…est-ce qu’il n’était pas logique et évident de m’engager comme associé ? Oui et non, cela dépend de ce que l’on met derrière la démarche d’engagement. Si c’est l’officialisation d’une longue relation, comme un mariage après 30 ans de vie commune, ou une distinction pour services rendus, je dis non. Peut-on parler d’engagement avec le regard tourné vers le passé ?
L’engagement, comme le dit souvent un des premiers associés, c’est passer du " avec les spiritains, je" au " nous, les spiritains ", c’est partager une mission qui ne nous appartient pas, c’est se rendre disponible à des appels parfois déroutants, c’est devenir un peu plus missionnaires dans tout ce que nous vivons, là où nous sommes avec, au cœur de la vie spiritaine, une attention particulière aux plus pauvres.
C’est ce que j’ai retenu de la lettre de mission remise par le vicaire provincial, parlant de ma responsabilité comme directeur de la pastorale : " nous te demandons d’être attentif à ceux qui peinent, qui se retrouvent isolés, qui rencontrent des difficultés…Il ne s’agit pas d’un lien fonctionnel mais d’un lien de charité ".
Enfin, il faut savoir que les associés, c’est tout récent dans l’histoire des spiritains. Il y a encore des questions et des tâtonnements comme la Congrégation en a connus plus d’une fois en 300 ans. D’autres congrégations sont sur le même chemin, l’Esprit Saint est sûrement dans le coup. Alors, rendez-vous dans 3 ans ?
Sylvestre Wozniak
(article repris de Province et Mission, fév 2008)
2003 -Jean-Pierre Roesch s'engage comme associé
Jean-Pierre, qui êtes vous ?
je suis né en 1946, à Saverne.
J'ai servi pendant trente ans dans la police nationale, à
Paris, Nantes et Strasbourg, où j'ai été responsable de la brigade
criminelle.
je suis veuf, père de 2 garçons et depuis peu grand-père
pour la 2e fois.
Comment avez-vous pris contact avec les missionnaires du
Saint-Esprit ?
Jeune, j'habitais la rue du Père-Libermann, à Saverne. Mais
c'est après le décès de mon épouse que je suis revenu avec mes enfants dans
la région.
J'ai pris l'habitude de me rendre à la messe à
Saint-Florent avec mes parents. À la demande du P. Litschgi, j'y assurais la
lecture. Peu à peu ce lien s'est renforcé. Mon père faisait partie des «
Amis du Père Libermann », dont l'animateur était le P. Bohn, puis le P.
Robert Metzger, récemment décédé. J'en suis devenu président au décès de M. Caspar.
Vous semblez très engagé dans la vie associative ?
C'est vrai. J'ai été également président des anciens combattants et
secrétaire de la section régionale.
Et le P. Libermann ?
À l'arrivée du P. Jean-Claude Brandt, voici une dizaine d'années, nous
avons créé une 2e fraternité spiritaine. De ce fait je fus de plus en plus
proche de la communauté de Saint-Florent.
Cela a été aussi pour moi l'occasion d'approfondir ma connaissance de la
spiritualité de Libermann.
J'ai également été responsable régional des fraternités spiritaines de
l'Est.
Après un cheminement de dix ans dans la fraternité, et après avoir pris
connaissance du statut des associés, j'ai voulu faire un pas de plus.
Comment?
Pour des raisons personnelles, j'ai dû retarder mon engagement. Finalement
je me suis mis à la disposition de la congrégation lorsqu'elle m'a demandé
d'assurer l'économat de la maison de Saverne. je dois dire que j'ai été très
bien accepté dans la communauté.
Ceci est la fois important et une expérience très riche humainement et
spirituellement.
Combien y-t-il actuellement de Spiritains Associés ?
Ils sont 3. Deux hommes et une femme. Les 2 ers sont mariés, la dernière
célibataire.
Cinq à 6 personnes cheminent avec ce groupe en vue d'un engagement
éventuel.
À quoi vous engagez-vous et pour combien de tenps ?
Normalement nous nous engageons pour trois ans renouvelables.
Nous nous engageons à partager l'idéal spirituel et missionnaire des
Spiritains.
Concrètement nous acceptons d'être envoyé par la Congrégation dans une
oeuvre spiritaine, ici ou ailleurs ou pour un engagement reconnu par elle. Nous
partageons aussi avec les spiritains nos connaissances professionnelles et
techniques, dans le milieu où nous vivons. Ainsi suis-je engagé au Conseil
interparoissial de Saverne ainsi qu' au Conseil de fabrique.
(repris de Echo de la Mission, janv 2004)
Rencontre internationale des laïcs associés spiritains
Depuis les années 1970 les laïcs spiritains associés sont une réalité dans la congrégation, surtout (mais pas seulement)
dans les provinces du nord. Le chapitre d'Itaici parle d'eux comme "un don", "une richesse", "un défi" pour la famille
spiritaine. Le chapitre de Maynooth les regarde comme "une grâce", "une bénédiction" et "une source de renouveau
spirituel, missionnaire et communautaire" pour toute la congrégation. De fait, les laïcs associés font partie de la
famille spiritaine, ils partagent notre vie et notre mission par leur vie de foi et leurs engagements apostoliques et
missionnaires.
En Amérique du nord il y a à peu près vingt ans que, au moins deux représentants des divers groupes d'associés
spiritains de la région se rencontrent annuellement. Ce sont des rencontres de partage et d'approfondissement
traitant de leur organisation et des différents
engagements pris par les laïcs. Ils sont engagés
dans des actions concernant Justice et paix :
réfugiés, immigrants, jeunes et adultes en
situation difficile, dialogue interreligieux...La
dernière rencontre annuelle a eu lieu du 23 au 25 avril
au centre spiritain In'Afu de Montréal.
La question de Jésus à Pierre "m'aimes-tu?" a
aidé les 24 participants à réfléchir
sur la qualité des relations humaines dans la vie
familiale, communautaire, sociale, pastorale, ainsi que dans
leurs engagements missionnaires spiritains. Entre autres choses,
ils ont élu le délégué de leur
région au prochain chapitre général et se
sont donné les moyens de rester plus unis dans la
région. Bien que les divers groupes aient
déjà leurs manuels d'association avec la
congrégation, ils ont approuvé dans cette
réunion leur déclaration de mission dont nous
citons un extrait : "Nous nous considérons comme une
communauté réunie sous la mouvance de l'Esprit,
portant une attention privilégiée aux plus
pauvres, aux plus vulnérables et aux exclus de la
société, les accompagnant dans leurs efforts pour
se libérer de l'emprise de la misère dans laquelle ils sont enfermés" (déclaration de mission). Leurs propositions correspondent au proverbe
chinois "mieux vaut apprendre à pêcher que de donner un poisson" ou à cet autre plus expressif "si tu viens nous
aider cela ne vaut pas la peine; mais si tu viens pour que nous nous libérions ensemble, alors travaillons ensemble".
En Europe c'est depuis 1997 que les groupes de laïcs spiritains ont une rencontre annuelle. Compte tenu des
situations diverses des provinces, des contextes différents et des histoires de chacune, les groupes ont partagé leurs
engagements et cherché à découvrir des orientations communes et des mots-clés qui puissent unir les différents laïcs
spiritains. Ces dernières années, certaines provinces d'Europe ont investi dans la formation et l'organisation des
laïcs spiritains qui sont un signe d'espérance et de confiance pour ces province. Ils ont tenu leur réunion annuelle du 29
avril au 2 mai dans la maison spiritaine du Bouveret (Suisse) ; ils ont discuté entre autres choses le rapport que le
représentant des laïcs associés d'Europe devra faire au prochain chapitre général. Les trois laïcs associés qui seront
au chapitre général comme invités, auront l'occasion de partager leurs expériences, leurs attentes et leurs projets.
Premiers engagements
Le jour de la Toussaint 1997, à Blotzheim en Alsace, Daniel Fasquelle s'est engagé pour 3 ans, comme laïcs associés, dans la Province de France et la Congrégation du Saint-Esprit.
"Notre engagement a été précédé de bien des 'oui' au Gabon, au service des jeunes d'Auteuil et au sein de la Fraternité Esprit et Mission. Nous entrons dans la famille spiritaine et prenons part à sa mission.
Moi-même auprès des jeunes de l'Ecole-Collège des missions de Blotzheim" nous confie Daniel.
Il est actuellement au service des OAA dans la région parisienne.
"Je m'engage personnellement, pour une période de
trois ans, comme laïc associé de la Province de
France." Pierre Sornay s'est engagé le 9 novembre 1997.
En lien avec la communauté spiritaine de Bordeaux. Il était alors
responsable éducatif de la maison des Orphelins Apprentis
d'Auteuil (OAA) de Blanquefort. C'est là qu'il vivait avec son
épouse Catherine et sa petite fille Adeline. (Pentecôte sur le
Monde, n° 776). Depuis il est devenu responsable d'une maison des OAA dans le Centre de la France (*)
Marie-Victoire, engagée plus récemment travaille en pastorale auprès des jeunes
d'Auteuil à la maison Ste Thérèse, berceau de l'œuvre, à Paris.(*)
Notes (2007):
Pierre Sornay est gestionnaire à la maison spiritaine de Wolxheim
Marie-Victoire secrétaire à la revue Spiritus (bureaux à Chevilly-Larue)
François Savourel, gestionnaire de la revue Pentecôte, à la maison-mère à Paris
Contacts :
P. Arsène AUBERT
12 rue du Père-Mazurié
94669 CHEVILLY-LARUE CEDEX
c.e : xaubert@free.fr
responsable des laïcs associés